Voyager sans partir loin, est-ce vraiment du voyage ?


Les blogueurs influents sont parfois invités à participer à des voyages. Ce fut récemment le cas d’une blogueuse française, invitée dans une destination lointaine à 11 heures d’avion de la France. Le rêve, non ? Oui… sauf que cette blogueuse avait une peur panique de l’avion donc vous imaginez bien qu’un vol de 11 heures était un peu au-dessus de ses forces.

Elle l’a poliment expliqué à son interlocuteur, qui a répliqué par un cinglant « Dans ce cas, on vous invitera le jour où on fera des blog trips à Vincennes ou à Fontainebleau ! » Ironie… et vraie question : est-ce qu’il faut partir loin pour avoir le droit de parler de voyage ? Pourquoi voyager loin est-il si valorisé par rapport au « voyage de proximité » ?

1. Partir loin, synonyme de dépaysement

Voyager loin, c’est d’abord s’éloigner physiquement de son quotidien. Le long-courrier ou le long voyage en cargo est comme une rupture avec la vie de tous les jours, qui aide beaucoup à décrocher des routines que l’on met en place chez soi. Il devient souvent plus facile de délaisser ses mails, d’abandonner l’habitude de consulter compulsivement ses notifications sur son téléphone. L’absence de WiFi ou de réseau est aussi là pour nous y aider, d’ailleurs !

Je travaille dans les métiers du web et l’usage veut souvent qu’on reste hyperconnecté tout le temps. Il y a un plaisir certain à activer la fonction Répondeur de sa messagerie professionnelle et d’écrire son message d’absence en disant « Je ne disposerai d’aucun accès à mes emails » ! Bien sûr, on peut aussi le prétendre si on prend ses vacances à deux pas de chez soi mais dans ce cas, c’est souvent un mensonge… là où le fait de partir loin devient une excuse. Et c’est le genre d’excuse qui fait du bien, parce qu’elle permet de pleinement déconnecter !

Et puis, le dépaysement s’exprime aussi dans les paysages au milieu desquels on se retrouve plongé. Voyager loin, c’est changer de décor, découvrir une autre végétation, d’autres couleurs parfois plus ou moins éclatantes que celles que l’on connaît.

Voyage dans les montagnes

2. Vivre de nouvelles expériences en voyage

Au-delà du décor, il y a clairement des expériences que l’on ne peut pas vivre en restant près de chez soi. Pas question de dévaluer le voyage de proximité – que j’adore, on peut vivre de superbes moments dans son propre pays… mais difficile d’envisager de faire du traîneau à chiens en plein Paris, de se balader à dos de dromadaire dans un désert, d’admirer une aurore boréale ou de faire de la pirogue dans une forêt tropicale en restant en France.

Le voyage, à mes yeux, c’est renouveler son stock d’émerveillement… et il faut admettre que partir loin y contribue en partie !

3. Voyager loin, une ouverture sur d’autres cultures

On dit souvent que le voyage aide à se construire, qu’il ouvre l’esprit. D’un voyageur à l’autre, on n’en retire probablement pas la même chose mais il est certain que voyager transforme la personnalité.

Une étude réalisée par des chercheurs allemands en 2013 sur des étudiants passant un ou deux semestres à l’étranger a montré que cette expérience développait plusieurs traits de personnalité comme l’extraversion, l’amabilité, l’ouverture à de nouvelles expériences, le côté consciencieux… tout en réduisant les tendances névrotiques. Bref, voyager longtemps loin de chez soi fait du bien !

Et ce n’est pas surprenant. D’abord, il y a toutes ces choses qui diffèrent d’une culture à l’autre et provoquent un certain bouleversement des repères habituels. Des choses parfaitement ordinaires dans une culture ne le sont plus dans une autre, une grande invitation à la tolérance.

Il y a des traditions différentes (y compris culinaires), des rapports différents entre les gens au sein de la famille par exemple (l’enfant n’est pas toujours considéré de la même façon, la place des hommes et des femmes varie). Souvent, ces différences culturelles s’expriment dans de simples instants du quotidien : le fait d’avoir sa planche de surf dans la voiture pour aller surfer en sortant du travail en Australie par exemple !

Je me souviens de l’un de mes premiers voyages, près du Sahara. Au beau milieu de la nuit, j’ai été réveillée par une voix forte et mon premier réflexe d’Occidentale très embrumée par ce réveil brutal a été de me dire : « Mais qui est ce c** qui réveille tout le monde à 5h du mat’ ? » Avant de me réveiller tout à fait et de réaliser que c’était tout simplement l’appel à la prière de l’aube, Shuruq, lancé par le muezzin.

Des années après, je garde un souvenir fort de cette anecdote parce que c’est le genre de moment où le voyage vous confronte au fait que vous ne détenez pas la vérité de ce qui est bien ou pas, de ce qui se fait ou pas. Ailleurs, ça se passe autrement et ailleurs aussi, les gens trouvent leur mode de vie ordinaire. Et c’est ce qui rend le voyage magique !

Des bergères mènent leurs chèvres

4. Partir loin pour découvrir ses propres limites

Quand on se retrouve dans un lieu qui n’a rien de familier, avec la barrière de la langue, des coutumes différentes et nos repères habituels chamboulés, on se retrouve aussi face à quelqu’un d’autre : soi-même.

