Lors des premières vacances avec mon fils, nous sommes partis en voyage en Crète... et parmi les visites que nous avons réalisées, celle de la forteresse de Réthymnon, la Fortezza. Ce sont de vastes remparts sur les hauteurs de la ville, abritant plusieurs bâtiments, qui ont joué un rôle clé dans l'histoire de la région.
Dans cet article, je vous emmène à la découverte de cette forteresse avec plein de photos et d'informations sur son histoire et sur la visite elle-même.
La forteresse de Réthymnon, héritage de la Crète à l'époque des conquêtes
L'histoire de la forteresse de Réthymnon est étroitement liée à celle de l'île dans son ensemble, une histoire de batailles et de conquêtes !
La Crète a été le berceau de la civilisation minoenne, considérée comme la première civilisation européenne et a été pendant plusieurs siècles au début de notre ère aux mains des Byzantins. Ce sont eux qui commencent à construire des fortifications, le "Castrum Rethemi", à l'est de Palaiokastro, la colline dominant Réthymnon. Elle offre en effet un point de vue idéal pour surveiller la mer autour de la ville.
Au début du 13e siècle, la Crète tombe entre les mains de la République de Venise et le Castrum Rethemi, avec ses tours carrées et ses deux portes, devient connu sous le nom de "Vieux château" (Antico Castello).

La République de Venise constitue à l'époque un État à part entière, qui exerce une énorme influence sur la région méditerranéenne, possédant des terres dans bon nombre de régions d'Europe (dans ce qui correspond aujourd'hui à la Slovénie, l'Albanie, le Montenegro, la Croatie, Chypre ou encore la Grèce). Les Vénitiens sont puissants, fortunés, à la tête de routes commerciales prisées...
Autour du 15e siècle, ils sont de plus en plus souvent attaqués par l'Empire Ottoman qui veut aussi contrôler les mers Adriatique, Ionienne et Egée. La Crète étant au beau milieu de cette région, elle devient naturellement la cible d'attaques et l'on crée des fortifications plus importantes autour de Réthymnon, achevées en 1570. Pourquoi cette ville ? Parce que les Vénitiens y ont construit un petit port qui a rapidement permis à la zone de grossir, devenant la troisième plus grosse ville de l'île après Héraklion, la capitale, et La Canée. C'est donc un emplacement stratégique.
Hélas, ces fortifications se révèlent trop faibles pour repousser une violente attaque de l'Empire ottoman en 1571, et Réthymnon est mise à sac par les envahisseurs. La même année, les Ottomans s'emparent de Chypre et la République de Venise comprend qu'elle va devoir adopter une approche plus musclée s'il s'agit de conserver la Crète. C'est ainsi que l'on décide de construire une nouvelle forteresse sur la côte nord de l'île.

C'est l'ingénieur militaire Sforza Pallavicini qui prend les rênes du projet. Au départ, on envisage de déplacer l'ensemble des habitants de Réthymnon à l'intérieur de la future forteresse... mais on s'aperçoit rapidement que ce n'est pas réaliste car il n'y a pas assez de place. On décide donc de penser l'endroit plutôt comme une citadelle où les institutions de la ville seront mises à l'abri et où les habitants pourront éventuellement se réfugier en cas d'invasion, sans pour autant y résider de manière permanente.
La Fortezza surgit de terre en 7 ans, entre 1573 et 1580, mobilisant des milliers de Crétois et d'animaux sous la direction du maître artisan Giannis Skordilis.

Petit saut dans le temps jusqu'en 1645. L'Empire Ottoman redouble ses efforts militaires pour prendre le contrôle de la Crète et tout va très vite... car lorsqu'ils débarquent sur l'île, celle-ci ne s'attend pas du tout à l'invasion, habituée à des années de paix. Les Ottomans prennent assez rapidement La Canée et commencent le siège de Réthymnon à la fin du mois de septembre 1646.
Mais évidemment, avec toute la population massée à l'intérieur de la Fortezza, les conditions d'hygiène se dégradent rapidement, la nourriture et les munitions viennent vite à manquer et les Vénitiens se rendent dès le 13 novembre.
De cette attaque résultent 24 ans de guerre, un très long siège à Khandaka (l'actuelle Héraklion) et une victoire des Ottomans qui conserveront la Crète jusqu'au début du 20e siècle, avant qu'elle ne soit rattachée à la Grèce en 1913, en continuant à exploiter la Fortezza ce qui a sans doute contribué à ce qu'elle survive jusqu'à notre époque.
Que voit-on à l'intérieur de la Fortezza ?
La Fortezza se présente comme un vaste espace entouré de remparts mesurant au total 1.3 km de long. Il est assez largement à ciel ouvert, donnant d'un côté sur la mer et de l'autre sur les quartiers de Réthymnon.
On entre par le côté Est, cette porte permettait un accès facile car elle était située côté ville et à l'abri de la façade maritime, la plus exposée. La niche que l'on voit au-dessus de la porte abritait autrefois le Lion de St Marc, symbole de la République de Venise (et de la ville de Venise). Juste après, à droite, se trouvaient les appartements de la garde.

On peut ensuite découvrir une quinzaine de lieux d'intérêt à l'intérieur de la forteresse, un mélange de bâtiments et de bastions.
Le Bastion Saint-Paul, au sud-est, donne sur la ville. Non loin de lui, on croise un entrepôt de munitions, juste après l'entrée, datant de 1581, qui accueille aujourd'hui des expositions.

