Le Circuit Renoir, balade des impressionnistes de Chatou à Carrières-sur-Seine



Aujourd’hui, nous allons explorer le patrimoine proche de Paris en suivant une balade des impressionnistes dite « Circuit Renoir », une exploration entre l’île de Chatou et la ville de Carrières-sur-Seine, dans les Yvelines.

Les Yvelines ont largement inspiré les peintres impressionnistes et il existe plusieurs circuits thématiques à réaliser dans la région, consacrés à différents peintres :

  • Un circuit dédié à Renoir, dont je vais vous parler aujourd’hui, qui fait 3.2 km entre Chatou et Carrières-sur-Seine. Je vous en propose ici une version un peu « étoffée » par rapport au parcours officiel !
  • Un circuit dédié à Monet, de 4.75 km entre l’île des Impressionnistes à Chatou et le Pont de Bougival.
  • Un circuit dédié à Pissarro, qui représente une boucle de 6.6 km depuis le Chemin de Prunay à Louveciennes, en passant par Marly-le-Roi.
  • Un circuit dédié à Sisley, 3.2 km entre Le Pecq et Le Port-Marly.

On peut combiner plusieurs de ces circuits pour approfondir la découverte et marcher plus longtemps ! Ils ont aussi l’avantage d’être accessibles en transports en commun, pratique pour tous ceux qui n’ont pas de voiture ou de permis de conduire et souhaitent néanmoins s’aérer !

Pierre-Auguste Renoir et l’impressionnisme

Emprunter la balade du circuit Renoir, c’est d’abord partir à la découverte de ce peintre célèbre. Pierre-Auguste Renoir, qu’on appelle plus souvent « Auguste Renoir », est décédé en 1919 et en 78 ans parmi nous, il aurait peint environ 4000 tableaux. Autant dire que la « découverte » de son œuvre exigera bien plus que les 3.2 km du Circuit Renoir ;) Mais comment a-t-il acquis cette notoriété incroyable ?

Renoir est né à Limoges, dans une famille très modeste (père tailleur, mère couturière). Il n’a que 3 ans quand ses parents décident de monter à Paris, espérant trouver une meilleure situation.

C’est là, dans l’énergie bouillonnante de la capitale, qu’Auguste Renoir découvre l’art : dès l’adolescence, il décore des porcelaines, suit des cours du soir de dessin et mobilise ses talents dès qu’il en a l’occasion (peinture sur éventails, etc.). A 21 ans, il a donc déjà une solide expérience quand il intègre les Beaux-Arts. Il fait la connaissance d’autres peintres célèbres… notamment 2 peintres que vous pouvez aussi découvrir en réalisant ces « balades des impressionnistes » dans les Yvelines : Claude Monet et Alfred Sisley.

Il commence à peindre frénétiquement et à exposer, notamment après son départ des Beaux-Arts en 1864. Il découvre le plaisir de peindre dans la nature. Quand on contemple son œuvre, on a le sentiment que tout l’inspire : Montmartre, où il capture le Moulin de la Galette ; le cœur de Paris, avec le Pont-Neuf ; les Hauts-de-Seine, où il peint par exemple Dans le Parc de Saint-Cloud ; le Val d’Oise, où il peint Les Bords de la Seine à Argenteuil ; les Yvelines, où il peint Le Déjeuner des Canotiers et Le Déjeuner chez Fournaise à Chatou ou encore Danse à Bougival et La Grenouillère (peint sur l’île du même nom, plus connue aujourd’hui sous le nom « d’île de la Chaussée » à Croissy-sur-Seine)…

L’impressionnisme, ce sont les racines de Renoir, il s’en est ensuite détaché pour explorer d’autres styles.

Inception ! Renoir peint Claude Monet peignant son jardin à Argenteuil, 1873
Inception ! Renoir peint Claude Monet peignant son jardin à Argenteuil, 1873

Circuit Renoir : sur l’île des Impressionnistes à Chatou

Vous l’aurez compris, bien des endroits ont inspiré Auguste Renoir mais les Yvelines l’ont particulièrement marqué… et notre balade débute à Chatou, sur l’Île des Impressionnistes, que l’on peut rejoindre en quelques minutes à pied depuis le RER A « Chatou-Croissy ».

