Visiter Bethléem depuis Jérusalem : ville de croyants et de murs



Aujourd’hui, je vous emmène visiter Bethléem depuis Jérusalem. Une ville légendaire, dont vous avez forcément entendu le nom !

Bethléem, que l’on orthographie aussi parfois « Bethlehem », est considérée par les Juifs comme la ville natale de David, roi d’Israël, qui y a aussi été couronné… et par les Chrétiens comme la ville natale de Jésus. Sans surprise, on retrouve donc des références à Bethléem dans de nombreux chants de Noël et pour moi, le nom de cette ville située dans les territoires palestiniens reste irrémédiablement associé à la période des fêtes !

Bethléem m’a surprise. Beaucoup. Je vais vous raconter pourquoi, car c’est une ville à plusieurs facettes, assez déroutante. Je vous expliquerai aussi ce que l’on peut visiter à Bethléem, où se trouve la ville par rapport à Jérusalem, comment aller sur place, est-ce dangereux, quels hôtels et restaurants valent le coup à Bethléem… Bref, tout ce que vous avez besoin de savoir pour vivre un voyage à Bethléem, que ce soit en vrai ou « par procuration » si vous ne pouvez pas vous déplacer ;)

S’il vous reste des questions, n’hésitez pas à les poster dans les commentaires de l’article, elles pourront en plus aider d’autres voyageurs que vous qui se posent peut-être les mêmes !

Où se trouve Bethléem ?

Je fais vous faire un aveu : avant d’aller à Bethléem depuis Jérusalem « pour de vrai », je n’aurais jamais imaginé un seul instant pouvoir prononcer la phrase « je vais à Bethléem » ou « j’ai pu visiter Bethléem ».

Cette ville fait partie des lieux hors du temps, si intégrés à l’histoire religieuse et à la « mythologie biblique » qu’ils perdent presque leur réalité géographique. On oublie que Bethléem est une vraie ville, de 35000 habitants environ, qui peut se prêter au tourisme.

Et puis, Bethléem se trouve dans les territoires palestiniens, une situation géographique qui peut « faire peur » quand on la regarde de l’étranger en tant que touriste. La Palestine, dans nos esprits occidentaux, est cette terre de tensions et de conflits armés avec Israël, cette terre que l’on se dispute pour sa symbolique…

Dans cet article, je vous parlerai parfois de « Palestine », de « territoires palestiniens », de « Cisjordanie », de « West Bank », de « Judée »… et je compte sur votre ouverture d’esprit pour me pardonner ces « variations sémantiques ». Je sais que les appellations peuvent blesser, en fonction de votre position politique sur le sujet.

Pour ma part, j’essaie d’aborder chaque destination sans jugement, avec l’envie de découvrir ce qu’elle peut offrir, l’histoire qu’elle raconte et que ses habitants racontent. Ensuite, chacun portera sur le lieu et sur l’histoire un ressenti personnel. Il vous appartient, et n’est absolument pas en jeu ici.

Visiter Bethléem dans les territoires palestiniens
Visiter Bethléem dans les territoires palestiniens

Où est Bethléem ?

Bethléem se situe aux portes de Jérusalem, à seulement 10 km. La ville est en Cisjordanie. Autrement dit, elle n’est pas en Israël, ce qui a quelques implications en matière de tourisme, dont je vous parlerai ensuite !

Cette petite ville est majoritairement habitée par des musulmans ; les chrétiens – qui composaient au début des années 50 près de 90% de la population – sont partis au fil des années, comme dans le reste des territoires palestiniens d’ailleurs, où leur présence a beaucoup diminué. Ils forment l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde.

Entrée de l'église Sainte-Catherine à Bethléem
Entrée de l’église Sainte-Catherine à Bethléem

Bethléem fait en effet partie des villes possibles de naissance de Jésus. Les historiens et exégètes peinent à se mettre d’accord sur le sujet. Certains estiment que Jésus est né à Nazareth, berceau de sa famille. D’autres que Jésus est né à Bethléem, en Judée, ce que laissent entendre certains évangiles. On avance parfois aussi d’autres villes, comme Capharnaüm. Une part d’incertitude, mêlée de symbolique, qui n’empêche pas Bethléem d’avoir une place très particulière dans le coeur des Chrétiens.

Pour les Juifs aussi, c’est un lieu très symbolique puisque la ville est, dans la Bible, le lieu de naissance de David. Un jeune berger promis à un destin extraordinaire : vaincre Goliath, éloignant ainsi l’ennemi et devenant roi d’Israël. Bethléem abrite également un lieu saint du judaïsme, le tombeau de Rachel.

