Les Jardins d’Etretat, parenthèse poétique au sommet des falaises les plus célèbres de Normandie


Début novembre, j’ai pris la route d’Etretat en Normandie… à la découverte d’un jardin hors norme, installé au sommet des mythiques falaises de craie blanche. Les Jardins d’Etretat sont tout droit sortis de l’imaginaire de deux paysagistes russes : surplombant la mer et un panorama qui a inspiré tant d’artistes – à commencer par Claude Monet, ils nous offrent une parenthèse onirique et apaisante.

Je vous emmène avec moi… et vous allez voir, l’histoire du lieu est aussi intéressante que les secrets de ses allées.

Les Jardins d’Etretat, ou l’histoire d’un coup de coeur

Les Jardins d’Etretat sont nés d’un coup de cœur inattendu entre un paysagiste russe et une propriété de Normandie

Comment cette rencontre improbable a-t-elle eu lieu ? Pour le comprendre, il faut remonter le temps jusqu’à l’année 1905. Une actrice, Madame Thébault, proche de Claude Monet, devient propriétaire d’une superbe villa Belle Epoque construite par l’architecte parisien Louis Valentin sur les hauteurs d’Etretat, au coeur d’un parc de 3000 à 4000 m². Elle hérite du nom de “villa Roxelane”, une référence au rôle de Roxelane joué par la comédienne.

Celle-ci, amoureuse de la nature, sollicite le paysagiste Auguste Lecanu pour aménager le terrain. Les arbres centenaires plantés à cette époque ont été préservés.

Les années défilent, le jardin est délaissé… et la villa finit par être mise en vente (“975000 euros frais d’agence inclus”) avec son parc. La vue aurait pu séduire n’importe qui. Mais elle va laisser un homme littéralement subjugué : Alexandre Grivko, né en 1975.

La villa Roxelane et sa vue sur les falaises d'Etretat
La villa Roxelane et sa vue sur les falaises d’Etretat

Originaire de Russie, l’homme a d’abord suivi des études d’économie avant de laisser libre cours à sa passion première pour les jardins, intégrant l’Ecole internationale de design floral de Moscou. Il ouvre une boutique à Moscou mais très vite, on le sollicite pour des projets plus ambitieux. Avec un associé, Mark Dumas, Alexandre Grivko fonde la société IL Nature et aménage une cinquantaine de jardins privés où il laisse libre cours à sa créativité débordante…

Jusqu’au jour où Alexandre Grivko vient passer quelques jours à Etretat en Normandie… et tombe irrémédiablement amoureux de l’endroit. Il achète la propriété et un terrain supplémentaire de 3000 m² puis se lance dans le projet fou d’y créer un jardin d’exception au sommet des falaises d’Etretat.

2 ans de travail pour aboutir aux Jardins d’Étretat

L’art a la capacité magique à nous faire oublier tout le travail et les difficultés qu’il a fallu affronter pour atteindre l’excellence. Les Jardins d’Etretat n’échappent pas à la règle. Il a fallu deux années de chantier pour créer cet écrin végétal : construire des murets, lutter contre un sol riche en silex qui empêchait de creuser profondément, transporter des centaines de tonnes de terre au sommet des falaises pour contourner l’obstacle, imaginer la composition végétale des lieux pour qu’elle résiste aux vents et aux embruns… et lui donner un sens.

200 personnes mobilisées, 35000 plantations effectuées, des oeuvres d’art installées… et, pour Alexandre Grivko, une occasion unique de dévoiler son travail au grand public, bien loin des propriétés secrètes au service desquelles il met habituellement ses talents.

A la découverte des Jardins d’Etretat

A l’entrée du jardin, une sobre petite roulotte se fond dans le décor, c’est ici que l’on achète son ticket pour accéder au lieu.

Roulotte à l'entrée du jardin d'Etretat
Roulotte à l’entrée du jardin d’Etretat

Puis vient ce portail où l’on est accueilli par trois sculptures rondes et apaisantes.

L'entrée des jardins sur les falaises d'Etretat
L’entrée des jardins sur les falaises d’Etretat

Nous débouchons alors au sommet des jardins, qui s’étirent à flanc de colline et que l’on arpente grâce à d’impeccables allées de graviers. Les buissons s’enroulent comme de gros coquillages, taillés à la perfection. D’ailleurs, une sculpture d’Alena Kogan baptisée “Un coquillage” est suspendue dans les airs…

Le Jardin Avatar

Un sens de visite est suggéré mais j’ai préféré pour ma part me laisser guider par le plaisir de découvrir les Jardins d’Etretat de manière intuitive… car ça fait aussi partie de l’expérience : chacun ressort du lieu avec son propre ressenti. Pour ma part, j’ai aussitôt pensé à Alice au Pays des Merveilles !

