Visiter la maison de Monet à Giverny et les jardins de Monet



Aujourd’hui, direction Giverny et la maison de Monet ! Le peintre Claude Monet a passé une partie de sa vie et vécu ses dernières heures dans ce petit coin de verdure en Normandie, y puisant l’inspiration pour réaliser quelques-unes de ses toiles les plus célèbres, notamment la célèbre série des Nymphéas.

Grâce à la fondation Monet, on peut aujourd’hui visiter la maison et les jardins qui ont nourri la créativité du peintre. Dans cet article, je vous emmène dans cette jolie bâtisse qui laisse entrer la nature et semble avoir été habitée il y a peu. L’occasion de découvrir l’univers du plus célèbre des impressionnistes !

Je partagerai aussi avec vous quelques informations pratiques sur la visite de la maison de Monet et ses jardins : réservation, prix des billets, horaires d’ouverture, conseils de visite, etc.

La maison de Monet, une demeure familiale

Pour commencer, j’aimerais vous raconter l’histoire de cette maison… car en allant sur place, vous allez vous immerger dans l’atmosphère du lieu, la beauté des jardins de Monet, la splendeur des fleurs, sans forcément comprendre la place que ce joli Clos normand a occupée dans sa vie.

Comment Claude Monet a-t-il pris la décision de venir s’établir à Giverny, en Normandie (dans l’Eure, plus précisément), un tout petit village qui compte à l’époque moins de 300 habitants ?

Le Clos Normand, maison de Monet à Giverny en Normandie
Le Clos Normand, maison de Monet à Giverny en Normandie

Ce petit mystère n’est guère long à résoudre si l’on sait que Claude Monet a entretenu tout au long de sa vie un lien étroit avec la Normandie. Le peintre, né à Paris en 1840, n’y a pas vécu très longtemps dans sa jeunesse puisque ses parents ont vite décidé de quitter la capitale quand il avait 5 ans pour s’installer au Havre.

Monet ne reviendra à Paris qu’à 19 ans, ayant commencé à présenter ses premières peintures aux Beaux-Arts du Havre avec un certain succès. Suite à la mort de sa mère, il a renoncé à ses études et c’est sa tante, ainsi que son premier mentor Eugène Boudin, qui le poussent à entretenir sa passion pour l’art.

Durant toute son existence, Monet a alterné les voyages et les retours dans la région qui l’a vu grandir.

Il a ainsi peint à Honfleur, à Sainte-Adresse, Le Havre, Fécamp, Trouville, Dieppe ou encore dans l’actuelle ville de Hautot-sur-Mer.

Souvent, le peintre revenait en Normandie quand il traversait une période difficile, en particulier sur le plan financier. Avant de laisser une empreinte indélébile dans l’histoire de la peinture française, il a en effet connu des passages à vide majeurs, de gros ennuis financiers et à fait l’objet de critiques acerbes en son temps.

A droite, Claude Monet à Giverny en 1900
A droite, Claude Monet à Giverny en 1900

Avant Giverny, une vie de famille « scandaleuse »

Pour comprendre le contexte de l’installation de Monet dans sa maison de Giverny, il faut revenir sur sa vie de famille, aussi tourmentée que l’a été l’accueil réservé à ses toiles !

Autour de 1865, Monet tombe amoureux de Camille Doncieux, qui pose comme modèle pour de célèbres peintres de l’époque (Manet, Renoir). Elle a 18 ans tout juste, il en a 25. Dès 1867, ils commencent à vivre ensemble sans être mariés, ce qui est vu d’un très mauvais œil à l’époque, d’autant que Camille est enceinte.

Elle donne naissance à un premier enfant hors mariage en 1867, Jean Monet, puis épouse son bien-aimé en 1870 et donne naissance en 1878 à un deuxième garçon, Michel.

La voici ici, peinte par Monet dans Printemps en 1872.

Camille Doncieux peinte par Claude Monet dans le tableau Printemps
Camille Doncieux peinte par Claude Monet dans le tableau Printemps

A l’époque où Camille donne naissance à leur premier enfant, Claude Monet traverse une période difficile qui le pousse à commettre une tentative de suicide en 1868. Il est rejeté par la critique, manque d’argent, choisit de s’exiler à Londres quelques temps pour se soustraire à ses obligations militaires alors que la France est en guerre.