Voici une petite carte de Bethléem qui vous montre où se situe la ville par rapport à Jérusalem :

Signification de Bethléem

Le mot « Bethléem » est considéré par beaucoup comme une contraction de « beth » et « lehem », qui pourraient se traduire par « maison du pain » (d’où, aussi, l’orthographe « Bethlehem » que l’on croise parfois). Il dériverait en réalité de « bayit », « maison » en hébreu.

Un terme à comprendre non pas au sens très terre-à-terre de « bâtiment » mais plutôt dans le même sens que les chrétiens donnent à la notion de « maison du Père », une conception plus spirituelle des choses !


Comment visiter Bethléem depuis Jérusalem ?

Pour aller à Bethléem depuis Jérusalem, différentes options s’offrent à vous :

  • Prendre part à une visite guidée, le guide se chargeant de vous conduire à Bethléem dans les principaux lieux d’intérêt de la ville.
  • Aller à Bethléem en taxi.
  • Aller à Bethléem par vos propres moyens, en voiture.
  • Prendre le bus pour aller à Bethléem depuis Jérusalem.

Concrètement, lors de votre visite de Bethléem, vous allez changer de pays, passer d’Israël aux territoires palestiniens. J’ai même reçu un petit message de mon opérateur me signalant mon entrée en Palestine :)

A ce titre, vous devez emporter avec vous votre passeport. Le franchissement de la frontière est rigoureusement interdit aux titulaires d’un passeport israélien, comme l’indiquent ces panneaux d’avertissement à l’entrée en Cisjordanie.

Interdiction aux citoyens israéliens d'entrer en Cisjordanie
Interdiction aux citoyens israéliens d’entrer en Cisjordanie

Faire une visite guidée de Bethléem

C’est l’option la plus simple et peut-être la plus intéressante si vous souhaitez obtenir un maximum d’informations et le témoignage d’un « local ».

Si vous optez pour un guide privé, veillez bien à prendre un guide non israélien, car un Israélien n’a pas le droit de vous conduire dans les territoires palestiniens…

Si vous optez pour une agence de voyage, celle-ci vous prendra en charge de A à Z : souvent, vous ne retrouverez le guide palestinien qu’après le passage de la frontière. Il peut aussi y avoir un changement de véhicule ou de plaques d’immatriculation.

L’une des valeurs sûres en Israël est l’agence Abraham Tours. Elle propose justement une journée en Cisjordanie incluant la visite de Bethléem mais aussi la découverte de Ramallah, Jéricho ou encore le site baptismal de Qasr-al-Yahud. Vous pouvez consulter le programme et les tarifs soit au départ de Tel Aviv, soit au départ de Jérusalem en fonction de la ville où vous séjournez.

Autre agence réputée : Elijah Tours & Travel. Ils proposent plusieurs formules pour aller à Bethléem depuis Jérusalem :

Squarebucks, le Starbucks de Bethléem ;)
Squarebucks, le Starbucks de Bethléem ;)

Aller à Bethléem en taxi

Il est tout à fait possible de prendre un taxi pour visiter Bethléem depuis Jérusalem, un prix raisonnable par trajet à l’heure où j’écris cet article se situe autour de 50 shekels, histoire de vous donner un ordre de grandeur.

Aller à Bethléem en voiture

Ce n’est pas quelque chose que je vous conseillerais… car pour aller en Palestine, vous allez devoir louer une voiture spécifique auprès d’un loueur situé à Jérusalem Est… dans la mesure où, encore une fois, il n’est pas autorisé d’aller dans les territoires palestiniens avec une voiture louée côté israélien.

D’autre part, vous avez plus de risque d’être contrôlé à la frontière et de perdre un temps fou pour retourner en Israël à la fin de votre journée. Sans compter que de nombreuses zones de Jérusalem Est sont déconseillées aux touristes étrangers pour des raisons de sécurité, ce qui signifie qu’il faut être bien renseigné.

Aller à Bethléem en bus

Seule solution pour vraiment aller « où vous voulez » : prendre un bus à Jérusalem Est (la ligne 21, qui passe au niveau de la gare routière de la rue du Sultan Suleiman près de la Vieille Ville de Jérusalem, côté porte de Damascus). Il faut longer les murs de la vieille ville (et la ligne de tram) pour la rejoindre.

Si vous prenez un bus israélien de la compagnie Egged, il s’arrêtera au niveau du Tombeau de Rachel (lieu saint important du judaïsme). Si vous ne souhaitez pas marcher, il faudra prendre un taxi pour accéder au reste de Bethléem, encore une fois à cause du conflit israélo-palestinien.