Notez cependant que si vous voulez admirer dans son ensemble le « hameau Fournaise », inspiration des impressionnistes dont je vais vous parler, il est préférable de descendre à la station « Rueil-Malmaison » et de rejoindre le Quai Adolphe Giquel par l’avenue Edouard Belin puis par cette allée.

En direction des berges de Seine à Rueil-Malmaison
En direction des berges de Seine à Rueil-Malmaison

Vous arriverez ainsi sur les bords de Seine et pourrez contempler le hameau Fournaise.

Le hameau Fournaise vu depuis les berges de la Seine
Le hameau Fournaise vu depuis les berges de la Seine

L’île des impressionnistes et ses digues

Si vous ne connaissez pas le coin, vous imaginez peut-être une petite île bucolique… Pas du tout ! Derrière son nom poétique, l’île des Impressionnistes occupe une belle surface… si grande qu’elle peut accueillir des festivals de musique ! J’y ai notamment accompagné le DJ Martin Solveig à l’époque où je travaillais avec lui :)

L’île est formée de deux parties, une petite île de 900 mètres de long et une grande île de 4.5 km.

Au 17e siècle, on avait construit non loin de là la « machine de Marly », un énorme dispositif qui pompait l’eau de la Seine pour arroser les jardins du château de Versailles et du château de Marly. C’était une folie architecturale, exigeant 60 ouvriers nuit et jour pour fonctionner, un dispositif ultraperfectionné pour l’époque.

Mais il faut se rendre à l’évidence : la machine de Marly, si innovante et complexe soit elle, était un vrai casse-tête à entretenir, coûtait une fortune et au 18e siècle, on n’a pu que constater que ses performances étaient insuffisantes. On a donc décidé d’aider la machine, en construisant des digues entre les différentes îles de la Seine, dans cette zone. Le but étant de contrôler le flux de l’eau pour qu’il s’engouffre avec une efficacité maximale dans la « machine de Marly ».

Reconstitution numérique de la machine de Marly
Reconstitution numérique de la machine de Marly

Ces constructions existent encore aujourd’hui. La machine de Marly, quant à elle, a été abandonnée (aujourd’hui, elle est remplacée par des électro-pompes) et il n’en reste que quelques vestiges, comme l’aqueduc de Louveciennes, les réservoirs de Marly, le bâtiment du « Regard du Jongleur » ou encore une grosse canalisation en fonte sur la colline de Bougival.

Aujourd’hui, vous pouvez donc vous balader sur l’île des Impressionnistes en explorant ses deux parties via une digue. On peut également rejoindre l’île de Croissy par une autre digue.

La « petite île » (de son vrai nom, « l’île du Chiard », pas des plus poétiques !) accueille le parc des Impressionnistes, avec des aires de jeux pour enfants, des chemins pour se balader, une grande brocante deux fois par an en mars et octobre (au niveau du Mail des Impressionnistes), un poney-club, un parcours sportif…

La grande île et le hameau Fournaise

La grande île est la plus liée aux peintres impressionnistes : au milieu du 19e siècle, elle est traversée par un pont de pierre et séduit donc les commerçants pour son emplacement. Des marchands de vin y ont ouvert une gargote, petit restaurant pas cher et bas de gamme.

Pressentant l’intérêt de l’emplacement, un homme prénom Alphonse Fournaise décide en 1857 de racheter la gargote pour en faire un restaurant. L’homme n’est pas du tout restaurateur au départ mais expert en construction de bateaux. Aidé de sa femme Louise Braut, il crée donc un concept mêlant restauration et location de bateaux pour se balader sur la Seine (ce que l’on appelle le « canotage »).

L’endroit devient connu sous le nom de « Maison Fournaise ». Alphonse Fournaise parvient véritablement à créer ce que l’on appellerait aujourd’hui un « endroit hype », ce genre de lieu branché où le Tout-Paris se retrouve pour faire la fête et flâner au bord de l’eau.