Période difficile qui se prolonge sur un plan personnel car Camille développe à partir de 1875 un cancer de l’utérus. Sa santé se dégrade progressivement au fil des années, le déclin s’accélérant après la naissance de Michel. Elle finit par mourir en 1879 à seulement 32 ans.

Monet est veuf, il est pauvre… mais il peut compter sur le soutien d’Ernest Hoschedé, un riche mécène et collectionneur d’art. Monet l’a rencontré en 1876 alors qu’il s’était installé chez lui, au château de Rottembourg de Montgeron, pour décorer certaines pièces. Ernest est marié à Alice, avec qui il a 6 enfants.

En 1878, les deux couples se retrouvent en même temps dans le creux de la vague : la femme de Monet s’éteint peu à peu et il est en difficulté sur le plan financier, tandis que Hoschedé a fait faillite. Ils décident alors d’emménager tous ensemble, sans doute pour se soutenir mutuellement.

Ce qui devait arriver arriva. Hoschedé s’absentant souvent pour son travail, Claude Monet – désormais veuf – se retrouve tout aussi souvent seul avec Alice. Vous imaginez qu’à l’époque, cela fait bien scandale comme il faut ;)

Et les choses ne s’arrangent pas car Monet assume ! Lorsqu’ils doivent déménager, ils s’installent ensemble avec tous les enfants à Poissy. Ernest Hoschedé, lui, passe le plus clair de son temps à Paris.

Alice Hoschedé peinte par Carolus-Duran dans les années 1870
Alice Hoschedé peinte par Carolus-Duran dans les années 1870
Alice Hoschedé peinte par Claude Monet en 1881
Alice Hoschedé peinte par Claude Monet en 1881

L’installation de Monet à Giverny

Claude Monet n’aime pas Poissy, il ne s’y sent pas très bien donc il cherche à déménager… et découvre lors d’un voyage en train une maison pour laquelle il a le coup de cœur. Elle se trouve au lieu-dit « Le Pressoir » à Giverny, en Normandie. C’est une belle propriété d’un hectare, Le Clos normand, avec un verger et un potager.

Claude Monet dans sa maison de Giverny
Claude Monet dans sa maison de Giverny
Claude Monet dans sa maison de Giverny
Claude Monet dans sa maison de Giverny

La maison n’est pas à vendre mais le propriétaire, Louis-Joseph Singeot, consent à la louer à Monet. Pendant 7 ans, Monet, Alice Hoschedé et leurs enfants respectifs vont y vivre en concubinage et en location. Monet voyage beaucoup à cette période (Pays-Bas, Côte d’Azur, Creuse, etc). Sa situation financière finit par s’améliorer et fin 1890, il achète la maison de Giverny qui devient ainsi officiellement la « maison de Monet ».

Cette période marque un nouveau tournant dans l’histoire du peintre. Déjà, dans sa peinture même, il commence à peindre des séries de toiles : il s’agit de répéter un même motif mais à travers des interprétations différentes. Monet commence par des gerbiers de blé (série des Meules en 1890-1891) qui se trouvent non loin de chez lui à Giverny.

La grande allée de la maison de Monet à Giverny
La grande allée de la maison de Monet à Giverny

Le deuxième changement est plus personnel. Ernest Hoschedé, le mari d’Alice dont elle n’a jamais divorcé (on parle d’un temps où ces choses ne se faisaient pas), tombe gravement malade. Il meurt en mars 1891, laissant Alice veuve à son tour.

C’est Monet qui finance une concession au cimetière de Giverny pour Ernest Hoschedé… et c’est Monet qui, un an plus tard, épouse Alice Hoschedé, officialisant enfin cette histoire d’amour.

Pour la petite histoire, l’animatrice Dorothée (de son vrai nom « Frédérique Hoschedé ») est une descendante directe de la famille Hoschedé. Ernest Hoschedé était son arrière-grand-père !

Et pour la petite histoire bis, Blanche Hoschedé – l’une des filles d’Alice et Ernest – a épousé Jean Monet, le fils aîné du peintre, scellant encore plus l’union étroite entre les deux familles.

