Visite du kibboutz Ma’agan Michael en Israël : une expérience incroyable


Lors de mon séjour en Israël, j’ai souhaité effectuer la visite d’un kibboutz. Ce sont des communautés au sein desquelles les habitants décident de mettre en commun toutes leurs ressources, de les partager de manière équitable pour limiter les inégalités et garder une certaine autonomie (financière, alimentaire, économique).

Le mot d’ordre ? « Donner tout ce que l’on peut, recevoir tout ce dont on a besoin ».

De l’extérieur, ça peut ressembler à un bel idéal (« tous égaux ! ») autant qu’à une belle source de conflits (« au nom de quoi le médecin gagnerait-il autant que la femme de ménage alors qu’il a fait plus d’études ? »). Alors sans surprise, ma visite du kibboutz Ma’agan Michael en Israël (réservée ici sur GetYourGuide au départ de Tel Aviv) a été une vraie expérience de vie, très enrichissante, que je brûlais de partager avec vous !

Visite d'un kibboutz en Israël - Vous venez ?
Visite d’un kibboutz en Israël – Vous venez ?

Visiter un kibboutz… mais qu’est-ce donc ?

Les kibboutz sont une part assez intéressante de l’histoire d’Israël, et tendent de plus en plus à disparaître si bien qu’on a l’impression, en en parlant, de préserver par l’écrit une partie de ce patrimoine.

Ils sont nés d’une manière assez inattendue au début du 20e siècle : à cette époque, beaucoup de Juifs russes avaient émigré en Israël pour fuir les persécutions dont ils étaient victimes sous le règne d’Alexandre III. « Israël » n’existait pas encore en tant qu’État et il n’y avait pas beaucoup d’emploi sur place, alors la meilleure manière de gagner sa vie était l’agriculture.

Problème : le pays n’était pas spécialement paisible, ni accueillant pour ces migrants qui n’y connaissaient souvent pas grand-chose à l’agriculture avant d’arriver sur place. Le terrain était difficile (entre le désert, les montagnes, les marécages), les conditions sanitaires et politiques compliquées (beaucoup d’épidémies, de pillages par des Bédouins).

Difficile d’envisager de lancer en solo sa petite exploitation agricole ! Les « colons » ont donc eu l’idée de se regrouper, à la fois pour assurer la pérennité de leur projet et leur propre sécurité. C’est ainsi que sont nées des communautés agricoles.

Le Jardin des Sculptures dans le kibboutz
Le Jardin des Sculptures dans le kibboutz

L’idée n’était pas seulement de se regrouper « par intérêt »… mais aussi de porter de vraies valeurs socialistes au sein du groupe : donner le meilleur de soi-même pour « le bien collectif », prôner l’égalité, aider les femmes à sortir de leur rôle de « maîtresse de maison » notamment en les déchargeant de la responsabilité d’élever les enfants (ils étaient souvent réunis dans des maisons dédiées et ne vivaient donc pas avec leurs parents).

Certaines communautés (les kvutzot) choisissaient de limiter leur nombre de membres tandis que d’autres (les kibboutzim) n’imposaient pas ce type de limite. Chaque communauté a commencé à acquérir ses propres spécificités : kibboutz séculaire (laïc, sans affiliation religieuse) ou religieux, kibboutz prônant l’égalité entre les genres (à une époque où la plupart des femmes désignaient leur mari en hébreu par un mot signifiant littéralement « mon maître »)…

Parfois, des clivages naissaient au sein des kibboutz, conduisant les communautés à se diviser suite à des divergences d’opinion ou de religion.

Aujourd’hui, il reste un peu plus de 260 kibboutz en Israël, qui fédèrent à peine plus de 1% de la population du pays.

Il est impossible de faire des généralités sur leur fonctionnement car chacun a sa propre histoire et ses propres « lignes directrices »… mais je vais vous emmener au cœur du kibboutz Ma’agan Michael. Un endroit qui vous montre qu’il est possible de vivre autrement, qui vous rappelle qu’il n’y pas un seul et unique schéma de société qui fonctionne… ce qui, au fond, fait beaucoup réfléchir même quand on ne s’imagine pas rejoindre ce type de communauté !

