Le musée de l’émigration EPIC à Dublin, à la rencontre de la culture irlandaise


Avant d'aller à Dublin, j'avais entendu beaucoup de bien du musée EPIC, pourtant consacré à un thème très spécialisé : l'émigration des Irlandais dans le monde. Il a même gagné à plusieurs reprises le prix de la meilleure attraction touristique d'Europe aux World Travel Awards. Curieuse, j'ai donc décidé de m'y rendre et ai tout à fait compris l'engouement pour le lieu ! Je vous conseille donc à mon tour de programmer cette visite lors de votre séjour en Irlande.

Dans cet article, je vous propose de découvrir ce que présente ce musée et pourquoi il est intéressant de le visiter.

L'EPIC, une rencontre avec la culture irlandaise

Dès l'entrée du musée, on est pleinement immergé dans le parcours puisque l'on vous remet un passeport. Vous pourrez le tamponner à chaque salle visitée (le musée en comporte 20) et garder ainsi une trace de votre voyage.

Passeport pour le musée de l'émigration EPIC
Passeport pour le musée de l'émigration EPIC à Dublin, Irlande

II débute, dans les premières salles, par une découverte de la beauté de l'Irlande et de ses trésors, un patrimoine que les migrants pouvaient emporter dans leurs souvenirs en quittant le pays.

Entrée dans le musée de l'émigration à Dublin

La place de l'émigration en Irlande

On arrive ensuite dans un espace à mi-chemin entre l'accueil d'un port et celui d'un aéroport, point de départ d'un voyage dans le monde.

On le découvre vite quand on visite l'Irlande pour la première fois : le pays a été marqué par une véritable catastrophe humaine et économique, la "Grande famine irlandaise" entre 1845 et 1852. A l'époque, une large part de la population dépendait fortement de la pomme de terre pour se nourrir. Or, les récoltes ont été décimées par un parasite, le mildiou. L'impact a très vite été colossal... et a été aggravé par des décisions politiques : poursuivre les exportations de nourriture à l'étranger, alors même que le pays mourait de faim.

La Grande famine a fait 1 million de morts à un époque où le pays comptait 8 millions d'habitants. En proportion, c'est comme si aujourd'hui la France perdait 8.5 millions de vies humaines... Ca vous donne une idée de l'ampleur du drame. L'Irlande ne s'en est toujours pas vraiment relevée sur le plan démographique puisqu'elle compte aujourd'hui à peine plus de 5 millions d'habitants.

Cette période a été marquée par une forte émigration, qui a permis à la culture irlandaise de se diffuser dans le monde... mais on découvre à EPIC que l'émigration a existé bien avant, depuis l'an 500 avant notre ère où les moines partaient sur des currachs, petits bateaux de bois recouverts de peaux de bœuf.

Départ pour un voyage au départ de l'Irlande
Départ pour un voyage au départ de l'Irlande

Moyens de transport et voyages

On plonge justement dans la manière dont les départs s'organisaient. On découvre par exemple les conditions de vie sur les bateaux qui transportaient les émigrants, souvent dans des conditions difficiles. Je vous conseille d'ailleurs, en complément de la visite du musée EPIC, d'aller voir le bateau Jeanie Johnston, à quai juste en face, qui retrace plus spécifiquement ces traversées périlleuses, qui ont sauvé des vies mais en ont aussi pris beaucoup.

Au fil des siècles, les Irlandais sont ainsi partis sur les côtes anglaises, dans toute l'Europe puis vers des destinations plus lointaines comme les Caraïbes, l'Australie (où l'on envoyait les condamnés puis où sont partis les chercheurs d'or), la Nouvelle-Zélande, les USA ou encore le Canada.

On découvre l'arrivée à l'immigration, les parcours de certains Irlandais ayant ainsi quitté leur terre natale pour diverses raisons... comme Annie Moore, ayant quitté Cork pour New York avec ses deux petits frères à l'âge de 16 ans en 1890 afin de retrouver ses parents. Ou l'écrivain Dónall Mac Amhlaigh ayant fui le chômage irlandais dans les années 1950 pour l'Angleterre. Ou John Boyle O'Reilly, condamné à la peine de mort pour trahison en 1866, finalement envoyé au bagne en Australie pour 20 ans... et ayant réussi à s'évader au bout de 15 mois pour fuir à Boston.

L'émigration irlandaise à EPIC

Les causes de l'émigration

On explore justement, dans ces premières salles, les causes de l'émigration... avec un double regard : on part parfois pour quitter quelque chose… mais on peut aussi partir pour trouver quelque chose ailleurs.