C’est à cette période faste de la Maison Fournaise que Renoir, comme bien d’autres peintres en vogue, s’y rend et s’y installe pour peindre. Il signe par exemple Les Canotiers à Chatou (1879), Le Déjeuner chez Fournaise (1879), Le Déjeuner des canotiers (1880-1881)…

Il peint aussi la famille Fournaise, comme la fille d’Alphonse, Alphonsine Fournaise (La Dame au sourire) en 1875, 1879 et 1880 où elle prête ses traits à la Femme au chapeau de paille, ou encore Monsieur Fournaise en 1875.

Le Déjeuner des Canotiers de Renoir
Le Déjeuner des Canotiers de Renoir

Alphonse Fournaise et sa femme ont su faire évoluer leur restaurant au fil du temps (et ils l’ont géré durant plusieurs décennies) : ils l’ont progressivement agrandi, y ont construit un vaste balcon et une terrasse et ont fait de cette affaire un véritable travail en famille.

Madame Fournaise est aux fourneaux, Monsieur construit les canots et gère l’intendance de la maison, leur fils Alphonse est leur commercial, se chargeant de vendre et louer les canaux, mais aussi de veiller à leur bon entretien. Enfin, Alphonsine, leur fille, est l’hôtesse qui accueille avec grâce les nombreux clients du restaurant. Alphonse fils et Alphonsine apparaissent d’ailleurs parmi les figures du Déjeuner des Canotiers.

C’est ainsi que l’on a commencé à parler du « hameau Fournaise » pour désigner les lieux, le terme de « Maison Fournaise » ne semblant plus suffire à décrire cette expansion !

Le déclin et la renaissance de la maison Fournaise

Hélas, le succès finit souvent par s’étioler. Après avoir séduit les peintres en grand nombre (de Renoir à Pissarro, en passant par Monet, Sisley, Caillebotte, Degas), les écrivains comme Maupassant, la maison Fournaise finit par se démoder. On se désintéresse un peu du canot au profit du vélo (le Tour de France est d’ailleurs né en 1903) et Fournaise séduit moins.

A la mort de ses parents, Alphonsine continue à gérer le restaurant comme elle peut mais finit par le fermer à l’âge de 60 ans, en 1906. La maison Fournaise, d’abord restée dans la famille à sa mort, a ensuite été vendue à un nouveau propriétaire au milieu du 20e siècle et s’est beaucoup dégradée.

La mairie de Chatou, dans les Yvelines, consciente de sa valeur historique, a décidé de l’acheter en 1979 et l’a fait inscrire aux Monuments Historiques assez rapidement afin de s’assurer qu’elle soit préservée et entretenue. C’est grâce à cette démarche, et à des appels de fonds réguliers, que la maison Fournaise a pu être restaurée et qu’un musée a ouvert ses portes en 1992.

Un restaurant y a rouvert, sobrement baptisé « Restaurant de la Maison Fournaise », pour déjeuner dans le même cadre que celui qui a inspiré les peintres impressionnistes. Bien que l’accueil soit excellent, ce n’est pas, à mon goût, une cuisine « mémorable », on y mange surtout pour le cadre.

Lors de votre découverte de l’île des Impressionnistes, vous pourrez voir des reproductions des œuvres Le Déjeuner des Canotiers à Chatou, Les canotiers à Chatou ou encore Les Rameurs de Chatou.

Le Déjeuner des Canotiers sur l'île des impressionnistes à Chatou
Le Déjeuner des Canotiers sur l’île des impressionnistes à Chatou

Le musée Fournaise est un petit musée qui propose un parcours de visite « guidé par Renoir » (parcours-spectacle « Renoir impressionniste, l’expérience immersive »). Il est très moderne dans sa conception et permet à la fois de découvrir les lieux mais aussi toute l’atmosphère de l’époque.

Il est conseillé de réserver car le musée se visite en tout petit groupe, à heure fixe. Il est généralement ouvert du mercredi au dimanche, en matinée et l’après-midi avec une fermeture à l’heure du déjeuner (très brève le week-end). Je vous recommande de visiter le site du musée pour en savoir plus sur les horaires d’ouverture et tarifs.