En route pour la visite du kibboutz Ma’agan Michael

Nous prenons la route en petit groupe. C’est l’agence de voyages Abraham Tours qui assure le transport jusqu’au kibboutz, situé sur la côte méditerranéenne d’Israël à 60 km au nord de Tel Aviv, non loin des ruines romaines de Césarée.

Au bout d’une heure de trajet, nous nous engageons sur la route qui mène au kibboutz, dont l’entrée est marquée par une barrière. Autrefois, ici, il n’y avait que des marécages… et avec l’humidité et les moustiques, la malaria était une réelle menace. On a planté d’innombrables eucalyptus dans le coin car ils absorbent des quantités d’eau phénoménales, ce qui a contribué à assécher la zone pour la rendre habitable.

La visite du kibboutz Ma’agan Michael est assurée par des habitants du kibboutz eux-mêmes, l’agence de voyage faisant simplement le « chauffeur ». Habituellement, je ne suis pas fan des visites guidées mais ici, c’était le meilleur moyen de veiller à ne pas déranger, en allant à la rencontre de personnes qui nourrissent le souhait de vous faire découvrir une tranche de leur quotidien et ce qu’elles aiment dans ce mode de vie.

Douceur lors de la visite du kibboutz Ma'agan Michael
Douceur lors de la visite du kibboutz Ma’agan Michael

Je n’ai pas été déçue : notre guide, âgée d’une cinquantaine d’années, était une femme lumineuse, rayonnante d’optimisme et de bienveillance. Elle nous a serrés dans les bras individuellement à la fin de la visite avec une bonté inouïe et je la garderai pendant longtemps dans un petit coin de mon cœur, parmi toutes les belles rencontres de ce voyage.

Elle m’a justement expliqué que la décision d’ouvrir les portes à quelques touristes avait été prise de manière collégiale, pour apporter au kibboutz une source de revenus supplémentaire. Ça n’a pas été sans vifs débats entre les habitants, certains craignant que cela n’empiète trop sur leur vie privée.

Pour cette raison, la visite du kibboutz permet d’explorer les parties où s’organise la vie en collectivité mais pas les « zones résidentielles », ce afin de préserver l’intimité des habitants.

Une ruelle du kibboutz en Israël
Une ruelle du kibboutz en Israël

Le fonctionnement du kibboutz Ma’agan Michael

A notre arrivée, 10 minutes de pluie diluvienne nous obligent à nous réfugier dans un pub, l’un des nombreux lieux où les habitants du kibboutz Ma’agan Michael peuvent se réunir pour passer des moments ensemble.

Dans le pub du kibboutz Ma'agan Michael
Dans le pub du kibboutz Ma’agan Michael

La création du kibboutz Ma’agan Michael

L’occasion d’apprendre qu’environ 2050 personnes vivent ici dont plus de 500 enfants, ce qui en fait un « grand kibboutz » mais aussi l’un des rares à conserver un vrai fonctionnement communautaire basé sur l’égalité entre les membres.

L’histoire du kibboutz commence en 1942, quand 154 personnes (issues pour la plupart du mouvement scout hébreu) et 44 enfants décident de vivre en commun des ressources de la mer. Au début, ils s’installent dans un camp temporaire où ils apprennent les rudiments de l’agriculture et de l’élevage.

Ils sont rejoints pendant la période de la Seconde Guerre Mondiale par des immigrés issus en majorité d’Allemagne et d’Autriche, des jeunes qui ont fui les persécutions infligées aux Juifs. Quelques années après la fin de la guerre, les membres du groupe d’origine commencent à construire des maisons en bois au bord de la mer.

Maison en bois dans le kibboutz Ma'agan Michael en Israël
Maison en bois dans le kibboutz Ma’agan Michael en Israël

Deux familles cohabitaient dans ce type de maison. Aujourd’hui, les habitants vivent dans des constructions modernes et les bâtiments d’origine accueillent plutôt des lieux communautaires.

L’endroit choisi pour l’installation du kibboutz est celui du village de Kabara, déserté par la centaine d’habitants musulmans qui y vivaient suite à la guerre de 1948 (qui a débouché sur l’indépendance d’Israël). Si Kabara a disparu, le kibboutz présente tout de même la particularité de se situer à deux pas de Jisr az-Zarqa, seul village « à majorité arabe » qui subsiste sur la côte méditerranéenne.