Visiter Bethléem est-il dangereux ?

Je vous parle de conflit… alors il faut évidemment aborder cette question centrale : visiter Bethléem est-il dangereux ?

Je vais avoir pour vous une réponse prudente. En soi, les attaques contre les touristes ou les pèlerins sur place restent rares. A aucun moment, je ne me suis sentie en danger en visitant Bethléem.

Néanmoins, c’est une zone de tension. Le mur de séparation entre Israël et Palestine le rappelle, très impressionnant quand on le voit « en vrai » pour la première fois.

Le mur de séparation entre Israël et Palestine
Le mur de séparation entre Israël et Palestine

Des panneaux le rappellent aussi. L’un d’entre eux, situé non loin du Tombeau de Rachel, m’a marquée. Il portait la photo d’un jeune garçon et disait : « Je m’appelle Aboud Shadi, réfugié palestinien de 13 ans. Je me tenais juste ici, en train de traîner avec mes amis, quand j’ai été abattu par un sniper israélien. Mon âme restera ici à pourchasser l’assassin et à encourager mes camarades de classe. Je me demande si la communauté internationale rendra justice aux enfants palestiniens ».

Face à ces panneaux, votre coeur se déchire. Entre la mort d’un enfant, intolérable, quelle que soit sa nationalité. Un enfant tombé sous les balles dans son uniforme d’écolier. Et le fait que cela devient, aussi, un « acte de communication politique », où la mort permet de souligner, dans ce cas, la cruauté d’Israël. Si vous allez lire des articles sur le contexte dans la presse internationale, les médias palestiniens et les médias israéliens, vous aurez trois prismes sur un même événement tragique.

Vous allez vivre, voir et entendre beaucoup de choses « là-bas », d’un côté comme de l’autre. Si l’on se laisse guider par sa seule émotion, on passe hélas à côté d’un pan de l’histoire, d’un côté comme de l’autre.

Autre exemple qui traduit cette tension latente : cette oeuvre « Bienvenue à Bethlehem », avec une colombe de la paix portant un gilet pare-balles et visée par une arme en plein coeur…

La colombe de Bethlehem menacée
La colombe de Bethlehem menacée

Pour revenir au sujet de la sécurité à Bethléem, je vous conseille surtout de consulter juste avant votre départ les recommandations du Ministère des Affaires Étrangères et de vous inscrire sur la plateforme Ariane, qui vous permettra d’être informé en cas d’aggravation des tensions ou de risque important dans la région où vous vous trouvez. Cela permettra aussi au gouvernement français de savoir qu’il y a un ressortissant français « en vadrouille » à cet endroit si vous deviez vous retrouver en difficulté.

C’est là qu’un guide est aussi utile. Bien sûr, il ne pourrait pas empêcher un attentat (tragédie qui, on le sait hélas trop bien, peut aussi arriver en France)… mais sa connaissance du terrain lui permet au moins de savoir quelles sont les règles fondamentales pour ne pas vous mettre en danger.

Je vous conseille de lire mon article plus général sur la sécurité en Israël, il vous donnera plein d’informations sur le ressenti sur place, les choses à savoir en matière de danger et de sécurité.

Que faire à Bethléem ?

Lors de mon arrivée à Bethléem, j’ai aussitôt été saisie par l’étrange ambiance « touristico-commerciale » qui régnait sur place. Ca klaxonnait dans tous les sens et à peine sortis de la voiture, on a été alpagués par des marchands, des vendeurs à la sauvette insistants, des enfants tentant de mendier en vendant des paquets de chewing-gum… Un autre monde, à quelques kilomètres d’Israël.

Les rues sont envahies de pèlerins, ça s’engueule pour des raisons futiles (« On ne voit pas la croix sur la photo, recommence !!! »). Bethléem, on le comprend vite, est avant tout une étape sur la route de nombreux croyants en Terre Sainte… et cela crée une sorte de frénésie au milieu de laquelle on se sent vite bien… ou pas.

L’Église de la Nativité

C’est une très vieille église, construite au 4e siècle à l’emplacement supposé de la naissance de Jésus, dans la fameuse « étable de Bethléem » où les Rois mages seraient aussi venus apporter des présents.

Pour la petite histoire, les Rois mages sont justement représentés dans la basilique vêtus de vêtements perses… et c’est ce qui aurait sauvé l’église de la destruction lorsque les Perses ont envahi la région au 7e siècle. Elle a néanmoins beaucoup souffert au fil des siècles, victime de tous les désastres de l’âge : incendies, tremblements de terre, dégâts des eaux…

Elle avait même été classée sur la liste du patrimoine en péril par l’Unesco. Les Palestiniens ont pu la restaurer avec l’aide de dons internationaux, notamment en rénovant les mosaïques et la toiture, et l’Église de la Nativité est sortie de ce statut de patrimoine en danger en 2019.

