Visite de la Clifford’s Tower à York, entre sombres histoires et vue sur la ville



Cette semaine, je vous propose une petite découverte rapide : une visite de la Clifford’s Tower à York, en Angleterre. Une tour ouverte à tous les vents, qui permet de prendre de la hauteur sur la ville et de découvrir une part assez sombre de son histoire !

C’est l’une des nombreuses curiosités à visiter lors d’un séjour à York et vous allez voir, même si le monument ne casse pas trois pattes à un canard en apparence, il est associé à quelques anecdotes marquantes !

Visite de la Clifford's Tower à York
Visite de la Clifford’s Tower à York

La Clifford’s Tower, seul vestige du château de York

La Clifford’s Tower est aujourd’hui (presque) tout ce qui reste d’une époque où de grandioses châteaux occupaient la ville de York.

Les caprices de Guillaume le Conquérant

York fait partie des nombreuses villes où Guillaume Le Conquérant a décidé de faire construire un château lorsqu’il a débarqué dans la région, la meilleure manière d’asseoir son pouvoir.

Evidemment, même si la ville est moins urbanisée à l’époque qu’elle ne l’est aujourd’hui, il faut tout de même détruire quelques centaines de maisons pour dégager la place nécessaire à la construction du château, bâti sur une motte castrale (une mini-colline de terre) de 61 mètres de large.

Evidemment (bis), les habitants ne sont pas particulièrement contents de voir leur habitation détruite pour une histoire d’ego et de conquête… et quelle bonne idée a Guillaume le Conquérant pour calmer la population ?

Non, il ne leur offre pas de maison de substitution. Il construit un deuxième château à York. Humour médiéval ? Festival de provoc’ ? Je vous laisse juge ;)

Le tribunal d'instance de York vu depuis la Clifford Tower
Le tribunal d’instance de York vu depuis la Clifford Tower

Chaque château est installé de part et d’autre de la rivière locale, la rivière Ouse. Jusqu’au moment où, par un retour de karma sans doute, les deux châteaux sont attaqués par des envahisseurs vikings en provenance du Danemark. Et autant vous dire que quelques locaux, n’ayant pas digéré la présence des châteaux, prêtent volontiers main forte aux Vikings.

Dans la bataille, des maisons prennent feu, l’incendie se propage dans toute la ville jusqu’à la cathédrale de York (à un kilomètre et demi de là tout de même), les châteaux sont conquis et bien endommagés au passage.

Guillaume le Conquérant est vexé. On a abîmé ses châteaux. Drame, enfer et damnation. Qu’à cela ne tienne, il fait tout reconstruire (têtu !). Et en profite pour agrandir un peu les lieux. Les aménagements se perfectionnent et au fil du temps, le premier château prend le dessus sur le deuxième (construit sur l’actuelle colline de Baile Hill, qui correspond à la motte castrale du deuxième château).

Le château accueille au fil des siècles quelques Rois, qui viennent séjourner dans le donjon en visite officielle… et il est aussi le théâtre d’un épisode dramatique.

La cathédrale de York au fond, vue depuis la Clifford's Tower
La cathédrale de York au fond, vue depuis la Clifford’s Tower

Le grand pogrom de 1190

Les Normands, en s’établissant dans la région, ont aussi contribué à la fondation de l’une des premières communautés juives d’Angleterre. Les historiens n’ont à ce stade trouvé aucune trace de judaïsme en Angleterre avant l’arrivée des Normands.

C’est une époque où peu à peu, on commence à mieux réguler la fabrication de l’argent, à contrôler qui peut battre de la monnaie. Et à l’époque, la gestion de l’argent est interdite aux Chrétiens. Il est donc particulièrement pratique pour tout le monde de la confier aux Juifs, qui n’ont pas ce genre de restriction religieuse quant à la manipulation de la monnaie.

Ce qui, d’ailleurs, donnera lieu à des clichés antisémites tenaces qui ont, hélas, traversé les siècles (l’idée que les Juifs ont de l’argent…). A l’époque, déjà, les Juifs sont souvent victimes d’attaques et de préjugés de la part de la population chrétienne, ils ont donc tendance à se concentrer dans les villes qui possèdent un château, espérant ainsi être mieux protégés.