Les relations sont globalement pacifiques, même si le kibboutz a déjà subi des vols car le niveau de vie y est élevé par rapport à celui de la population de Jisr az-Zarqa, ce qui suscite la convoitise de certaines personnes mal intentionnées.

Notre guide a d’ailleurs connu quelques-unes des périodes de tensions qui ont émaillé l’histoire d’Israël. Elle n’en garde pas un mauvais souvenir et nous confie avec espièglerie que lorsque les enfants devaient se réfugier dans les abris antibombes pendant son enfance, ils adoraient ça car il y avait la télé !

On en aperçoit un, tout décoré, derrière le panier de basket.

Terrain de basket et abri antibombes
Terrain de basket et abri antibombes

En août 1949, Ma’agan Michael voit le jour : le kibboutz doit son nom à Michael Pollak (l’un des contributeurs à un fonds monétaire soutenant l’installation des Juifs en Israël) et au mot « ma’agan » qui désigne un ancrage, un mouillage, témoignage de la volonté des habitants de vivre des ressources de la mer.

Un kibboutz fondé sur l’égalité entre ses membres

Le fonctionnement du kibboutz est plutôt simple : les membres élisent démocratiquement un Conseil, qui les représente dans la gestion quotidienne du kibboutz et la défense de leurs intérêts.

Chacun doit travailler dès lors qu’on a fini ses études et jusqu’à l’âge de la retraite. On gagne donc des revenus… mais au lieu de les garder « pour soi », les revenus sont mis en commun et le kibboutz possède un compte en banque collectif. L’argent est ensuite redistribué aux membres selon un principe d’égalité.

En début de mois, chacun reçoit une somme d’argent identique (qui dépend tout de même de la composition du foyer !) : autrement dit, tous les célibataires reçoivent une même somme, tous les couples une même somme, tous les gens qui ont un enfant une même somme… et ainsi de suite.

Le kibboutz propose ses propres emplois : il y a toujours de l’agriculture, bien sûr, ainsi que de l’élevage. Ma’agan Michael produit du coton, des avocats, des bananes, quelques fruits exotiques, 2000 tonnes de volaille (près de 5 millions de poussins naissent chaque année sur place). Ils produisent également du lait (plus de 3 millions de litres par an) grâce à leurs 300 veaux et vaches.

Les petites chèvres n’ont pas l’air malheureuses !

Une chèvre du kibboutz Ma'agan Michael
Une chèvre du kibboutz Ma’agan Michael

Le kibboutz a aussi une activité piscicole, avec 160 hectares de bassins où ils élèvent environ 1000 tonnes de poisson par an : des carpes, des Saint-pierre, des mulets gris, des bars rayés. Ils produisent même des poissons « décoratifs » destinés aux aquariums. On voit bien les bassins en vue aérienne !

Le kibboutz Ma'agan Michael en Israël
Le kibboutz Ma’agan Michael en Israël

En plus de ces activités, le kibboutz possède sa propre usine, Plasson, spécialisée dans le plastique (qui sert à fabriquer des chasses d’eau par exemple !). C’est une grosse machine, qui emploie 400 personnes en local, a des filiales à l’étranger et des parts dans d’autres entreprises. Une autre entreprise, Suron, emploie environ 50 personnes sur de la fabrication de pièces métalliques.

En d’autres termes, l’emploi ne manque pas ! Le kibboutz est aussi très ouvert sur l’extérieur : par exemple, il y a des gens qui viennent travailler dans le kibboutz sans en être « membres » (médecins par exemple)… et des gens du kibboutz qui vont travailler à l’extérieur aussi.

On peut aussi monter un business dans le kibboutz, en recevant les conseils d’autres membres sur les aspects financiers et administratifs : les profits de l’entreprise, dans ce cas, reviennent au kibboutz et sont répartis équitablement entre les habitants.

Les ressources que le kibboutz gagne « en plus » par rapport aux salaires servent à financer des projets pour toute la communauté (équipements, rénovations, activités) et s’il reste de l’argent, il est redistribué à tout le monde comme « bonus ». Ce qui arrive souvent car le kibboutz est plutôt rentable.