Mosaïques rénovées de la Basilique de la Nativité à Bethléem
Mosaïques rénovées de la Basilique de la Nativité à Bethléem

L’Église de la Nativité a la particularité, comme d’autres Lieux saints de la région, d’être co-gérée par plusieurs entités : l’Église orthodoxe de Jérusalem, l’Église apostolique arménienne et le Patriarcat latin de Jérusalem (Église catholique arabe). Chacun en possède une partie, une cohabitation qui crée parfois quelques tensions !

La Porte de l’Humilité

Après être entrés sur la « Place de la Mangeoire » ou « Place de la Nativité », on doit se plier à un petit exercice pour entrer dans l’église… et si je dis « se plier », c’est à prendre au sens propre ! En effet, la porte d’entrée mesure 78 cm de large pour 130 cm de hauteur, on la surnomme donc la « Porte de l’Humilité » car elle oblige les fidèles adultes de taille « standard » à se baisser.

Cette particularité architecturale a une histoire assez passionnante : au début, l’église de la Nativité possédait une porte immense, allant jusqu’à la corniche que vous voyez au-dessus. Les Croisés l’ont réduite à l’arche que l’on aperçoit au-dessus de la porte actuelle. On avance deux explications : soit il s’agissait de reproduire architecturalement l’entrée d’une grotte, à travers une forme d’arc, soit il s’agissait d’une protection par comparaison avec une large porte permettant l’entrée de n’importe qui.

La mini-porte actuelle date du début du 16e siècle, mélange entre la symbolique de devoir se baisser pour accéder à l’église et le côté « pratique » d’empêcher par sa petite taille l’entrée de combattants à cheval.

La porte de l'humilité à Bethléem
La porte de l’humilité à Bethléem

L’architecture de la basilique

Autre aspect surprenant : la nef principale de l’église ne comporte pas de mobilier, c’est typique des églises grecques orthodoxes (et devinez qui contrôle la nef de la Basilique de la Nativité ? Les orthodoxes, pardi !).

En revanche, il y a des mosaïques de l’époque byzantine, des mosaïques constantiniennes au sol, des colonnes en calcaire rose de Bethléem peintes pour la plupart avec des fresques de saints réalisées à l’époque des Croisés. On voit aussi une belle charpente en bois de cèdre, cadeau du roi d’Angleterre au 15e siècle. Enfin, des lampes éternelles suspendues sont censées rappeler la présence constante du Christ dans le bâtiment.

Une tradition insolite consiste à chercher la colonne en calcaire rose qui comporte des trous en forme de croix… et d’aller mettre ses doigts dans les trous en faisant une prière à la Vierge.

Intérieur de l'église de la Nativité à Bethléem
Intérieur de l’église de la Nativité à Bethléem

L’architecture est dite « paléochrétienne de plan basilical ». Une architecture ancienne, jouant sur la longueur, avec des nefs parallèles séparées par des colonnades.

Tout ceci, je dois vous l’avouer, est passionnant… et serait passionnant s’il n’y avait pas un détail : la foule. Les pèlerins arrivent par groupes entiers et contempler l’architecture, c’est se faire bousculer dans tous les sens, devoir jouer des coudes et se hisser sur la pointe des pieds pour essayer d’apercevoir tel ou tel autel… ou lutter pour se faufiler dans un interstice afin d’apercevoir une autre partie de l’église.

Intérieur de la Basilique de la Nativité à Bethléem
Intérieur de la Basilique de la Nativité à Bethléem

Bon, c’est de ma faute, j’ai sous-estimé l’engouement en y allant « en pleine journée »… mais « Oh God », comme diraient les Anglais, c’est bondé ! Et comme souvent dans les lieux bondés, tout le monde n’a pas reçu la même éducation. Certains sont respectueux, d’autres beaucoup moins et quand vous venez de recevoir votre 10e coup de coude en 15 minutes sans un « Pardon », vous n’êtes pas à l’abri que quelques pensées fort peu catholiques vous traversent l’esprit.

On vient ici pour prier mais aussi – et surtout – pour descendre au sous-sol de la Basilique de la Nativité.

La Grotte de la Nativité

Au sous-sol de l’Église de la Nativité, il y a la Grotte de la Nativité. Un tout petit espace pour une grande symbolique : 12m par 3.5m environ, 3 mètres de hauteur sous plafond, et l’endroit où Jésus serait né, signalé au sol par une étoile à 14 branches.