Intérieur de la Clifford Tower
Intérieur de la Clifford Tower

C’est ce qui se passe à York… et en 1190, la situation dégénère plus encore qu’à l’accoutumée. Le Roi Richard I souhaite prendre part à des Croisades, ce qui renforce le sentiment chrétien… et nuit donc aux Juifs par la même occasion. On raconte ainsi toutes sortes de choses, que le Roi souhaite se débarrasser d’eux, etc.

Deux habitants juifs de York, Benedict et Joceus, qui étaient partis assister au couronnement du Roi, se retrouvent en difficulté en revenant vers York et Benedict est assassiné.

C’est dans ce contexte de tension qu’un événement « banal » va mettre le feu aux poudres… Un habitant chrétien de York – Richard de Malbis – ayant des dettes envers un marchand juif, Aaron de Lincoln, considéré à l’époque comme la première fortune d’Angleterre, se sert d’un incendie accidentel survenu dans une maison comme prétexte pour lancer une attaque contre la maison de Benedict, ancien employé de Lincoln.

Joceus en est vite informé et décide de conduire toute la communauté juive dans le château de York afin de les protéger de la fureur populaire. Le responsable de la police de l’époque décide de tenter une « médiation » et quitte le château pour aller échanger avec la foule furieuse rassemblée à l’extérieur.

Mais lorsqu’il veut retourner dans le château, les Juifs terrifiés refusent de lui ouvrir par crainte que la foule ne profite de l’occasion pour s’y engouffrer. L’homme appelle le shérif, qui appelle ses hommes… et c’est ainsi qu’un siège commence, jusqu’à l’approche de Pessah, la Pâque juive.

La Clifford's Tower à York en Angleterre
La Clifford’s Tower à York en Angleterre

Le 16 mars 1190, les Juifs assiégés en arrivent à la conclusion qu’ils sont acculés et ne sortiront pas d’ici. Certains choisissent d’accepter la proposition des Chrétiens, et de se rendre en promettant de se convertir. Ils sortent du château de York mais sont aussitôt assassinés par la foule.

Le rabbin présent dans le château de York propose alors une terrible solution : un suicide collectif… afin de trouver une issue « honorable » à la situation sans devoir renoncer à leur religion.

Il incombe alors au chef de chaque famille de tuer sa femme et ses enfants éventuels avant de se donner la mort. Ils mettent également le feu à tout ce qu’ils avaient apporté avec eux dans le château. L’intégralité de la communauté juive de York disparaît ainsi dans ce pogrom.

Après le massacre, on rehaussera la motte castrale et on reconstruira une nouvelle fois le donjon.

Le pogrom de York en 1190
Le pogrom de York en 1190

La naissance de la Clifford’s Tower

Durant tous ces épisodes de l’histoire, le donjon est construit en bois. Il faut attendre le 13e siècle (et une nouvelle destruction du donjon) pour que le Roi Henri III exige que l’on construise un bâtiment « en dur », dans une roche calcaire, à l’abri des remparts. C’est ce tout nouveau donjon qui portera le nom de Clifford’s Tower.

On mise sur la solidité, avec des murs de 3 mètres d’épaisseur, des tourelles de défense. En soi, l’espace n’est pas très grand (24 mètres dans sa partie la plus large) mais la tour est équipée pour que l’on puisse tirer sur d’éventuels ennemis. On y construit également une petite chapelle à l’entrée.

Diorama du château de York
Diorama du château de York – Photo © Stephen Montgomery

La déchéance de la Clifford’s Tower

La tour va peu à peu tomber en décrépitude au fil des siècles. Etant bordée de rivières, l’humidité la fragilise… et même si certains ont préconisé une reconstruction complète, elle est à chaque fois « raccommodée » au lieu d’être vraiment reconstruite.

Les Rois considèrent que les villes possèdent trop de bâtiments dont l’entretien coûte une fortune. On décide donc d’en convertir certains en prisons et lieux d’exécution. La Clifford’s Tower en fait partie, on y pend les « traîtres ».

Autour d’elle, le château continue à se dégrader lui aussi, au point d’être finalement abandonné et de perdre son rôle militaire. On envisage de détruire la Clifford’s Tower mais elle a trouvé sa place (bien que tourmentée !) dans le paysage de la ville, si bien que la population n’y est pas du tout favorable.