Monet va continuer à peindre de nombreuses séries, certaines inspirées des abords de Giverny (comme Les Peupliers, capturés dans le village voisin de Limetz, ou Les Matinées sur la Seine) mais aussi ailleurs (comme Les Cathédrales de Rouen, les Vues de la Tamise à Londres).

Le peintre se sédentarise, peut-être parce qu’il a enfin trouvé un certain apaisement dans sa vie. Il aménage son jardin et commence à intégrer quelques éléments du décor à ses toiles, notamment le pont japonais du bassin de la maison de Monet à Giverny. Ce jardin va donner naissance à l’une des plus célèbres séries de Monet, les Nymphéas, dont je vais vous reparler en évoquant le jardin de Monet.

Le pont japonais du bassin aux nymphéas, Giverny
Le pont japonais du bassin aux nymphéas, Giverny
Le pont japonais du bassin aux nymphéas, Giverny
Le pont japonais du bassin aux nymphéas, Giverny

Comment se termine l’histoire ? Il faut reconnaître que la fin est teintée d’une certaine mélancolie… car dans la vraie vie, le « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » est rarement aussi simple.

Monet fait face à des deuils douloureux : Alice, en 1911 ; son fils aîné Jean, en 1914 ; son ami de longue date Renoir en 1919. Il est aussi victime d’une cataracte aux deux yeux qui le gêne de plus en plus pour peindre.

Heureusement, il a des amis pour le soutenir, notamment George Clemenceau qui va le pousser à continuer à peindre… et notamment à concevoir des panneaux décoratifs autour du motif des Nymphéas, panneaux pour lesquels il va construire un atelier spécial en 1915. Ce sera le dernier grand projet de sa vie.

Monet offre à Clemenceau deux panneaux issus de son travail pour fêter la fin de la Seconde Guerre Mondiale… et finit par se laisser convaincre par son ami de se faire opérer de la cataracte (au moins un œil sur deux, car Monet n’a jamais voulu que l’on touche à son œil gauche !). Mais hélas, l’intervention arrive un peu tard et la vue du peintre est déjà altérée.

Monet, vraisemblablement atteint d’un cancer du poumon, finit par s’éteindre à Giverny en 1926, ayant atteint l’âge respectable de 86 ans et gagné la reconnaissance de ses pairs. Il repose aujourd’hui dans le petit cimetière voisin de l’église Sainte-Radegonde de Giverny.

La tombe de Claude Monet au cimetière de Giverny
La tombe de Claude Monet au cimetière de Giverny

Visite de la maison de Monet

A présent, vous comprenez mieux quelle place a occupé la maison de Monet dans sa vie. Plus qu’un simple lieu ayant nourri la créativité du peintre impressionniste, Giverny a été sa « maison du bonheur », celle où il a pu refaire sa vie avec la femme qu’il aimait et connaître une vie plus apaisée qu’avant. Un endroit où il a pu concevoir le jardin de ses rêves, véritable écrin capable de nourrir son imaginaire.

Et tout ceci, on le ressent profondément en visitant la maison, une demeure à taille humaine, colorée de vert et de rose.

Le salon-atelier de Claude Monet

Grâce à l’aide de mécènes, la fondation Monet a pu restaurer et reconstituer cette pièce telle qu’elle était à l’époque de Claude Monet. 80% du mobilier utilisé était déjà sur place.

C’est une pièce où règne une atmosphère chaleureuse, avec de grands tapis au sol, des meubles en bois assez sombres pour la plupart et des soubassements en bois.

Monet avait utilisé cet espace comme premier atelier, avant de le convertir en salon-fumoir où il recevait ses amis. Les murs présentent de nombreux tableaux, qui sont des copies des originaux (exposés dans les musées du monde entier, dont le musée Marmottan Monet).

Salon-atelier de Claude Monet à Giverny
Salon-atelier de Claude Monet à Giverny
Salon-atelier de Claude Monet à Giverny
Salon-atelier de Claude Monet à Giverny

L’épicerie de la maison de Monet

Juste à côté de ce salon-atelier, on trouve l’épicerie. C’est une toute petite pièce carrelée où l’on stockait la nourriture.