L’étoile est percée d’un trou pour permettre aux pèlerins de voir la roche d’origine, de l’embrasser ou de la toucher (bon, quand on repense à ça à l’ère du Covid-19, on se dit que ce n’est pas très Covid-friendly comme histoire).

Dans cette même grotte, on trouve « l’autel de la Mangeoire » à l’emplacement où Marie aurait installé Jésus juste après sa naissance, dans une mangeoire. Et en bonus, certaines parois de la grotte ont été recouvertes d’amiante, a priori pour protéger les lieux en cas d’incendie.

Certains visiteurs, même Chrétiens, sont très surpris de cette configuration… sans doute parce qu’on a tous en tête l’image des crèches « folkloriques » avec le joli petit bâtiment en bois, la paille, les animaux sagement couchés autour du berceau de Jésus. En réalité, à cette époque de l’histoire, c’était dans les grottes que l’on abritait les animaux, grottes qui remplaçaient souvent le sous-sol des maisons.

Pour entrer dans la Grotte de la Nativité, il peut y avoir en pleine journée plusieurs heures d’attente, la foule s’entortille dans la nef en rangs serrés. Mon guide m’a demandé si je voulais faire la queue pour voir la grotte… et je crois que c’est le moment de sortir l’expression « Je n’ai pas eu la foi » ;)

D’un point de vue pratique, l’église de la Nativité ouvre à l’aube et ferme entre 17h et 19h30 selon la saison. Pour vous donner une estimation d’horaire, ça ouvre vers 5h30 à la saison froide, 6h30 à la belle saison.

Si vous voulez vraiment la visiter sans faire la queue, il faut donc y aller aux aurores, quitte à dormir à Bethléem avant (je vous conseille plus bas quelques bons hôtels sur place). En effet, à 9h du matin, c’est déjà noir de monde, à moins d’avoir une chance miraculeuse (ce qui arrive parfois d’après ce qu’on m’a dit !).

L’Église Sainte-Catherine de Bethléem

Elle se situe juste à côté de la Basilique de la Nativité, vous pouvez donc aller la visiter en même temps. C’est une église catholique de style gothique. Une « jeune église » par comparaison avec sa voisine, puisqu’elle date de 1882 (même si, comme souvent, elle a été construite sur les ruines d’édifices religieux antérieurs).

L’intérieur est sobre, très blanc, avec un beau vitrail au-dessus de l’orgue.

Église Sainte-Catherine de Bethléem
Église Sainte-Catherine de Bethléem

On peut prendre un petit raccourci pour accéder à une partie des grottes qui composent le réseau en sous-sol de la basilique de la Nativité, des grottes exploitées il y a très longtemps par les Chrétiens qui souhaitaient avoir leur tombe au plus près du lieu de naissance de Jésus.

Accès aux grottes de Bethléem
Accès aux grottes de Bethléem

Dans la grotte de Saint-Jérôme, rebelote. Une dame est en train d’embrasser un Christ en croix et veut absolument que son mari arrive à cadrer une photo pour que l’on voie bien « toute la scène ». Dispute conjugale bruyante jusqu’à ce que Monsieur arrive à prendre le cliché tant convoité.

Si vous allez à Bethléem à Noël, c’est dans l’église Sainte-Catherine qu’est célébrée la messe de minuit.

A l'intérieur des grottes sous le sanctuaire de la Nativité
A l’intérieur des grottes sous le sanctuaire de la Nativité

La Grotte du Lait

On peut y aller très facilement à pied depuis la Basilique de la Nativité, car tous ces lieux d’intérêt se situent dans un périmètre très restreint.

La Grotte du Lait est en fait un ensemble de trois grottes, dont la plus grande abrite des renfoncements où la Vierge Marie se serait cachée pour allaiter Jésus pendant qu’avait lieu le massacre des Innocents. Un épisode raconté dans la Bible, où le roi Hérode aurait décidé de faire éliminer tous les enfants de moins de 2 ans après avoir entendu dire qu’un Roi des Juifs allait voir de jour…

Pendant longtemps, les croyants ont fait commerce de certains éléments issus de cette grotte, les « reliques de la grotte du Lait » (de la même manière que l’on peut ramener de l’eau bénite de Lourdes par exemple). On prélevait un peu de la craie blanche qui compose la grotte et à laquelle on prêtait des propriétés curatives car, selon la légende, la Vierge avait fait tomber un peu de son lait dans la grotte, lui donnant des vertus spéciales.