Au-delà du musée, le hameau Fournaise comporte aussi la Maison Levanneur, qui était au départ un hôtel-restaurant modeste et a profité du succès des bords de Seine pour séduire les artistes, servant notamment d’atelier aux peintres Maurice de Vlaminick (courants fauviste/cubiste) et son proche ami André Derain, natif de Chatou (courant fauviste).

Elle a connu une histoire assez similaire à celle de la Maison Fournaise, avec un déclin au tournant du 20e siècle et un rachat par la mairie de Chatou pour la « sauver ». Elle accueille aujourd’hui la Galerie Bessières, tournée vers l’art contemporain.

Citons également la gare d’eau, autre lieu clé du hameau Fournaise : aujourd’hui, elle accueille une association, l’association Sequana, qui reconstruit les bateaux de l’époque du canotage ou les répare (yoles, chaloupes, voiliers, canots, etc).

Ils mènent en permanence des chantiers et proposent à la belle saison des balades en bateau électrique sur la Seine, pour explorer le paysage autrement (tarifs et renseignements ici).

Les bateaux de l'association Sequana à Chatou
Les bateaux de l’association Sequana à Chatou

La gare d’eau accueille aussi le restaurant Les Rives de La Courtille (même commentaire que sur le Restaurant de la Maison Fournaise !).

Cette île des impressionnistes est le point de départ du circuit Renoir mais comme vous pouvez le constater, on peut en réalité y consacrer pas mal de temps si l’on choisit de visiter le musée Fournaise, de déjeuner sur place, de faire une balade en bateau sur la Seine, de s’intéresser aux chantiers de l’association Sequana…

Le reste de l’île accueille un très grand centre de recherche appartenant à EDF… donc délaissons la zone pour passer à la suite de la balade des impressionnistes !

L’église Notre Dame de l’Assomption de Chatou

Retournez vers le pont de Chatou et poursuivez sa traversée de Rueil-Malmaison à Chatou. Vous arrivez directement dans cette ville prisée des Yvelines et vous ne pouvez pas rater l’église Notre-Dame de Chatou, située juste à la sortie du pont.

Église Notre Dame de l’Assomption de Chatou
Église Notre Dame de l’Assomption de Chatou

Notre Dame de l’Assomption a été restaurée récemment, en 2009 et 2010. On y trouve encore des éléments architecturaux datant du 12e siècle et une Vierge du 14e siècle, ainsi qu’un bel orgue.

On s’y arrête souvent en passant, lors du Circuit Renoir !

Intérieur de l'Église Notre Dame de l’Assomption de Chatou
Intérieur de l’église Notre Dame de l’Assomption de Chatou

Le Nymphée de Soufflot, souvent caché au public

En sortant de l’église, prenez à droite sur le Quai de l’Amiral Mouchez et continuez à marcher dans son prolongement, sur le Quai du Nymphée.

Vous allez longer un grand mur inintéressant d’un côté, la Seine de l’autre, avec la grande écluse de Chatou un peu plus loin… sans imaginer que derrière ce mur se trouve un trésor architectural, le Nymphée de Soufflot. On en aperçoit seulement le sommet en passant… mais impossible de deviner son intérêt historique !

Il n’est rendu accessible au public que très ponctuellement, lors des Journées du Patrimoine par exemple, car il se situe sur une propriété privée. Il est classé aux Monuments Historiques et est en grand danger car son état s’est détérioré au fil du temps. La Fondation de sauvegarde du patrimoine catovien, créée à l’occasion du Centenaire Renoir, a justement pour but de financer la restauration de ce patrimoine.

Le Nymphée de Soufflot à Chatou
Le Nymphée de Soufflot à Chatou – Photo © Moonik

Mais alors, un « nymphée », c’est quoi ? C’est un sanctuaire dédié aux nymphes, des divinités mythologiques féminines liées à la nature. On raconte que l’une d’entre elles, poursuivie par le Dieu Pan, se réfugia dans une grotte et s’y transforma en source.

Le nymphée a donc souvent pris la forme d’un bassin avec jeux d’eau. On en construisait surtout dans l’Antiquité mais bien plus tard, à la Renaissance et pendant deux siècles ensuite, les nymphées ont connu un regain de popularité.