Là aussi, la pièce a vraisemblablement changé de fonction car elle ressemble plus à un petit vestibule auquel on accède par plusieurs portes qu’à un garde-manger que l’on s’attendrait à retrouver près de la cuisine.

L'épicerie de la maison de Monet
L’épicerie de la maison de Monet

Le salon de lecture

On découvre ensuite le salon de lecture, surnommé le « petit salon bleu ». Une toute petite pièce dont on pourrait vite croire qu’elle est sans importance alors que c’était le cœur de la maison.

Vivre avec un peintre, c’est en effet accepter que les belles pièces lumineuses soient réquisitionnées comme atelier. C’est précisément ce qui s’est passé dans la maison de Monet à Giverny. Le salon d’origine est devenu un atelier… et cette petite pièce carrelée aux murs bleus s’est transformée en pièce de détente !

Aujourd’hui, peindre les murs en bleu clair ne semble pas très original. Mais à l’époque, c’était très avant-gardiste car on avait tendance à opter pour des couleurs bien plus sombres ou à laisser apparentes les teintes naturelles du bois.

Dans ce salon, comme dans le reste de la maison, Monet aimait exposer ses estampes japonaises, une collection qui lui tenait très à cœur. Prenez le temps de les admirer, elles sont vraiment innombrables et très jolies. Leur présence peut d’ailleurs surprendre les visiteurs (« quel rapport avec Monet ? ») mais pénétrer dans cette maison, c’est s’immerger dans tout ce qui faisait le quotidien de Monet… y compris ses goûts en matière d’art !

Le petit salon bleu, maison de Monet à Giverny
Le petit salon bleu, maison de Monet à Giverny
Le petit salon bleu, maison de Monet à Giverny
Le petit salon bleu, maison de Monet à Giverny

Les chambres à l’étage de la maison de Monet

On emprunte ensuite un escalier assez abrupt vers l’étage, où trois chambres sont accessibles au public.

La chambre de Monet, d’abord, une pièce accueillante qui a elle aussi fait l’objet d’un retravail important en 2013 pour se voir restituer l’apparence qu’elle avait quand le peintre impressionniste occupait la maison. Elle permettait à Monet de passer rapidement de sa chambre à son salon-atelier (on ne sait jamais à quelle heure l’inspiration peut vous frapper !).

La chambre de Claude Monet à Giverny
La chambre de Claude Monet à Giverny

La chambre de Monet est décorée, comme le cabinet de toilette adjacent, de reproductions d’œuvres de Renoir, Caillebotte ou encore Cézanne. Monet avait tapissé sa chambre de 35 toiles, donnant une large place à Cézanne. Le lieu est baigné de lumière, ouvert sur le jardin ce qui rend la pièce particulièrement agréable.

C’est d’ailleurs cette lumière qui m’a frappée, cette impression de « dedans-dehors » où les frontières entre la maison et l’extérieur s’effacent. Où n’importe quelle pièce dévoile un pan de verdure.

On découvre ensuite la chambre d’Alice et son cabinet de toilette. A l’époque, beaucoup de couples faisaient chambre à part. Alice possédait un petit cabinet dédié à ses travaux de couture, avec une machine à coudre à pédales Hurtu.

Le cabinet de couture d'Alice Monet
Le cabinet de couture d’Alice Monet
Le cabinet de couture d'Alice Monet
Le cabinet de couture d’Alice Monet

On découvre enfin la chambre de Blanche Hoschedé Monet. Elle n’a ouvert au public que tardivement, en 2014. Souvenez-vous, Blanche Hoschedé (fille d’Alice) a épousé Jean Monet (fils de Claude).

Loin de se résumer à être la « femme de », Blanche Hoschedé était une peintre de talent, s’inscrivant elle aussi dans le style impressionniste. Elle a été l’élève et l’assistante de Claude Monet, avant d’épouser son fils. Ils ont bien sûr quitté le nid familial pour habiter ensemble mais Jean Monet est mort jeune… et quand Blanche s’est retrouvée veuve et sans enfant à 49 ans, elle est retournée vivre auprès d’un Claude Monet vieillissant dans sa maison de Giverny, afin de prendre soin de lui.