Il en résulte une situation étonnante (du moins pour moi qui vis dans une société au fonctionnement très « classique ») : le dentiste est payé autant que le cuisinier du restaurant ou le vendeur de la supérette… et tout ce petit monde vit au-dessus du niveau de vie moyen d’Israël, qui est plutôt élevé (le salaire moyen est de 2800 euros environ).

Grandir dans le kibboutz

Notre guide est âgée d’une cinquantaine d’années et est née au kibboutz… et elle a donc connu les évolutions de l’éducation sur place car loin d’être un endroit figé, Ma’agan Michael a aussi su s’adapter à certains changements de la société.

Ainsi, quand elle était petite, les enfants ne grandissaient pas dans la maison de leurs parents. Ils étaient placés en commun dans une maison (le Beit Yeladim) où leurs parents pouvaient bien sûr leur rendre visite.

A mesure que les enfants grandissaient, ils acquéraient plus de liberté mais aussi de responsabilités, devant par exemple nettoyer le bâtiment de l’école et travailler un peu aux champs en plus de l’éducation reçue.

Qui vient jouer dans la cabane yourte du kibboutz ?
Qui vient jouer dans la cabane yourte du kibboutz ?

A son époque, elle a gardé le souvenir d’un grand manque de supervision adulte, qui ne l’a pas traumatisée mais qu’elle n’aurait pas voulu elle-même imposer à ses enfants. Elle nous a raconté que la femme qui avait pensé ce système était une survivante de l’Holocauste : elle estimait, au vu de sa propre expérience, que les enfants devaient apprendre à régler leurs problèmes tout seuls et à être forts. Comme si, au fond, elle voulait se préparer à l’éventualité que l’histoire se répète.

Alors il y avait de bons côtés : notre guide se souvient ainsi d’expéditions nocturnes secrètes pour aller piquer des glaces dans le restaurant du kibboutz, de « chambrées » collectives (les enfants partageaient des dortoirs, les douches étaient elles aussi collectives). Mais elle se souvient aussi que certains différends dégénéraient en bagarres, où les enfants se battaient parfois jusqu’au sang. Ils se méfiaient beaucoup des « étrangers ».

Aujourd’hui, les choses ont bien changé : depuis les années 80, les enfants grandissent avec leurs parents, sont beaucoup plus encadrés et ouverts sur l’extérieur, notamment parce qu’ils fréquentent aussi des écoles voisines du kibboutz où ils se rendent à vélo. Elle-même garde un excellent souvenir de son enfance mais comme elle nous l’a confié, en tant que maman elle n’aurait pas voulu que ses enfants connaissent la même.

La cour de récréation de l’école, que l’on croise lors de la visite du kibboutz, n’a pas grand-chose en commun avec un cours de récré « classique » : les jouets ne sont pas au top des tendances dernier cri des grands fabricants mais permettent aux enfants de faire travailler leur imagination.

Une salle de jeux à ciel ouvert - Visite d'un kibboutz en Israël
Une salle de jeux à ciel ouvert – Visite d’un kibboutz en Israël

L’éducation reçue est d’excellente qualité et fait la part belle au sport (le surf, notamment, est très prisé à Ma’agan Michael, bien placé face à une Mer Méditerranée généreuse en vagues). Lorsque les adolescents atteignent la majorité, ils doivent effectuer leur service militaire dans l’armée israélienne, car c’est obligatoire dans le pays. C’est, pour beaucoup, l’occasion de partir ensuite voyager et étudier à l’étranger.

Le kibboutz finance les études supérieures de ceux qui désirent en faire, jusqu’à un niveau Master. Ensuite, les gens ont jusqu’à l’âge de 30 ans pour décider s’ils veulent retourner vivre dans le kibboutz ou faire leur vie ailleurs (ceux qui partent peuvent prétendre à une somme d’argent assez importante, autour de 15000 euros, pour « démarrer leur nouvelle vie »).

Beaucoup de gens choisissent de revenir, peut-être parce que la sécurité du kibboutz permet de choisir le job qui vous plaît vraiment sans craindre que le salaire soit trop bas. Peut-être aussi parce que la qualité de vie (éducation pour les enfants, offre de santé) y est excellente.

25% des membres sont titulaires d’un diplôme supérieur.

S’aimer et vieillir dans le kibboutz

Je pense que tout l’intérêt de cette visite d’un kibboutz réside dans les questions que vous poserez/oserez poser à votre guide… car l’idée est vraiment de satisfaire votre curiosité.