Ce qui a d’abord attiré mon attention, c’est cette énorme clé dorée plantée dans un arbre, une oeuvre baptisée Greyworld et la Forêt Mécanique… Greyworld étant un collectif d’artistes londoniens. Leur oeuvre, Clockwork Forest, a initialement vu le jour en Angleterre, dans la Grizedale Forest au nord du pays.

Greyworld et la Forêt mécanique
Greyworld et la Forêt mécanique

Tournez la clé et tendez l’oreille… Vous découvrirez une autre particularité du jardin : des enceintes dissimulées dans la végétation vous immergent dans un environnement sonore délicat… Ce “Jardin Avatar”, inspiré par le film du même nom, fait la part belle à une foule de variétés de houx, qui côtoient les arbres centenaires de Madame Thébault.

Le Jardin Eléments

Mes pas se dirigent ensuite vers la très belle villa Roxelane, qui abrite aujourd’hui les bureaux et les locaux des jardiniers. Ils sont entre 3 et 5 – selon la saison – à prendre soin du jardin, à tailler méticuleusement les buissons, à s’assurer que rien ne trouble la douce harmonie des allées…

La villa Roxelane à Etretat en Normandie
La villa Roxelane à Etretat en Normandie

On débouche ainsi sur une terrasse qui domine la mer et la falaise d’Aval avec sa célèbre Aiguille. Une sculpture en bambou signée Wiktor Szostalo, représentant Claude Monet en train de peindre, est installée sur la terrasse, un hommage aux impressionnistes qui sont nombreux à avoir séjourné à Etretat… et à Claude Monet lui-même, qui y a peint plusieurs toiles et fréquentait régulièrement la villa Roxelane.

Claude Monet sculpté par l'artiste polonais Wiktor Szostalo
Claude Monet sculpté par l’artiste polonais Wiktor Szostalo
La vue sur la falaise d'Aval à Etretat
La vue sur la falaise d’Aval à Etretat

Et toujours, ces formes de coquillages qui rendent hommage à la région…

Coquillage végétal dans les Jardins d'Etretat en Normandie
Coquillage végétal dans les Jardins d’Etretat en Normandie

Le Jardin Emotions

Impossible de l’oublier, c’est celui qui suscite irrémédiablement la curiosité des visiteurs. Il faut dire qu’ici, deux arts se sont rencontrés : Alexandre Grivko a sculpté ses végétaux pour qu’ils répondent aux “Gouttes de Pluie” sculptées dans la résine élastomère par Samuel Salcedo.

De gros visages ronds, bienveillants, expressifs, qui semblent tour à tour espiègles et endormis… ou donnent parfois l’impression de respirer l’air iodé à pleins poumons.

Les Gouttes de Pluie de Samuel Salcedo
Les Gouttes de Pluie de Samuel Salcedo
Les Gouttes de Pluie de Samuel Salcedo
Les Gouttes de Pluie de Samuel Salcedo
Les Gouttes de Pluie de Samuel Salcedo
Les Gouttes de Pluie de Samuel Salcedo

On se prend vite au jeu de capturer leurs expressions. On se trouve ici dans l’une des parties les plus basses du jardin, figurant la marée basse

La Villa Roxelane vue depuis le Jardin des Emotions
La Villa Roxelane vue depuis le Jardin des Emotions
Sculpture expressive dans les Jardins d'Etretat
Sculpture expressive dans les Jardins d’Etretat

Le Jardin des Orchidées

On remonte ensuite vers le Jardin des Orchidées… et comme je n’ai pas vu d’orchidées, c’est l’occasion de vous parler justement du jardin au rythme des saisons ! Les Jardins d’Etretat sont avant tout des jardins végétaux. Il y a quelques fleurs (azalées, camélias, hortensias, agapanthes…) mais le jardin abrite majoritairement des plantes, si bien qu’il conserve tout son intérêt en automne et en hiver (même si, indiscutablement, le printemps doit lui donner une petite touche de magie supplémentaire !).

On trouve beaucoup d’ifs, de buis, du muehlenbeckia qui forme un véritable tapis végétal pour conserver une certaine humidité au niveau du sol et éviter qu’il ne se dessèche sous l’effet du vent parfois fort sur les falaises d’Etretat.

Aux abords du Jardin des Orchidées
Aux abords du Jardin des Orchidées
Aux abords du Jardin des Orchidées
Aux abords du Jardin des Orchidées

Le Jardin des Etreintes et des Arbres

Ici, on découvre un groupe de personnages en bois de vigne, imaginés par Agnieszka Gradnik et Viktor Szostalo. Ils appartiennent au “Treehugger Project”. Vous avez peut-être entendu parler de cette pratique bien-être qui consiste à “faire des câlins aux arbres”, pour se sentir proche de la nature et en communion avec elle.