La chambre de Blanche Hoschedé Monet à Giverny
La chambre de Blanche Hoschedé Monet à Giverny

Ce qui surprend encore une fois à l’étage de la maison de Monet, c’est cette impression que les habitants sont partis il y a seulement quelques instants. Faire une course, un court voyage peut-être… mais c’est certain, ils vont revenir d’un instant à l’autre, pousser la porte, déposer des sacs de provision dans l’épicerie et aller s’installer dans le salon !

La salle à manger de la maison de Monet

Retour au rez-de-chaussée pour gagner la salle à manger, une pièce aux murs jaune pâle, elle aussi ornée d’estampes japonaises. Même remarque que pour le petit salon bleu, les couleurs comme le jaune étaient à l’époque très inhabituelles dans les maisons.

Ce qui est sûr, c’est que la décoration de la maison ne laisse pas les visiteurs indifférents ! « Ah oui, c’est… très jaune ! » s’est exclamée une dame, l’air un brin déconcerté, en entrant dans la pièce.

La salle à manger de Claude Monet à Giverny
La salle à manger de Claude Monet à Giverny

La maison elle-même est rehaussée par des touches de vert franc. C’est un choix de couleur qui a fait débat, certains arguant qu’il n’était pas fidèle à la réalité. Il est probable que les couleurs choisies aient évolué dans le temps : Monet a par exemple représenté le pont japonais en bois blanc au départ, dans un vert pâle ensuite puis dans un vert plus marqué enfin.

Dans cette pièce, on retrouve un assemblage assez hétéroclite d’objets de décoration, dont un célèbre chat en porcelaine de l’époque Meji, que Claude Monet avait reçu en cadeau de la part d’amis japonais. Ce chat avait « disparu » pendant de nombreuses années, offert à Rolande Verneiges – fille illégitime de Michel Monet. A sa mort, une grande vente aux enchères a été organisée par Christie’s.

Un généreux homme d’affaires hongkongais s’est porté acquéreur du chat et l’a offert à la fondation Monet.

Le chat en porcelaine de Claude Monet à Giverny
Le chat en porcelaine de Claude Monet à Giverny

La cuisine de Monet

On achève cette visite de la maison de Monet par la cuisine, avec son sol de tomettes et son carrelage bleu aux murs, un bleu qui orne tous les meubles et même le plafond. Une grande batterie de cuisine cuivrée s’aligne, visible, au-dessus des plans de travail.

La cuisine de Claude Monet à Giverny
La cuisine de Claude Monet à Giverny

La pièce est vaste, rappel de la grande famille qui occupait la maison de Monet, sans compter les nombreux invités qu’il recevait régulièrement. Le peintre lui-même fréquentait rarement cette pièce.

Un énorme fourneau Briffault occupe la pièce, lui aussi adapté au nombre de convives qu’il fallait nourrir ! On pouvait le faire fonctionner au feu de bois mais aussi utiliser du charbon pour un mijotage lent ou pour le réchauffage des plats. Ces grands fourneaux étaient multifonction : pâtisserie, plats en sauce, viandes grillées, on pouvait tout préparer !

En réalité, cette cuisine n’a rien de vraiment « extraordinaire » pour une cuisine de maison de campagne, même si elle nous fascine nécessairement aujourd’hui par sa dimension historique. Sa plus grande originalité réside dans ses décors en faïence. Les sources divergent concernant leur provenance, certains affirment que la faïence vient de Rouen, d’autres qu’elle provient de la maison Ponchon, qui existe encore aujourd’hui.

La cuisine de Claude Monet à Giverny
La cuisine de Claude Monet à Giverny

C’est étonnant mais en visitant cette maison, au-delà de la « vie » qu’elle reflète encore aujourd’hui, j’ai surtout eu l’impression qu’elle n’était qu’un faire-valoir pour le jardin de Monet. Avec ses larges fenêtres qui s’ouvrent sur la nature dans chacune des pièces, on a cette sensation de faire entrer le jardin dans chaque espace de la maison.

Les jardins de Monet, inspiration des Nymphéas

Justement, il est temps à présent de gagner les jardins. Quand Monet a acheté la maison de Giverny, elle était déjà vaste et entourée de murs. Il a agrandi l’espace à mesure que ses moyens financiers le lui permettaient si bien qu’aujourd’hui, le terrain a la particularité de s’étendre des deux côtés de la départementale qui traverse Giverny.