On est timide ? Il va quand même falloir aller vers les autres. On est méfiant et prudent ? Il va quand même falloir se lancer à commander un plat sur une carte à laquelle on ne comprend rien… en faisant confiance aux éventuelles explications qu’on pourra obtenir !

C’est aussi apprendre à consommer autrement, à se débrouiller, à ne pas voir tout le monde comme un ennemi. J’entends souvent les gens poser cette question à ceux qui voyagent beaucoup : « Mais… tu n’as pas peur ? » Bien sûr, une saine prudence est indispensable partout, dans certains pays encore plus… mais la prudence ne doit pas devenir un rempart infranchissable qui empêche les nouvelles rencontres.

5. Voyager loin, ce n’est pas fait pour tout le monde

En étant réaliste, je pense que le voyage dans des pays lointains, comme le voyage à l’étranger, ne convient pas à tout le monde. Ça exige un peu de débrouillardise et d’indépendance (je connais des gens qui n’osent pas voyager dans un pays dont ils ne parlent pas la langue, par exemple).

Ça exige aussi un certain budget ou une approche particulière du voyage (opter pour le sac à dos, le logement chez l’habitant, etc) que tout le monde n’est pas prêt à avoir.

Je pense aussi que ça demande du temps. Sinon, on a vite fait d’opter pour un voyage très « occidentalisé » façon tour operator, optimisé pour en faire le maximum en un temps limité, où l’on retrouve les mêmes repères que dans sa culture d’origine et une forme de standardisation.

Alors pour en revenir à cette histoire de blog trip à Fontainebleau… eh bien, je trouve pour ma part que c’est une autre forme de voyage qui n’a pas à être « rabaissée » (et puis, c’est joli, Fontainebleau !). Le voyage à l’étranger apporte plein de choses positives, surtout si on opte pour un voyage « authentique » loin des circuits organisés en gros groupe… mais à mon sens, il ne convient pas à tous. Dans le monde du voyage comme ailleurs, l’élitisme fait encore des ravages…


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6 commentaires sur “Voyager sans partir loin, est-ce vraiment du voyage ?

  • tania

    Cela dépend de ce que l on appelle loin. La Sicile ou l Espagne sont certes à l étranger mais pas très loin de la France pourtant le dépaysement est déjà grand
    Déjà le fait de parler une autre langue c est déjà l aventure. J ai vécu des expériences à l étranger qui n auraient pas été les mêmes si je parlais l Espagnol car ça se passait en Andalousie
    Clairement je ne comprends pas non plus les gens qui ne sortent pas de leurs hôtel mais qui disent avoir voyager. Si c pour voir les mêmes personnes qu on pt rencontrer tous les jrs dans son pays quel est l intérêt
    Les voyages que j adore sont aussi ceux qui d une manière ou d une autre me dépayse, où j sens que je ne suis pas en France par les différences culturelles
    L aventure c le kiffe
    Qd faire quelques kms tournent à l expédition, certes sur le coup c est parfois agaçant
    J aime les surprises en voyage

    Répondre à tania
    • Marlène

      C’est vrai que le changement de langue joue pas mal, je me suis fait la réflexion en allant à Gand (ville pourtant bilingue mais où les panneaux, annonces, etc, se font généralement en flamand) il y a peu de temps. Ça rappelle tout de suite qu’on est sorti de chez soi :)

      Répondre à Marlène
  • Aurore

    Je connais aussi des gens qui n’ont aucun problème à faire 11h d’avion pour rester 2 semaines dans un hôtel all inclusive. Le voyage pour moi c’est bien plus profond qu’une question de distance, c’est surtout un état d’esprit. Je compte d’ailleurs écrire un article dessus bientôt.

    Répondre à Aurore
    • Marlène

      J’en connais aussi et j’avoue que j’ai du mal à comprendre l’intérêt d’aller si loin pour au final ne pas bouger des murs de son hôtel. Ce n’est pas le climat… puisqu’on peut souvent trouver aussi bien à 3 heures d’avion. C’est peut-être le sentiment d’éloignement qui fait du bien. Mais je trouve ça terriblement dommage de ne pas avoir cette curiosité de s’imprégner du pays/de la culture qu’on découvre ! :)

      Répondre à Marlène
    • Aurore

      Oui et du coup ils ne reviennent pas avec cette ouverture d’esprit que les voyages sont supposés apporter car ils ne se sont pas confrontés à une autre manière de penser, une autre manière de voir le monde. Dans mon cas par exemple, je sais qu’un des mes plus gros et beaux voyages que j’ai réalisé, c’est d’être… dans un couple mixte ! Je n’ai donc pas bougé de France mais pourtant chaque jour ça m’enrichi.

      Répondre à Aurore
    • Marlène

      Ça ne m’étonne pas du tout… J’ai vécu un peu la même chose en étant en couple avec un Anglais. Je détestais ce pays au départ, j’en avais une vision finalement très superficielle… et le fait d’être avec quelqu’un dont c’est le pays de naissance et de cœur permet de s’imprégner des traditions, de mieux comprendre certaines « réactions », de porter un autre regard sur l’endroit.

      Quand je vois à quel point ma vision de l’Angleterre a changé (alors que ce n’est pas en soi un pays lointain ou un pays très différent de la France), je mesure à quel point une ouverture sur le monde permet d’évoluer.

      Répondre à Marlène
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