En l’occurrence, comme le courant est bien passé au sein de notre groupe, nous avons aussi posé des questions un peu plus « personnelles » sur les rencontres, les amours : y a-t-il un « Tinder du kibboutz » ? Le fait de vivre en collectivité a-t-il un impact sur les rencontres amoureuses que l’on peut faire sur place ?

Pour notre guide, la réalité est simple : il était inconcevable de faire sa vie avec quelqu’un du kibboutz ! Elle nous raconte que la plupart des gens ressentent la même chose, même s’il existe quelques exceptions. En effet, les enfants – du moins, ceux de sa génération – grandissaient tous ensemble, partageant tout, si bien qu’ils se percevaient plus comme des frères et sœurs qu’ils ne posaient sur les autres un regard sexuel.

« Mon mari, je l’ai importé ! », raconte-t-elle en souriant, tandis que nous croisons ledit mari qui revient d’un rendez-vous chez le dentiste.

Lorsque les jeunes s’installent dans le kibboutz, ils reçoivent une maison de 60 à 80 m². Ils y vivent jusqu’à ce qu’une place se libère dans une demeure plus grande (environ 220 m²), plus proche de la mer. Souvent, c’est vers l’âge de 45-50 ans que l’on reçoit ce type de maison… où l’on peut finir ses jours.

Aperçu d'une villa de 200 m² au bord de la mer
Aperçu d’une villa de 200 m² au bord de la mer

Toutes les maisons appartiennent au kibboutz, on peut en jouir mais il n’y a pas de dimension de « propriété individuelle » ou de transmission en héritage.

A l’âge de 70 ans, chaque résident bénéficie automatiquement d’un petit véhicule électrique pour se déplacer plus facilement… et il y a des clubs pour les seniors.

Véhicules électriques pour les seniors
Véhicules électriques pour les seniors

Des services pour tous

Le kibboutz a, pour nous touristes, des airs de colonie de vacances géante… mais ce serait simpliste de le percevoir ainsi car en réalité, la vie y est très structurée et confortable.

Une offre de santé complète

Les habitants sont très bien soignés. Le kibboutz possède sa propre clinique, ses médecins, on peut choisir de se faire « hospitaliser » à la clinique ou de rester chez soi et de recevoir une visite à domicile.

Si une urgence médicale exige des soins plus pointus, une personne du kibboutz se charge de transporter le patient à l’hôpital le plus proche, situé à Haïfa (30 minutes de route).

Le kibboutz Ma’agan Michael possède aussi son propre cabinet dentaire… devant lequel on trouve « l’arbre à tétines ».

C’est probablement le rite le plus mignon qui soit : quand les enfants grandissent et sont en âge de recevoir les conseils du dentiste pour prendre soin de leurs dents, ils confient leur tétine à cet arbre au cours d’une petite « cérémonie » improvisée. Il peut arriver, face à la détresse de la première nuit sans la précieuse tétine, que des parents audacieux aillent décrocher le précieux objet de sa branche ;)

L'arbre à tétines - Kibboutz Ma'agan Michael
L'arbre à tétines - Kibboutz Ma'agan Michael

Les animaux aussi ont leur offre de soins ! Il y a en effet beaucoup d’animaux dans le kibboutz, une association s’occupe de les stériliser pour qu’ils ne se reproduisent pas de manière incontrôlable, elle prend aussi soin des hérissons – nombreux à avoir élu domicile à Ma’agan Michael !

Les petites bêtes sont gourmandes… et ont la fâcheuse habitude de chaparder dans la gamelle des chiens. Problème : ça les fait grossir et ils ne peuvent plus se rouler en boule correctement ! L’association veille donc à leur bien-être.

Supérette, restaurant, cafés

Le kibboutz possède un pub, un café, un restaurant, une supérette… le tout géré de manière communautaire.

La supérette vend des produits d’hygiène, du chocolat, du pain, de quoi se faire des petites collations à domicile… Sa construction est récente. Autrefois, on laissait des produits en libre-service à l’extérieur du restaurant collectif du kibboutz. Mais les chiens venaient se servir, si bien qu’ils ont décidé de construire cette supérette.