D’ailleurs, je vous conseille de commencer la visite par le Bassin aux Nymphéas et de terminer par la maison, vous éviterez ainsi de revenir sur vos pas.

Pour rejoindre le jardin d’eau avec le célèbre pont japonais, il faut passer sous la route par un tunnel aménagé.

On déambule alors dans un splendide espace qui m’a rappelé l’atmosphère des jardins Albert Kahn à Paris, qui ont été conçus à la même époque (1895-1920).

Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny

Le Bassin aux Nymphéas

Imaginez une rivière qui ponctue de son clapotement votre promenade sur des allées bien entretenues. On entend des bambous bruisser, les feuilles s’agiter, des massifs de fleurs explosent à chaque détour…

Des bancs permettent de s’arrêter pour un instant de contemplation, on profite d’un peu de fraîcheur sous des arches fleuries.

On capture ici une corolle ouverte, là un bourdon ou une abeille en train de butiner une fleur parfaitement éclose.

Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny

Et soudain, le mythique Bassin aux Nymphéas se dévoile. Vaste, laissant émerger ces jolies fleurs teintées de parme ou de blanc. Avec un petit pont de bois vert à une extrémité, un pont japonais surmonté d’une magnifique glycine de l’autre.

Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny

Les branches de saule pleureur viennent presque caresser l’eau, le décor se reflète à la surface.

C’est un instant suspendu et poétique. Le jardin de Monet a d’ailleurs reçu en 2011 le label « Jardin remarquable » (la propriété est classée aux monuments historiques depuis 1976).

Les nymphéas du jardin de Monet
Les nymphéas du jardin de Monet

L’histoire d’un sauvetage

L’endroit a connu une véritable renaissance. En effet, si Blanche Hoschedé-Monet l’a entretenu, avec l’aide du jardinier Lebret, jusqu’à la fin de sa vie, lorsqu’elle est décédée la propriété s’est peu à peu dégradée.

A la mort de Michel Monet, dernier fils vivant du peintre, la propriété a été léguée à l’Académie des Beaux-Arts. L’architecte Jacques Carlu, qui en est membre, fait à l’époque le triste constat que la restauration des lieux serait bien trop coûteuse. Il fait de son mieux avec le peu de moyens disponibles : refaire la toiture et protéger les peintures et estampes.

En 1977, 11 ans se sont écoulés depuis la mort de Michel Monet quand Jacques Carlu s’éteint. L’Académie des Beaux-Arts décide alors de tenter le tout pour le tout, en confiant la maison aux bons soins de Gérald Van der Kemp, qui a mené avec succès des restaurations d’ampleur au château de Versailles.

La maison de Monet et ses jardins sont alors dans un état de grand délabrement. Le jardin, si soigné par le passé, est envahi par les ronces, des arbres malades sont bons à abattre, les serres ont perdu leurs vitres, les ragondins ont envahi le Bassin aux Nymphéas et fait des ravages.

Gérald Van der Kemp va se montrer aussi déterminé qu’astucieux. L’argent manque toujours autant pour un chantier d’une telle ampleur… alors, au lieu de se contenter des fonds alloués par le Conseil général de l’Eure et l’Académie des Beaux-Arts, Gérald Van der Kemp va solliciter des mécènes américains. Aujourd’hui encore, les touristes américains représentent une bonne part des visiteurs de la fondation Monet à Giverny, témoignage de l’amour unique du pays pour le peintre impressionniste.

La question financière étant résolue, Gérald Van der Kemp s’entoure d’un jardinier prometteur, Gilbert Vahé. Ils vont redonner vie à la maison et aux jardins. Un travail colossal, sur une durée de trois ans, où il a fallu à la fois débroussailler un espace laissé à l’abandon, soigner ou éliminer les arbres et plantes malades, reconstruire le pont japonais qui avait pourri… tout en essayant de recréer le jardin tel qu’il était à l’époque de Monet.

On savait déjà, à l’époque, que l’objectif des travaux était d’ouvrir les jardins de Monet au public, on en a donc profité pour élargir les allées afin de faciliter la circulation.