Au 18e siècle, l’homme d’État Henri Léonard Jean Baptiste Bertin, contrôleur des finances de Louis XV, a investi à Chatou, s’offrant un immense domaine avec château et jardins (dont un potager). L’homme veut donner à sa propriété du caractère. Alors, en 1774, il fait appel au célèbre architecte Soufflot, avec un défi : bâtir une belle œuvre dans son jardin… qui puisse en même temps servir à collecter les eaux de ruissellement de la pièce d’eau située un peu plus loin.

La construction va durer trois ans, et déboucher sur un nymphée de 30 mètres de diamètre, l’un des rares à avoir traversé le temps en France jusqu’à notre époque. Il ressemble à un coquillage à l’envers, comporte une voûte richement décorée et 18 colonnes, ainsi qu’un système de récupération des eaux.

Le Nymphée de Soufflot est « pris en charge » par la ville afin d’être restauré, car il ne l’avait pas été depuis 1967. Il est occasionnellement visible par le public, quand les propriétaires acceptent d’y donner accès. En-dehors de ces occasions, il faudra vous contenter d’une photo ;)

Le Chemin de Halage et le Lavoir de Carrières-sur-Seine

En continuant à marcher sur le Chemin de Halage qui longe la Seine, vous allez découvrir le barrage de Chatou. C’est un ouvrage récent, construit entre 2009 et 2013, qui remplace un ancien barrage. Il possède une « passe à poissons » qui permet aux poissons d’emprunter un chemin sécurisé pour franchir le barrage.

Le barrage de Chatou
Le barrage de Chatou

Plus loin, sur votre gauche, vous allez tomber sur la « rue du Lavoir ». Elle permet d’admirer le Lavoir de Carrières-sur-Seine. Il a été construit en 1830 et est aujourd’hui classé monument historique.

Le petit pont du lavoir de Carrières-sur-Seine
Le petit pont du lavoir de Carrières-sur-Seine

Avec son petit pont et son atrium central où l’on venait laver son linge, il accueille aujourd’hui des expositions d’art.

L'intérieur du lavoir de Carrières-sur-Seine
L’intérieur du lavoir de Carrières-sur-Seine

Les Jardins de Mademoiselle de La Vallière

En poursuivant le long de la Seine par le Quai Charles-de-Gaulle, vous allez tomber sur un parc municipal sur votre gauche. Il a une histoire unique.

Au 17e siècle, le roi Louis XIV a une « maîtresse préférée », sa favorite, la duchesse Louise de la Vallière. Voilà qui dérange un peu sa mère et fait beaucoup jaser à la cour, d’autant qu’il l’a installée dans un relais de chasse proche de Versailles qu’il fréquente régulièrement.

Il finit par lui donner une terre située dans ce qui s’appelle à l’époque « Carrières-Saint-Denis »… car on y trouvait des carrières de calcaire… et que le fondateur du hameau était l’abbé de Saint-Denis (oui, il y a une logique imparable dans tout ça !). Carrières-Saint-Denis est à l’époque prisée pour la chasse, Henri II et Henri IV y ont régulièrement chassé aux 16e et 17e siècles.

Et c’est ici que Louise de la Vallière aurait érigé un château, avec des jardins imaginés par André Le Nôtre et aménagés par Claude Desgots. Ce dernier est issu d’une famille de jardiniers du roi ayant travaillé sur divers chantiers prestigieux (les jardins des Tuileries, du Trianon, du château de Chantilly, le parc de Sceaux et le parc de Saint-Cloud).

Le parc de Carrières-sur-Seine et ses étages qui descendent vers la Seine
Le parc de Carrières-sur-Seine et ses étages qui descendent vers la Seine

Les Jardins de Mademoiselle de La Vallière (que personne n’appelle comme ça « dans la vraie vie ») ont été classés au milieu du 20e siècle. Cependant, aucun document n’a permis de confirmer avec certitude leur lien avec la favorite de Louis XIV.

Claude Monet a peint un tableau représentant Carrières-Saint-Denis alors qu’il descendait la Seine en barque, à l’âge de 32 ans, en 1872, tableau dont la reproduction figure dans les jardins de Carrières.