Intérieur de la Clifford's Tower à York
Intérieur de la Clifford’s Tower à York

Alors on lui cherche un « second rôle ». Au 17e siècle, elle héberge une garnison… et un jour, en 1684, une énorme explosion secoue la Clifford’s Tower à l’occasion de la Saint George, la fête nationale anglaise. Selon la version officielle, le tir de canon – une tradition lors de cette fête – aurait mal tourné, provoquant un incendie qui, en atteignant les réserves de poudre de la tour, aurait tout fait sauter.

Officieusement, certains pensent que la garnison a voulu se débarrasser une bonne fois pour toutes de la tour (on a ainsi constaté que certains avaient comme par hasard déménagé leurs biens ailleurs juste avant l’explosion !).

Mais la Clifford’s Tower résiste (bon, comme vous pouvez le voir sur mes photos, elle résiste avec quelques murs et plafonds en moins, tout de même !). Voici à quoi l’aménagement intérieur ressemblait à l’époque d’après les historiens :

Aménagement de la tour autour de 1680
Aménagement de la tour autour de 1680 – © Historic England (Peter Urmston)

Au 18e siècle, la tour devient partie intégrante d’un grand complexe judiciaire intégrant une prison et un tribunal. Elle fera l’objet de travaux de rénovation afin de sécuriser ce qu’il reste de la structure et de redonner à l’extérieur son « apparence médiévale ».

La prison est fermée au cours du 20e siècle : la prison des femmes devient une partie du musée de la ville, le York Castle Museum (un musée incroyable que je vous conseille vraiment de visiter), l’autre partie étant issue de la prison des débiteurs. Les bâtiments de l’ancienne cour d’assises sont aujourd’hui le siège du tribunal de York.

L'ancienne prison des femmes de York
L’ancienne prison des femmes de York

Quant à la tour, elle devient finalement un lieu touristique, au terme d’une sacrée dose de péripéties qui en fait le seul vestige majeur du château de York !


Comment visiter la Clifford’s Tower à York ?

De l’avis général (qui est aussi le mien !), le prix du billet pour la Clifford’s Tower est assez « cher pour ce que c’est ». Comme vous avez pu le voir dans cet article, le bâtiment est largement en ruines et on en fait vite le tour.

Au rez-de-chaussée, on découvre sur quelques panneaux l’histoire de la Clifford’s Tower et une mini-maquette de ce qu’était le château autrefois.

Au rez-de-chaussée de la Clifford's Tower
Au rez-de-chaussée de la Clifford’s Tower

On peut ensuite emprunter un escalier qui monte au sommet de la tour, où un parapet permet d’en faire le tour en toute sécurité pour profiter de la vue sur York, avant de redescendre par un autre escalier.

Vous pouvez retrouver les prix et horaires d’ouverture de la Clifford’s Tower sur son site officiel.

La tour se situe dans le centre ville de York, vous pouvez donc la voir ou la visiter en arpentant la ville à pied et en allant visiter le York Castle Museum voisin. Vous pouvez aussi la découvrir en réservant cette visite guidée de York qui vous parlera aussi bien de la Clifford’s Tower que de York Minster, la splendide cathédrale de York.


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2 commentaires sur “Visite de la Clifford’s Tower à York, entre sombres histoires et vue sur la ville

  • Johanne Dagenais

    Histoire interessante que celle de ces châteaux et de la tour de York. Le suicide collectif de Juifs qui s’étaient réfugiés au château m’a rappelé l’histoire du siège de Massada où des Juifs aussi réfugiés dans une forteresse romaine ce sont donnés la mort pour ne pas être pris par les Romains….quelques siècles plus tôt. Étrange comme l’histoire se répète parfois…

    Répondre à Johanne
    • Marlène

      Hello Johanne, je n’avais – étrangement – pas fait le parallèle alors que je suis allée à Massada en septembre, merci d’avoir relevé cette ressemblance. C’est intéressant – et parfois triste – de constater que les pays se « répondent les uns aux autres ». A mesure que l’on voyage et que l’on découvre des lieux, on constate que certaines choses se rejoignent, qu’une histoire débutée dans un pays se poursuit dans un autre…

      Répondre à Marlène


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