La famine, les bouleversements économiques et politiques, des lois parfois très oppressives, des motifs religieux ou personnels (par exemple, l'homosexualité est restée illégale très tardivement en Irlande, elle n'a été décriminalisée qu'en 1993), l'envie de trouver du travail ailleurs ou de retrouver des proches déjà partis, des inégalités sociales (en matière de droits des femmes, par exemple) font partie des nombreuses raisons négatives qui ont poussé les Irlandais à quitter leur terre natale.

Mais les départs ont aussi été motivés, parfois, par des ambitions bien plus positives : diffuser la culture irlandaise, dans une perspective d'éducation, en fondant des collèges irlandais à l'étranger, se former, diffuser sa foi, aider les autres...

C'est très intéressant, d'un point de vue humain et sociétal, de plonger dans cette analyse car au-delà du cas de l'Irlande, on se surprend aussi à se poser des questions plus personnelles sur son propre rapport à son pays. Qu'est-ce qu'on y aime ? Qu'est-ce qu'on aimerait trouver ailleurs ? Quelle situation pourrait nous pousser à partir ? L'herbe serait-elle forcément plus verte ?

Les causes de l'émigration, musée EPIC

L'influence irlandaise dans le monde

A ce stade, on a déjà parcouru 7 salles du musée EPIC qui ont permis de comprendre comment des générations d'Irlandais se retrouvent aujourd'hui éparpillées sur toute la surface du globe. La suite de la visite va nous raconter justement tout ce qu'ils ont apporté au monde dans une multitude de domaines.

On commence avec le sport : rugby, hurling, tennis, football américain, équitation, boxe, football, baseball, les sportifs irlandais se sont illustrés dans bon nombre de disciplines. Certains clubs, à l'étranger, portent des noms de comtés irlandais.

On explore ensuite l'influence irlandaise en matière d'innovations et d'inventions, avec plusieurs Prix Nobel (comme James Watson et John O'Keefe, tous deux d'origine irlandaise, en médecine) et de célèbres inventeurs issus eux aussi d'une tradition d'émigration comme Charles Parsons et la turbine à vapeur, Henry Ford (à l'origine du constructeur automobile portant son nom et dont le père avait quitté l'Irlande pour les États-Unis en 1847, au cœur de la Grande famine), James Barry (premier chirurgien à avoir pratiqué une césarienne réussie en Afrique) ou encore Almroth Wright (qui a permis le développement de la vaccination contre la typhoïde)...

Une salle du musée de l'émigration EPIC à Dublin

On retrouve aussi des connexions entre l'Irlande et bon nombre de leaders politiques. Par exemple, Che Guevara avait apparemment des ancêtres de Galway, tout comme Margaret Sanger qui a fondé aux États-Unis l'équivalent du planning familial et a lutté pour le droit à la contraception. Le musée ne cache pas certaines réalités : par exemple, Margaret Sanger a été une figure très controversée car elle était favorable à la stérilisation des personnes ayant des "gènes indésirables" selon sa vision. Le musée évoque aussi des figures qui ont marqué l'histoire récente, comme Mary Robinson, première femme à devenir présidente d'Irlande et fervente militante des droits humains ; elle a d'ailleurs été Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.

Tous les émigrants n'étaient évidemment pas des saints... et le musée de l'émigration EPIC raconte aussi l'histoire de ceux qui ont eu un parcours beaucoup plus tourmenté, comme Ned Kelly, né de parents irlandais et pendu en Australie pour ses multiples méfaits en tant que chef de gang, le pickpocket George Barrington ou encore "Typhoid Mary", surnom donné à Mary Mallon qui était porteuse saine de la typhoïde et a déclenché plus d'une cinquantaine d'épidémies.

Les criminels irlandais

Le parcours de visite s'achève par quelques salles plus légères consacrées aux domaines artistiques où les Irlandais ont brillé ou encore à la gastronomie locale. On connaît bien sûr la célèbre bière Guinness (je vous avais parlé sur le blog de la visite de la Guinness Storehouse) mais on découvre aussi, entre autres, un pain irlandais au bicarbonate de soude ("soda bread"), le bœuf salé aux choux ("corned beef and cabbage") ou encore les fromages locaux...

Un pub irlandais

On retrouve également le travail de plusieurs peintres, architectes et designers célèbres irlandais ou d'origine irlandaise, comme Eileen Gray (connue notamment pour son fauteuil Bibendum), James Hoban (architecte de la Maison Blanche), Sidney Nolan, Jack Butler Yeats, Francis Bacon...

Peintres et designers irlandais au musée de l'émigration EPIC
Peintres et designers irlandais au musée de l'émigration EPIC

Enfin, on termine par l'art de raconter des histoires. L'Irlande est célèbre pour la richesse de ses légendes et ne manque pas de très grands auteurs, certains ayant même reçu le Prix Nobel : Samuel Beckett, George Bernard Shaw, Oscar Wilde, James Joyce, Jonathan Swift, le père de Dracula Bram Stoker...