A côté de la Grotte du Lait, vous pouvez aller visiter un petit atelier de sculpture sur bois d’olivier, une spécialité de la région (chez « The Olive Wood Factory »). On réalise des crucifix, des chapelets, de la décoration en bois d’olivier…

Le mur de séparation entre Israël et Palestine

On s’éloigne du centre de Bethléem et de l’église de la Nativité de 2 km tout au plus… et soudain, il est là. Le mur qui sépare Israël des territoires palestiniens. 8 mètres de hauteur, avec des tours d’observation à intervalle régulier. C’est un sentiment très fort d’être « au pied du mur », littéralement.

Au pied du mur de séparation entre Israël et Palestine
Au pied du mur de séparation entre Israël et Palestine

Quand vous visitez la Cisjordanie, vous devez vite vivre avec ces « constructions de guerre », de celles qu’on voit habituellement sur la petite fenêtre d’une télé ou d’un ordinateur, loin de son quotidien. Celles des enclaves israéliennes en Cisjordanie, celles qui témoignent d’un quotidien compliqué. Elles prennent subitement une réalité plus concrète.

Cisjordanie
Cisjordanie

Le mur s’étire le long des routes proches de Jérusalem quand on part en Palestine. Le mur devient un terrain d’expression pour les habitants, les artistes de rue qui se réapproprient cet espace en créant des oeuvres éphémères.

Si vous voulez en voir beaucoup, je vous conseille d’aller à proximité du Palestinian Heritage Center à Bethléem. Lors de ma visite, il y avait un gigantesque portrait de Donald Trump en train d’embrasser le mur « puisqu’il a l’air d’apprécier les murs », a commenté mon guide palestinien avec une pointe d’ironie, référence à l’envie de Trump, si attaché à l’idée de bâtir un mur entre Mexique et États-Unis.

Le mur entre Israël et Palestine
Le mur entre Israël et Palestine
Donald Trump embrassant le mur entre Cisjordanie et Israël
Donald Trump embrassant le mur entre Cisjordanie et Israël

Je vous reparlerai de ce mur dans un article distinct, pour pouvoir vous montrer plus en détail les oeuvres.

Le musée du Walled-Off Hotel

Lui aussi, je vous en parlerai dans mon article dédié au mur et à ses abords car il mérite bien plus que 2-3 paragraphes ! A deux pas du mur de séparation, à Bethléem, se trouve un bel hôtel baptisé le « Walled-Off Hotel ».

« Walled-off » signifie « séparé par un mur » ou, plus violemment, « emmuré ». L’hôtel est situé à 500 mètres environ d’un checkpoint avec Jérusalem, est géré par une équipe entièrement palestinienne et a été financé par l’artiste Banksy. Les chambres comportent beaucoup d’oeuvres (ils demandent d’ailleurs une caution aux clients pour décourager les vols, mais c’est un excellent hôtel).

A l’intérieur de l’hôtel, une décoration « de circonstance » qui vaut le détour…

Le Walled-Off Hotel à Bethléem
Le Walled-Off Hotel à Bethléem

Et surtout, un micro-musée de 4 salles que je vous incite VRAIMENT à visiter car il est très bon marché mais vous raconte le mur, le conflit, le quotidien en Palestine à travers la vision des Palestiniens. Là encore, on le visite en ayant conscience de la nécessité de prendre du recul… mais si je devenais retenir une seule raison de venir visiter Bethléem depuis Jérusalem, elle tiendrait dans le Mur et ces 4 pièces.

L’hôtel est ouvert aux « non-clients », en général de 11h du matin à 19h30, vous pouvez donc y aller sans problème pour boire un verre et visiter le musée au passage. Je vous en reparle très vite !

Le Tombeau de Rachel

Autre étape au coeur de Bethléem : le Tombeau de Rachel, troisième lieu saint du judaïsme et lieu de pèlerinage pour les femmes ayant du mal à concevoir un enfant. Rachel, figure biblique, est décédée après 12 ans d’infertilité en donnant naissance à un fils, Benjamin… ce qui est à l’origine du nom commun « benjamin » pour désigner le dernier enfant d’une fratrie.

Autrefois ouvert, le lieu a été peu à peu protégé comme une véritable forteresse, placé sous contrôle de l’armée israélienne. A une époque, on pouvait seulement s’y rendre dans un bus blindé. Aujourd’hui, plus de blindage obligatoire mais le lieu est en quelque sorte enclavé dans un « repli » du mur de séparation et je ne crois même pas que l’on puisse y aller à pied.