Depuis 1980, on peut ainsi déambuler parmi les fleurs et ce superbe sauvetage du Clos normand à l’abandon lui a permis de devenir le deuxième lieu touristique le plus visité de Normandie après le Mont Saint Michel.

Un jardin d’inspiration pour Claude Monet

Le jardin a nourri la créativité de Claude Monet, qui en a fait un véritable tableau vivant. On y repère des roses, des capucines, des pivoines, des iris, des narcisses, des tulipes, des capucines, des lys, des dahlias, des bambous, des érables du Japon, petites références discrètes à l’intérêt de Monet pour cette culture…

Juste derrière le célèbre pont japonais, le bassin se poursuite par une petite partie ombragée où les bambous se reflètent dans l’eau calme.

Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny

Chaque jour, le bassin et les massifs sont entretenus avec application.

Entretien des jardins de Monet à Giverny
Entretien des jardins de Monet à Giverny

L’autre partie du jardin, celle qui fait face immédiatement à la maison, mêle de multiples fleurs dans des allées étroites où les couleurs explosent. Lavande, roses, pommiers, tournesols, on ne sait plus où donner de la tête…

Il serait impossible de détailler ici toutes les toiles que Monet a peintes à partir de ses jardins. La série des Nymphéas l’a occupé pendant les 31 dernières années de sa vie.

C’est une œuvre où l’on retrouve à la fois des détails, comme ceux des nymphéas eux-mêmes… et des vues d’ensemble, comme le fameux pont japonais, peint à de multiples reprises. On y lit le défilement des saisons et des heures, les reflets sur l’eau et l’évolution de la végétation.

Le jardin de l'artiste à Giverny, Claude Monet, 1900
Le jardin de l’artiste à Giverny, Claude Monet, 1900
Les arceaux fleuris, Claude Monet, 1913
Les arceaux fleuris, Claude Monet, 1913

Que vous aimiez ou non l’impressionnisme, que vous vous intéressiez ou non à la peinture, la fondation Monet est un lieu apaisant, qui vous fait renouer avec des bonheurs simples. C’est un endroit où venir se ressourcer, puiser de belles images, déambuler parmi les fleurs…


Comment visiter la maison de Monet ?

Déjà, comme vous pouvez le voir dans cet article, les photos sont autorisées, y compris dans la maison de Monet ;) Ca n’a pas toujours été le cas mais aujourd’hui, vous pouvez sans problème immortaliser cette jolie visite (sans flash).

Je vous conseille de prévoir au moins 2 heures sur place. C’est selon moi le temps minimum nécessaire pour se promener tranquillement dans les jardins, prendre le temps d’observer et de visiter la maison elle-même.

Accès à la fondation Monet

Pour aller à Giverny, vous pouvez opter pour la voiture (il y a de grands parkings à proximité immédiate de la fondation Monet, comme le parking de la prairie). La ville se situe à 75 km de Paris environ, il faut compter 1h15 de trajet dans des conditions de circulation normales. Et Giverny est à 65 km de Rouen, comptez une petite heure de trajet.

La voiture vous donnera l’avantage de pouvoir visiter la région de Giverny, il existe une foule de villages et de lieux dignes d’intérêt (La Roche-Guyon, les Andelys, etc).

Vous pouvez également opter pour les transports en commun : il existe une gare à Vernon (gare de Vernon-Giverny), desservie à la fois depuis Paris (par le TER au départ de Saint-Lazare et le Transilien ligne J, avec une tarification spéciale sur la portion de trajet Bonnières-sur-Seine/Vernon) et depuis la Normandie (Rouen, Le Havre).

A la sortie de la gare, vous trouverez une navette (horaires disponibles ici) qui effectue plusieurs passages par jour entre la gare et le parking de la prairie à Giverny. Vous pouvez réserver un billet en ligne sur l’application Atoumod m-ticket.

Vous pouvez aussi louer des vélos à la gare de Vernon et faire le trajet en roulant (comptez un peu moins de 7 kilomètres).

La maison de Monet, ouverte sur le jardin
La maison de Monet, ouverte sur le jardin

Réservation et billets pour la maison de Monet

La réservation est fortement conseillée… Je vous rappelle que c’est l’un des lieux touristiques les plus prisés de Normandie ;) Vous pouvez acheter un billet à l’avance sur SeeTickets, FNAC Spectacles ou encore Ticketmaster.