Carrières-Saint-Denis, Claude Monet, 1872
Carrières-Saint-Denis, Claude Monet, 1872

Le parc de Carrières offre, encore aujourd’hui, une jolie perspective sur la ville.

Les jardins de Carrières-sur-Seine
Les jardins de Carrières-sur-Seine

Circuit Renoir : le village de Carrières-sur-Seine

Reste une question que vous vous posez peut-être : comment Carrières-Saint-Denis est-elle devenue Carrières-sur-Seine ?

Suite à la Révolution française de 1789, des biens appartenant notamment à l’Église ont été confisqués par l’État et vendus, au lendemain de la Révolution, afin de récolter des fonds pour pallier aux conséquences économiques de la crise.

A Paris, c’est ce qui est arrivé à l’église Saint-Jacques de la Boucherie, dont seule la Tour Saint Jacques a pu être sauvée de la destruction.

Et à Carrières, cela a débouché sur un « déchirement » entre le village et l’abbaye de Saint-Denis, Carrières-Saint-Denis devant alors Carrières-sur-Seine.

C’est justement dans cette ville que va se terminer notre balade des impressionnistes sur le circuit Renoir. Après avoir traversé le parc de la Vallière, sortez par la rue Victor Hugo, ça grimpe un peu et l’on profite d’une belle perspective sur le parc.

Carrières-sur-Seine abrite des vestiges de maisons troglodytes, vous pouvez apercevoir une petite fenêtre dans une maison de l’allée du Pressoir (à côté de l’école de la rue Victor Hugo).

Les maisons troglodytes de Carrières-sur-Seine
Les maisons troglodytes de Carrières-sur-Seine

Carrières est en effet installée sur des coteaux, en surplomb de la Seine. Cela offrait une sécurité aux habitants de l’ancien temps, qui avaient aménagé les excavations naturelles de la colline pour en faire des lieux de stockage (caves, granges, celliers) ou des écuries.

L'allée du Pressoir à Carrières-sur-Seine
L’allée du Pressoir à Carrières-sur-Seine

L’allée est sans issue et rapide à explorer !

Les maisons troglodytes de Carrières-sur-Seine
Les maisons troglodytes de Carrières-sur-Seine

Allez ensuite au 61 Rue Gabriel Péri pour voir la « Grange aux Dîmes » de Carrières-sur-Seine, datant du 12e siècle. C’était dans ce type de bâtiment qu’autrefois, sous l’ancien Régime, on stockait la célèbre « dîme », l’impôt prélevé au profit de l’Église catholique. Souvent, les gens ne payaient pas cet impôt en argent mais en donnant un pourcentage de leur récolte, que l’on stockait dans des « granges dîmières ». Par extension, ont aussi pris le nom de « granges dîmières » des lieux servant aux stockages des récoltes des abbayes.

Je vous conseille ensuite de vous balader à Carrières-sur-Seine, c’est une jolie petite ville de banlieue parisienne qui a gardé un esprit très « village » et a inspiré d’autres peintres que les impressionnistes, comme Braque et Maurice de Vlaminck.

A l’entrée du passage du Fanil, on trouve d’ailleurs une reproduction d’un tableau de Maurice De Vlaminck représentant Le village en 1905.

Si vous en avez l’occasion, vous pouvez par exemple entrer dans l’église Saint-Jean-Baptiste pour découvrir son retable du Moyen-Âge représentant l’Annonciation, la Vierge et le Baptême du Christ. Il s’agit en réalité d’une copie car l’original, à sa découverte fortuite lors de travaux de rénovation, a été démonté et déplacé au Louvre pour le protéger.

De l’autre côté, la rue Gabriel Péri s’ouvre sur des rues sympathiques, avec des maisons en pierre et une perspective qui, parfois, dévoile les tours de La Défense, au loin.

La Défense depuis Carrières-sur-Seine
La Défense depuis Carrières-sur-Seine

Vous pouvez aller au 45 ter rue du Moulin (en passant par exemple par le Sentier des Mille Colonnes) pour voir l’ancien moulin à vent de Carrières.