Le plus simple est d’y aller depuis Jérusalem, séparément du reste de la visite de Bethléem, en prenant le bus Egged dont je vous parlais en début d’article. Vous y croiserez souvent une majorité de femmes, beaucoup de Juifs et Juives ultra-orthodoxes car le trajet du bus passe par des quartiers ultra-orthodoxes comme Mea She’arim.

Attention à votre tenue vestimentaire si vous allez dans ces quartiers en tant que touriste ou même si vous prenez ce bus : bras, clavicules, jambes doivent être couverts, évitez le pantalon en tant que femme (c’est littéralement impératif si vous voulez descendre dans le quartier de Mea She’arim sans problème, privilégiez une jupe longue). Renseignez-vous bien, et n’hésitez pas à poser des questions en amont pour ne pas commettre d’impair.

Le bus passe un contrôle de police et vous dépose près du Tombeau de Rachel, vous disposez ensuite d’un temps pour aller sur place avant le bus suivant. C’est vraiment une enclave bétonnée, qui n’a rien des « vieilles images champêtres » de la tombe de Rachel que l’on peut voir sur de vieilles photos ou peintures.

On est ici coincé à côté du mur de séparation, les gens viennent pour prier… donc à moins que le lieu ait une signification symbolique pour vous ou que vous souhaitiez vivre cette expérience assez particulière, je ne vous conseillerais pas forcément de vous y rendre.

Le Champ des Bergers

Quelques mots sur cet endroit situé à Beit Sahur, dans la banlieue de Bethléem  : surtout intéressant pour les croyants, c’est un lieu où, selon la Bible, des bergers ont appris la naissance du Seigneur alors qu’ils gardaient leurs animaux dans un champ près de Bethléem.

Concrètement, il y a 3 emplacements « suspectés » d’être les bons à Beit Sahur… donc 3 sites à visiter pour les pèlerins : le plus populaire est la Chapelle des Anges créée par Barluzzi (comme d’autres monuments du Mont des Oliviers), mais il y a aussi une église orthodoxe et une église protestante.

Ce n’est pas très loin de la Basilique de la Nativité, 2 km environ.

Le Monastère de Mar Saba près de Bethléem

Le dernier lieu dont je voulais vous parler si vous allez visiter Bethléem se situe à l’écart de la ville elle-même et hors des sentiers battus, il est presque à mi-chemin entre Bethléem et la Mer Morte. Il s’agit du monastère de Mar Saba.

C’est un monastère orthodoxe et je ne peux pas vous raconter comment c’est à l’intérieur car la visite est interdite aux femmes (et je ne suis pas crédible dans l’autre genre, hum). Pour les hommes, il faut être en pantalon et manches longues, la visite dure entre une demi-heure et trois quarts d’heure.

Le monastère a été fondé au 5e siècle, ce qui en fait l’un des plus vieux monastères chrétiens encore existants. On peut y aller en prenant un taxi depuis Bethléem (il y a environ 12 km de route) puis en marchant. Il offre une vue magnifique, perché à flanc de montagne en plein désert de Judée. Les paysages du désert de Judée sont, à ce propos, incroyables.

Encore une fois, la très sérieuse agence Abraham Tours propose une excursion dans le désert de Judée depuis Jérusalem, avec la découverte des abords de ce monastère.

Monastère de Mar Saba
Monastère de Mar Saba

Visiter Bethléem : quelques infos pratiques

Combien de temps prévoir pour Bethléem ?

Bethléem peut se visiter « rapidement », notamment si vous n’êtes pas catholique et que les lieux n’ont pas une symbolique très forte pour vous. En quelques heures, on peut voir l’essentiel des lieux « centraux » de la ville.

En revanche, si vous êtes croyant, mieux vaut y passer plus de temps, ne serait-ce que pour pouvoir profiter de la basilique de la Nativité dans de bonnes conditions de recueillement, en y allant tôt le matin.

La météo de Bethlehem

Il fait rarement très froid à Bethléem, même en plein hiver les températures restent généralement supérieures à 12°C. En revanche, entre novembre et mars, il pleut pas mal dans la région. Pour profiter d’une météo très agréable, les intersaisons (mai, juin, septembre et octobre) restent les plus adaptées… ou le plein été si vous aimez la chaleur, qui peut dépasser 30°C.

Où loger ? Les meilleurs hôtels de Bethléem

Si vous souhaitez passer la nuit à Bethléem, je vous recommande 2-3 adresses :

  • Le Walled-Off Hotel, dont j’ai parlé, est une expérience à part entière, ne serait-ce que par la décoration très originale des chambres.
  • L’hôtel innova8ion, un 3 étoiles à 10 minutes à pied de la Basilique de la Nativité (parfait pour y aller aux aurores avant le petit-déjeuner !), ils sont en plus francophones.