Sa taille, son emplacement, le choix des produits qui y sont vendus ont été décidés de manière collégiale.

Les produits sont payants, comme dans le restaurant du kibboutz où nous avons eu le plaisir de manger à la fin de notre visite. Il ressemble à un self de lycée ou à une cantine d’entreprise, plutôt sympathique et calme, avec de larges baies vitrées qui s’ouvrent sur les palmiers et la mer, au loin.

On y sert des viandes, des poissons, des volailles mais aussi des féculents, des légumes, du houmous, des soupes, des desserts…

Restaurant du kibboutz Ma'agan Michael
Restaurant du kibboutz Ma’agan Michael

Les accompagnements sont gratuits et à volonté, les viandes et poissons payants pour une raison très simple : éviter le gaspillage et responsabiliser les gens sur le fait de ne prendre que ce qu’ils vont consommer.

Certains mangent seuls, d’autres en couple, d’autres en groupe, on peut venir pieds nus si on le souhaite… et à la fin du repas, on ramène son plateau sur un tapis roulant, comme à la cantine !

Le restaurant est ouvert à certaines heures précises. Si on souhaite manger en-dehors de ces horaires (la vie en collectivité ayant parfois quelques inconvénients le jour où on veut faire la grasse mat’ !), on peut soit fréquenter le café du kibboutz, soit préparer ce que l’on souhaite chez soi à partir de produits achetés à la supérette.

Les débordements liés à la consommation d’alcool – dans le pub par exemple – restent rares mais une petite voix m’a chuchoté que la marijuana, quoiqu’illégale en Israël, était souvent tolérée quand elle faisait surface dans le kibboutz. Chuuuut !

Se déplacer dans le kibboutz

A l’intérieur du kibboutz lui-même, beaucoup de gens privilégient des moyens de transport légers : véhicules électriques pour les personnes âgées, vélos ou tout simplement marche à pied.

Mais il est parfois nécessaire d’aller plus loin… et pour ça, le kibboutz a tout prévu ! Il possède une flotte de 200 véhicules que n’importe qui peut emprunter. On les reconnaît à leur numéro sur la carrosserie :

Voiture dans le kibboutz
Voiture dans le kibboutz

On se rend simplement dans le bâtiment du parking, on choisit sur un ordinateur un créneau horaire et le type de véhicule souhaité… et une fois la réservation finalisée, on déverrouille le « placard à clés » où l’on peut récupérer la clé de la voiture réservée. Un grand placard permet aussi de se servir librement si l’on a besoin de sièges auto ou de rehausseurs pour ses enfants.

Réserver une voiture dans le kibboutz
Réserver une voiture dans le kibboutz

Laverie, religion et autres anecdotes !

Le kibboutz est pourvu d’une laverie collective. On apporte ses vêtements dans un panier au nom de sa famille, ils sont lavés, repassés et pliés et l’on peut récupérer le tout.

La laverie du kibboutz Ma'agan Michael
La laverie du kibboutz Ma’agan Michael

Sur le plan religieux, le kibboutz Ma’agan Michael est séculaire, c’est-à-dire laïc. Il existe aussi, ailleurs en Israël, des kibboutzim religieux (ne réunissant QUE des Juifs orthodoxes, pratiquants, par exemple).

Mais ici, l’idée générale est que la pratique religieuse, si elle existe, doit être personnelle. Le kibboutz a tout de même construit un lieu de rassemblement, commun à toutes les religions : c’est basé sur l’idée qu’il serait injuste de privilégier un culte à un autre, en construisant par exemple une synagogue mais pas d’église, une église mais pas de mosquée, une mosquée mais pas de temple, etc.

On a donc fait un seul et unique lieu. Pour le reste, le restaurant ne sert pas de nourriture casher donc si une personne tient à respecter les principes du judaïsme à la lettre, soit elle doit cuisiner chez elle en achetant ses propres produits, soit elle doit quitter le kibboutz.

C’est d’ailleurs arrivé que certains partent pour cette raison, parce qu’ils voulaient renouer avec leur foi et adopter une pratique religieuse plus stricte.