Ancien moulin de Carrières-sur-Seine
Ancien moulin de Carrières-sur-Seine

Vous pouvez ensuite remonter à pied vers la station de RER de Houilles-Carrières-sur-Seine (ligne A, qui vous ramènera à Paris en moins d’un quart d’heure).


Les points-clés de la balade des impressionnistes, circuit Renoir

Le circuit Renoir tel que je l’ai détaillé dans cet article fait environ 7 km mais vous permet de reprendre facilement les transports en commun (la version « officielle » de 3 km commence au niveau du hameau Fournaise et se termine au niveau du parc de la Vallière mais ne tient pas compte des transports).

  • Arrivée par le RER A Rueil-Malmaison puis remontée de l’avenue Edouard Belin et accès au Quai Adolphe Giquel sur les bords de Seine ;
  • Prendre à gauche et marcher en direction du pont de Chatou sur les bords de Seine. Monter sur le pont à pied par le discret escalier situé sur le côté, ou à vélo par la piste cyclable dédiée (après être passé sous le pont) ;
  • Découvrir l’île des impressionnistes à votre convenance, sachant que le hameau Fournaise se situe à droite du pont quand on arrive de Rueil-Malmaison (possibilité de déjeuner sur place, de faire une croisière sur la Seine, de visiter le musée Fournaise et de découvrir les chantiers de bateaux d’époque) ;
  • Continuer la traversée du pont en direction de Chatou et visiter l’église Notre-Dame de Chatou ;
  • Prendre sur la droite, le long de la Seine, par le Quai de l’Amiral Mouchez puis le Quai du Nymphée. A défaut de pouvoir visiter le Nymphée de Soufflot, continuez à marcher sur le Chemin de Halage qui longe la Seine.
  • Lorsque vous rencontrez la rue du Lavoir sur votre gauche, prenez le temps d’admirer le Lavoir de Carrières-sur-Seine classé aux Monuments Historiques.
  • Continuez le long de la Seine jusqu’à découvrir le parc de la Vallière sur votre gauche. Traversez le parc et sortez rue Victor Hugo.
  • Empruntez l’allée du Pressoir pour voir les vestiges de maisons troglodytes de Carrières-sur-Seine.
  • Explorez ensuite à votre convenance quelques lieux clés de Carrières, je vous conseille notamment l’église Saint-Jean-Baptiste, la Grange aux Dîmes, la rue Gabriel Péri et ses abords.
  • Remontez à pied vers la station Houilles-Carrières-sur-Seine du RER A pour retourner vers Paris.


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4 commentaires sur “Le Circuit Renoir, balade des impressionnistes de Chatou à Carrières-sur-Seine

  • Sarah Beline

    Salut ! Merci pour ces astuces qui sont vraiment utiles si l’on veut faire une balade du circuit Renoir. Aussi, je trouve que l’église Notre-Dame de Chatou est impressionnante en photo. Je n’imagine même pas ce que cela doit être en vrai.

    Répondre à Sarah
    • Marlène

      Ca reste une petite église de quartier, ce n’est pas la cathédrale Notre-Dame de Paris non plus ;)

      Répondre à Marlène
  • Johanne Dagenais

    Bonjour! Je suis allée pendant 20 ans à Houilles-Carrières-sur-Seine, à tous les hivers ou presque jusqu’en 2020 (pour le SIT alors que mon conjoint y était exposant et marchand), sans jamais avoir entendu parler de ce circuit! C’est bien dommage…Lorsque je retournerai à Paris ce circuit pourrait certainement faire l’objet d’une jolie balade: je conserve l’info!! Merci!

    Répondre à Johanne
    • Marlène

      Bonjour Johanne, il y a beaucoup de découvertes autour des impressionnistes dans le coin, j’aimerais aussi évoquer sur le blog les autres circuits, un peu plus au sud ! D’un point de vue voyage, j’essaie de voir le verre à moitié plein en considérant que le Covid nous offre aussi une opportunité de découvrir nos régions ou des lieux qu’on évite habituellement à cause de la foule !

      Répondre à Marlène


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