On rencontre ensuite le Bastion Saint-Elie, où l'on trouve depuis 1993 un théâtre de plein air, Erofili, où des spectacles sont organisés de temps à autre (vous pouvez voir quelques-uns des événements sur cette page).

La visite se poursuit par des bâtiments de l'époque hellénistique qui ont été détruits par le feu il y a bien longtemps, et par le Bastion Saint-Luc, qui comporte un réduit au-dessus duquel étaient placés des canons. En réalité, la forteresse de Réthymnon n'a jamais été très sécurisée, les remparts restaient relativement bas, il n'y avait aucun fossé autour...
La vue sur ce côté de l'édifice est magnifique et dégagée. C'est là, à l'ouest, que l'on trouvait une autre petite porte d'accès faisant communiquer la ville et la Fortezza.

On arrive ensuite au niveau de la façade qui donne sur la mer, où l'on croise une poudrière et la résidence des Conseillers, où vivait l'un des deux Conseillers de la ville chargé de faire respecter l'ordre dans la forteresse. Lorsque les Ottomans ont pris le contrôle de la Crète, elle a servi à loger un haut fonctionnaire et un hammam a été ajouté à l'étage. Aujourd'hui, elle abrite un atelier de restauration.

Dans la partie centrale de la forteresse de Réthymnon, vous croiserez : les vestiges de la maison du Gouverneur, dont il ne reste que deux pièces (elle avait été construite entre 1575 et 1582), un complexe d'entrepôts et de citernes (visible ci-dessous) qui permettait de conserver des vivres et de l'eau (en voyant sa taille, on comprend pourquoi il ne permettait pas à toute la ville de tenir longtemps en cas de siège).
Il y a aussi une mosquée (le bâtiment au toit arrondi visible ci-dessous). Elle a été construite dès que les Ottomans ont pris le contrôle de Réthymnon en 1645, en l'honneur du sultan de l'époque, à l'emplacement de la cathédrale Saint-Nicolas, rasée.
Le minaret a disparu (il ne reste que la base) mais il reste le mihrab (la niche sacrée qui indique la direction de la Mecque). La mosquée est utilisée pour des expositions et des concerts dans un cadre intimiste.


A côté de la mosquée, vous apercevrez aussi les restes du palais épiscopal, où logeait l'évêque à l'époque où la cathédrale était encore debout. Ajoutons à ces vestiges la petite église Sainte-Catherine, qui a été créée au 19e siècle à l'intérieur d'une ancienne citerne à eau.

Il y a encore quelques bâtiments à observer en achevant le tour des remparts : des réserves, datant de l'aube du 17e siècle ; une autre petite église (Saint Théodore Trichinas), des restes d'habitation et un dernier bastion, Saint-Nicolas.
On peut visiter la forteresse en une heure voire moins si vous allez vraiment à l'essentiel.
Comment se rendre à la forteresse vénitienne de Réthymnon ?
La Fortezza se situe à proximité du joli petit port de Réthymnon, où il fait bon flâner et s'arrêter dans l'un des restaurants qui bordent l'eau comme Peperoncino (italien) ou Zefyros (restaurant de fruits de mer).
Si vous venez en voiture, je vous conseille de vous garer dans le parking du port, situé près de la digue au bout de la promenade Leof. Emmanouil Kefalogianni. Il y a quasiment toujours de la place et ça ne coûte que quelques euros pour des heures et des heures de stationnement ! Le parking n'est qu'à 400 mètres de l'entrée de la forteresse, on l'aperçoit sur cette photo prise depuis la route qui monte vers l'entrée de la forteresse.

Si vous n'avez pas de véhicule, il y a des bus qui passent sur l'avenue Igoumenou Gavriil au sud des petites rues du centre-ville, vous pouvez consulter les horaires et tarifs sur E-ktel en tapant "Rethimno". Voici un plan de la ville en PDF, la Fortezza correspond au numéro 1 et il y a un arrêt de bus baptisé "Vosporou 15" au niveau du gros jardin public que l'on voit sur la carte. Comptez ensuite 10 minutes à pied pour rejoindre l'entrée de la forteresse.
Heures d'ouverture et prix des billets
Le billet peut être acheté sur place (4€ environ), on vous remettra un dépliant disponible en français avec un plan et quelques explications pour comprendre l'essentiel de l'histoire des lieux. Je vous conseille d'arriver plutôt en début de journée en haute saison, il y aura moins d'attente et la chaleur sera moins dure à supporter (une large partie de la forteresse est en plein soleil, sans ombre).
La Fortezza est en général ouverte de 8h à 20h (avec une dernière entrée possible à 19h15) mais ces horaires sont susceptibles de varier selon la saison et les éventuels événements organisés sur place.
La forteresse de Réthymnon est un endroit qui permet d'admirer de magnifiques couchers de soleil. Si vous venez avec des enfants en bas-âge comme c'était mon cas, mieux vaut privilégier le porte-bébé car la plupart des endroits ne sont pas du tout adaptés pour circuler avec une poussette.
Pour seulement quelques euros, on profite d'un très beau panorama sur la mer et sur Réthymnon... et l'on peut facilement poursuivre la visite par une balade ou du shopping dans les jolies petites rues de la ville ! Les bâtiments eux-mêmes sont à mon sens moins intéressants, ils donnent surtout l'opportunité de découvrir un peu mieux l'histoire de la Crète.