Visite guidée de la maison de Monet

Il existe aussi des visites guidées de la maison de Monet. Soit elles sont 100% dédiées à la maison, comme cette visite (sans transport) ou cette visite (avec transport depuis Paris), soit elles combinent la visite de la propriété de Monet et le château de Versailles, comme cette excursion ou cette visite guidée.

Ca reste plus cher que de tout organiser soi-même mais si vous voulez éviter la logistique, cela peut être une bonne option !

Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny
Le jardin de Monet à Giverny

Horaires d’ouverture et affluence

Habituellement, la maison de Monet est ouverte du 1er avril au 1er novembre. Évidemment, la pandémie de Covid a un peu bousculé les habitudes.

En fonction de la période où vous irez, vous verrez des fleurs différentes car comme tout jardin, le jardin de Monet vit au rythme des saisons. Et comme tout jardin, c’est au printemps qu’il révèle ses plus beaux atouts… mais sachez que quoi qu’il arrive, vous ne serez pas déçu en venant à une autre période.

En revanche, je vous recommande mille fois d’arriver le plus tôt possible le matin, dès l’ouverture si vous le pouvez. Le jardin est populaire. En période Covid, on a la chance de profiter de conditions de visite exceptionnelles, marquées par l’absence de nombreux touristes américains et japonais qui viennent habituellement nombreux.

Néanmoins, l’expérience se transforme vite à mesure que les visiteurs affluent et l’atmosphère est moins paisible.

Conseils de visite

Pour finir, je vous conseille de commencer la visite par le Bassin aux Nymphéas. C’est le lieu le plus prisé de la demeure de Claude Monet et celui qui présente le plus d’intérêt « historique » par rapport à son œuvre.

Ensuite, vous pouvez aller passer du temps dans les autres jardins et visiter la maison : celle-ci offre plutôt une perspective sur Claude Monet en tant qu’homme (son quotidien, ses inspirations, ses goûts) mais ne marque pas autant que les jardins.

La boutique vaut vraiment le détour. Je ne le signale pas souvent mais ici, j’ai vraiment trouvé qu’il y avait de quoi se faire plaisir : au-delà des classiques représentations des œuvres sous toutes leurs formes, on retrouve aussi bien des objets de décoration inspirés de la maison que des coloriages pour enfants d’inspiration impressionniste, des livres pour faire découvrir Monet aux plus petits, des bijoux, du matériel de peinture, des jeux, des livres « pour les grands », du linge de maison, de la papeterie, des calendriers, du cidre de Giverny. La liste est longue !

L’espace lui-même est de surcroît magnifique… et pour une bonne raison ! C’est l’ancien atelier des Nymphéas, créé pour accueillir les œuvres les plus monumentales de Monet au stade où le salon-atelier de la maison ne lui suffisait plus.

J’espère que vous aurez aimé cette découverte du jardin de Monet et de sa maison de Giverny. Si vous souhaitez en savoir plus sur le jardin et prolonger la visite, je vous conseille le livre de Brigitte et Philippe Perdereau « Giverny – Le jardin de Claude Monet », préfacé par Gilbert Vahé qui a été le chef jardinier des lieux pendant de nombreuses années.

Autre lecture digne d’intérêt : Un jour avec Claude Monet à Giverny, d’Adrien Goetz et Francis Hammond.

Si vous manquez d’idées de sorties en Normandie ou autour de Paris, c’est une très bonne idée pour passer une journée ou un week-end au vert ! Je vous prépare pour la fin du mois un autre article plein de conseils pour occuper un week-end à Giverny et dans sa région !


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2 commentaires sur “Visiter la maison de Monet à Giverny et les jardins de Monet

  • Elodie

    Bonjour,
    Merci de nous faire voyager à travers vos yeux et votre description.

    Répondre à Elodie
    • Marlène

      Merci Elodie, j’espère toujours en écrivant donner envie à ceux qui peuvent voyager de le faire… et faire voyager ceux qui ne peuvent pas partir ! Et puis, ça permet aussi d’apprendre plein de choses sur certains lieux…

      Répondre à Marlène


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