La littérature irlandaise à l'honneur au musée EPIC de Dublin

Elle a aussi inspiré beaucoup de réalisateurs, comédiens, présentateurs que l'on redécouvre ici. Les deux acteurs ayant joué Dumbledore dans la saga Harry Potter étaient tous deux irlandais, tout comme Liam Neeson par exemple.

L'Irlande, inspiration pour les artistes

Le parcours s'achève par une réflexion sur les liens - souvent festifs ! - qui unissent encore les Irlandais du monde entier et sur le rôle que joue l’émigration dans la construction de l’identité irlandaise moderne.

Le design immersif, les apports intelligents de la technologie, font du musée EPIC un endroit à la fois instructif et ludique. On peut apprendre à danser, faire des quiz sur des écrans tactiles, jouer aux devinettes en se positionnant sur la réponse de son choix qui s'affiche au sol, on peut débloquer des informations en positionnant des "palets" au bon endroit sur des écrans tactiles…

Il y a aussi plein de coins où l'on peut s'asseoir pour écouter des témoignages, des histoires... On ne voit pas le temps passer !

Vous vous demandez d'ailleurs peut-être combien de temps prévoir pour la visite d'EPIC ? Je dirais entre 1h (visite rapide, sans entrer dans les détails) et 2h (si vous prenez le temps de bien explorer chaque salle).

Billets pour le musée de l'émigration EPIC et horaires d'ouverture

L'EPIC propose des billets d'entrée adaptés à tous les âges, avec des tarifs avantageux quand on réserve en ligne à l'avance (entre 1 et 3€ de moins qu'en achetant sur place au dernier moment).

Les enfants de moins de 6 ans entrent gratuitement, et des réductions sont disponibles pour les ados, les étudiants et les seniors. Il existe également des pass famille, avec des formules pour les familles monoparentales ou avec plusieurs enfants. Enfin, vous pouvez opter pour un billet combiné incluant la visite de l'EPIC et celle du Jeanie Johnston, le bateau que je mentionnais plus haut dans l'article et qui a permis à certains Irlandais de fuir la grande famine en émigrant aux États-Unis. J'ai adoré cette visite, d'ailleurs, et je vous conseille d'aller sur le Jeanie Johnston si vous en avez le temps pendant votre séjour à Dublin !

Petit bonus du billet EPIC : si vous n'avez pas eu le temps de tout voir ou que vous souhaitez approfondir en visitant le musée une seconde fois, chaque billet offre la possibilité de revenir gratuitement dans les 10 jours suivant la première visite.

Le musée est ouvert 7 jours sur 7 de 10h à 18h45, avec une dernière entrée possible à 17h.

Comment se rendre au musée de l'émigration ?

Le musée de l'émigration EPIC est situé au cœur de Dublin, dans le quartier des Docklands, à l'intérieur de la galerie commerciale "Custom House Quay" (CHQ Dublin). Il y a sur place quelques restaurants comme "Urban Brewery", "TOSS’D Noodles & Salads" ou "Seven Wonders CHQ" si vous voulez manger avant ou après la visite.

L'endroit est facile d'accès quel que soit votre mode de transport.

A pied, vous pouvez tout simplement longer la Liffey depuis le centre-ville, le musée est à un gros quart d'heure à pied du quartier de Temple Bar par exemple.

En transports en commun, la gare de Connolly se trouve juste derrière le musée à 5 minutes de marche (desservie par les trains et le tramway LUAS ligne rouge), il y a également beaucoup de lignes de bus qui passent près du musée au niveau du Custom House Quay (arrêt le plus proche : Docklands, CHQ).

En voiture, il y a un parking (IFSC) sur Common Street juste à côté.

Intérieur du musée de l'émigration EPIC à Dublin
Intérieur du musée de l'émigration EPIC à Dublin

Pour conclure, je vous dirais donc que c'est un musée dont le thème peut paraître un peu "aride" au premier abord, en particulier si vous n'êtes pas un passionné d'histoire… mais en réalité, ce n'est pas du tout un musée axé sur l'histoire. Il est plutôt dédié à la richesse de la culture irlandaise et à la manière dont elle a essaimé dans le monde suite à des événements historiques. La muséographie très moderne et interactive contribue aussi à vous faire passer un excellent moment !

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Marlène Viancin

Marlène Viancin

Hello ! Créatrice de ce site que j'anime depuis 2014, je partage ici mes découvertes aux quatre coins du monde, entre bons plans, itinéraires testés et coups de cœur personnels. Amoureuse des voyages en solo, j'ai sillonné l'Europe, exploré la Pologne ou encore le Royaume-Uni en profondeur. Depuis mars 2023, une nouvelle aventure a commencé : celle de maman solo. Avec mon fils James, on continue d’explorer le monde avec un œil neuf et toujours le même plaisir de raconter, conseiller, guider.


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