Et j’y ajoute la maison d’hôtes Hosh Al-Syrian, à 200 mètres de la Basilique.

Les meilleurs restaurants de Bethléem

Là aussi, 3 adresses pour vous : le restaurant Afteem (Manger Square), d’abord, notamment pour ses falafels ; le restaurant Asparago (Saint Antonio Society Street) ; et le restaurant Bonjour (Paul II Street).

On y sert une cuisine de qualité, avec beaucoup de produits frais et des influences locales.

Quels souvenirs ramener de Bethléem ?

A Bethléem, sans surprise, on trouve beaucoup d’objets religieux et si vous avez des croyants dans votre entourage, vous ferez des heureux : crèches en bois d’olivier, santons de crèche en bois, chapelets avec un peu de terre sainte au milieu, crucifix sculptés, bijoux, on trouve de tout.

Les souvenirs de Bethléem se déclinent aussi sous un angle moins « ostentatoire », avec des bougeoirs en bois, des bols et coupelles en bois, des bijoux portant l’étoile de Bethléem, des images de street art, etc.

Et puis, si vous arrivez à en dénicher, il y a quelques vins locaux qui ne sont pas exceptionnels mais dont l’étiquette est bien exotique, comme les « Côtes de Bethlehem » (version vin blanc ou vin rouge) ou le Crémisan (produit par des moines locaux). Ce sont des produits rares. D’abord, parce que la Palestine est à majorité musulmane donc on y consomme très peu de vin. Ensuite, parce que c’est un produit qui s’exporte peu compte tenu de la situation « enclavée » des territoires palestiniens.

Souvenirs de Bethléem
Souvenirs de Bethléem

Visiter Bethléem : un ressenti partagé

Je voudrais terminer cet article par un ressenti plus personnel sur Bethléem. C’est une ville que je n’ai pas aimée d’un point de vue strictement touristique ou même esthétique. Elle m’a donné l’impression d’être un « Disneyland de la chrétienté », grouillante d’une foule empressée, avec beaucoup de sollicitations commerciales…

Sur le Mont des Oliviers, j’avais eu le sentiment que les lieux avaient une âme, une histoire, qu’ils procuraient une forme d’apaisement. A Bethléem, j’ai eu l’impression d’une course… 3h d’attente pour espérer rentrer dans les grottes de la basilique de la Nativité, je crois que cela n’a tout simplement pas assez de sens pour moi pour que je fasse ce sacrifice.

C’est aussi une ville qui m’a peinée. Voir des enfants mendier quelques piécettes dans un mauvais anglais provoque un malaise indéfinissable, le sentiment que tout devrait être différent et la conscience de l’infinie complexité de la situation. C’est une ville sale, comme beaucoup de villes en Palestine. Les rues sont défoncées, souvent encombrées de gravats et de déchets. Un contraste saisissant avec la Jérusalem israélienne si proche.

Vivre derrière un mur
Vivre derrière un mur

Et puis, il y a eu ce musée, dans le Walled-Off Hotel. Une fenêtre sur la façon dont les Palestiniens ont envie de raconter leur histoire. Bien sûr, impossible de croire sur parole l’un ou l’autre camp. Il faut prendre du recul, sans arrêt et sans même savoir comment le prendre. On repart avec l’histoire sans vraiment savoir ce qu’elle comporte de vérité et ce qu’elle comporte de « propagande médiatique ».

Mais on écoute, on vit cette Palestine/West Bank/Cisjordanie/territoires palestiniens/Judée que l’on ne sait plus comment appeler ni comment comprendre… et même en ayant peu aimé Bethléem, j’en suis repartie heureuse de l’avoir vue. Heureuse d’avoir eu cette chance d’entendre les voix de l’autre côté du mur. Je vous souhaite la même expérience.


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2 commentaires sur “Visiter Bethléem depuis Jérusalem : ville de croyants et de murs

  • vincent

    Merci pour ce bel article sur Bethléem complet et rempli de belles photos et de nous donner ton ressenti sur cette ville vraiment atypique.
    J’ai vraiment apprécié, merci

    Répondre à vincent
    • Marlène

      Merci beaucoup, Vincent. Je publie cette semaine le « deuxième volet » de cette aventure à Bethléem, consacré plus spécifiquement au mur de séparation avec Israël. C’était vraiment une expérience intéressante car ce ne sont pas des lieux dont on entend souvent parler hormis dans les médias ; pouvoir se faire un avis personnel, un ressenti personnel, prend d’autant plus de valeur.

      Répondre à Marlène


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