“Ces sculptures espiègles nous rappellent qu’en tant qu’êtres humains, nous faisons partie intégrante de notre environnement naturel. Elles nous ramènent à nos souvenirs d’enfance où l’on grimpait aux arbres, où jouer dehors avec des amis relevait de notre quotidien. Avez-vous déjà vu quelqu’un grimper à un arbre sans le serrer contre lui ?

Notre projet offre une excellente opportunité de toucher les communautés locales, de montrer que prendre parti pour l’environnement peut se faire d’une manière amusante et apolitique. Il rappelle que l’art contemporain peut être divertissant et transformer la manière dont nous percevons notre monde” (Agnieszka Gradnik et Viktor Szostalo).

Alors on voit ces personnages qui font la queue pour faire un câlin à un arbre (un “tree hug” en anglais)… Petits, gros, hommes, femmes, valides ou en fauteuil…

Tree Hug dans les Jardins d'Etretat
Tree Hug dans les Jardins d’Etretat
Le Treehugger Project à Etretat
Le Treehugger Project à Etretat

Plus loin, un autre attend, une boîte posée à ses côtés qui réclame quelques pièces “Pour le bonheur”

Sculpture en bois à Etretat
Sculpture en bois à Etretat
Pour le bonheur
Pour le bonheur

On est ensuite intrigué par une loooooongue table en bois, imaginée par Thomas Rösler (tout comme d’autres éléments de mobilier en bois brut que l’on trouve dans les jardins). Elle incite à une pause au milieu des buissons sculptés en forme de fleurs.

A-t-on découvert la salle à manger du Petit Poucet ? Celle des Sept Nains ? La table où le Chapelier Fou et ses convives vont festoyer à l’occasion d’un non-anniversaire ? Mystère et boule de gomme ! La table a été sculptée d’un seul tenant dans un vieux chêne…

La grande table de Thomas Rösler
La grande table de Thomas Rösler

On entrevoit, à l’arrière-plan, des arches qui rappellent évidemment les célèbres arches des falaises d’Etretat. On se faufile sous ces arches pour rejoindre le jardin suivant.

Le Jardin des Bruits de la Nature et le Jardin Parnasse

D’abord, voilà un escalier discret qui mène à un petit espace protégé au milieu des bambous. Tout au fond, un banc permet de s’installer, seul au monde, pour quelques instants de zénitude !

Bambous dans les Jardins d'Etretat
Bambous dans les Jardins d’Etretat

Puis vient la partie des Jardins d’Etretat qui m’a le plus intriguée. Des sculptures en terre cuite sont suspendues dans les airs, on entend une multitude de sons qui se mélangent tandis qu’à l’arrière-plan, le jardin reprend de la hauteur avec un nouvel enroulement de buissons évoquant un coquillage.

Le Jardin des Bruits de la Nature
Le Jardin des Bruits de la Nature

En réalité, ces 50 suspensions créées par Sergey Katran ont une vraie particularité : elles génèrent des ondes qui “prononcent” le mot “Art” dans une multitude de langues pour que chaque visiteur, d’où qu’il soit, essaie de percevoir la langue qui lui est familière.

L'installation de Sergey Katran
L’installation de Sergey Katran
L'installation de Sergey Katran
L’installation de Sergey Katran

Visiter les Jardins d’Etretat

Je vous ai déjà présenté sur le blog plusieurs parcs et jardins… et à n’en pas douter, les Jardins d’Etretat comptent au rang des lieux à découvrir si vous allez en Normandie. Pour leur cadre exceptionnel mais aussi pour leur capacité à allier poésie, imagination, nature et créativité.

On y accède facilement en voiture (parking juste devant l’entrée, au sommet de la falaise d’Amont à Etretat), on peut s’y restaurer à l’extérieur grâce à deux food-trucks (dans des roulottes) qui vendent de quoi grignoter et boire. On peut ensuite poursuivre sa visite de la falaise d’Amont avec la Chapelle Notre-Dame de la Garde, l’escalier qui mène au Tunnel du Chaudron pour une belle balade jusqu’au pied des falaises…

Vous pouvez retrouver les horaires d’ouverture et les tarifs sur le site officiel des Jardins. Beaucoup de projets sont envisagés pour continuer à développer les jardins, notamment en y organisant des dîners en petit comité, des concerts… C’est un lieu voué à évoluer et j’espère qu’il vous plaira si vous avez l’occasion d’y aller !

Vous pouvez poursuivre la visite sur le blog en lisant mon article sur la ville d’Etretat : plein de conseils, de bonnes adresses et de photos des falaises elles-mêmes !


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2 commentaires sur “Les Jardins d’Etretat, parenthèse poétique au sommet des falaises les plus célèbres de Normandie

  • En Mode Bonheur

    Ooh la belle découverte ! J’adore celui des émotions :)

    Julie

    Répondre à En
    • Marlène

      Le réalisme des expressions sur les sculptures est vraiment incroyable, c’est très joli et très sympa à photographier aussi !

      Répondre à Marlène
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