Les habitants d’aujourd’hui vivent dans une grande diversité : aux Allemands, Autrichiens et Sud-Africains qui constituaient la majorité des effectifs lors de la naissance du kibboutz, se sont ajoutées une foule de nationalités. J’ai même eu le plaisir de parler français avec quelques résidents, dont une dame installée là-bas depuis 49 ans ! Elle m’a dit qu’elle y était très heureuse.

Le kibboutz est d’autant plus ouvert sur l’extérieur qu’il accueille des ulpans : des « séminaires » où les gens qui décident de venir s’installer en Israël peuvent apprendre l’hébreu (écrit et oral) mais aussi les bases de l’histoire, de la géographie et de la culture israéliennes. Le but de l’ulpan étant d’aider ces nouveaux arrivants à s’intégrer le plus rapidement possible dans la société. Il y a deux ulpanim par an, destinés aux jeunes de 18 à 30 ans.

Il y a sur place tout ce qu’il faut pour se distraire : une sorte de cinéma, un manège de chevaux et un petit zoo, des ateliers d’art, une salle de sport et même une grande piscine !

La piscine - Visite d'un kibboutz en Israël
La piscine – Visite d’un kibboutz en Israël

Les artisans locaux fabriquent plein de choses, il y a par exemple des personnes âgées qui fabriquent bénévolement des jouets pour enfants (peluches, jouets en bois). D’autres ont opté pour la production d’une bière locale. En somme, chacun est libre de mener à bien les projets qui le motivent et le kibboutz fait tout pour le soutenir dans la limite du raisonnable.

On trouve aussi des coachs sportifs, on peut prendre des cours pour apprendre à conduire, on trouve des photographes, des coiffeurs, des réflexologues, des psychologues, des psychothérapeutes, des experts en shiatsu et massages, une agence de voyage… Juste un petit fragment de tout ce dont les 2000 habitants du kibboutz peuvent bénéficier !

Transposez ça à un petit village de 2000 habitants en France, je pense que vous voyez tout de suite à quel point les membres de Ma’agan Michael sont gâtés en termes de services !

L'agence de voyage du kibboutz
L’agence de voyage du kibboutz

Sans oublier qu’il y a du Wifi partout dans le kibboutz, un réseau sobrement baptisé « www » et qui m’avait permis de partager quelques stories avec vous sur mon compte Instagram !

Visiter un kibboutz : un moment marquant

Le kibboutz peut ressembler à une belle utopie et à vrai dire, quand on le visite ainsi, on a l’impression de plonger l’espace de quelques heures dans un camp de vacances : tâches partagées, ambiance de joyeuse collectivité, et le soleil comme les palmiers ne font rien pour atténuer cette atmosphère de colonie !

Une maisonnette dans le kibboutz Ma'agan Michael
Une maisonnette dans le kibboutz Ma’agan Michael

Notre guide ne cache pas qu’il y a sûrement des gens qui « trichent », ont des sources de revenus extérieures… sans compter que « l’égalité » est un idéal quasi impossible à mettre en oeuvre. Certains résidents, par exemple, ont des familles riches dont peuvent profiter de week-ends dans des endroits sympa là où d’autres n’en ont pas le loisir.

Mais, comme elle nous l’indique, ça n’entrave en rien le principe fondamental de partage qui existe au sein du kibboutz. Les incidents sont rares (elle se souvient d’un seul cas de vol assez sérieux, qui a débouché sur l’exclusion de la personne du kibboutz) et on le voit de nos propres yeux : personne ne met de chaîne à son vélo quand il le laisse quelque part.

Je vous conseille vraiment de vivre cette expérience si vous allez un jour en Israël : au-delà des rencontres passionnantes avec les habitants, c’est l’occasion de comprendre qu’il y a mille manières d’être heureux et de se rappeler que personne ne détient le mode d’emploi ! Il n’appartient qu’à nous de trouver le mode de vie qui nous convient le mieux.

Je suis très reconnaissante à toutes ces personnes qui nous ont ouvert les portes de leur quotidien, acceptant que l’on vienne les « regarder vivre » avec curiosité – et bienveillance ! C’était vraiment un moment magique.

Si vous voulez réserver cette visite, vous pouvez cliquer ici : De Tel Aviv : vivez un kibboutz communautaire.

Le départ s’effectue à l’auberge de jeunesse Abraham Hostel, qui est assez centrale à Tel Aviv et bien desservie par les bus. Retour au même endroit !


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