Le camp de Plaszow, camp de concentration méconnu au coeur de Cracovie


Le camp de Plaszow fait partie des premières images qui me restent de Cracovie… car on en distinguait nettement les vestiges depuis le ciel quand mon avion a survolé la ville. C’est un camp de concentration méconnu du « grand public »… et qui a pourtant marqué de manière considérable l’histoire de Cracovie.

C’est un lieu que visitent souvent des « initiés », possédant une certaine connaissance de la Shoah… car le camp de Plaszow est aujourd’hui un vaste de champ de ruines où ne subsistent que quelques points « reconnaissables ». C’est pour cette raison que la plupart des gens se contentent d’une visite à Auschwitz-Birkenau, qui possède un musée et fait l’objet d’un véritable travail de préservation.

J’ai tenu à vous parler de ce lieu de mémoire important mais d’un abord moins « facile » qu’Auschwitz, où tout est expliqué. Je vais vous raconter brièvement l’histoire de ce camp de concentration… puis vous montrer ce qu’il en reste aujourd’hui.

Le camp de Plaszow et son maître, le nazi Amon Göth

Impossible d’aller visiter ce camp de concentration sans connaître au moins quelques bribes de son histoire. Plaszow, à l’origine, est un « simple » quartier du sud-est de Cracovie en Pologne… qui abrite deux vieux cimetières juifs.

Fin 1942, les nazis décident d’y implanter un camp de travaux forcés où ils envoient des prisonniers issus du ghetto de Cracovie. Plaszow, c’est une enceinte circonscrite par 4 kilomètres de barbelés environ et gardée par 13 miradors.

Le camp de concentration de Plaszow sous le Troisième Reich
Le camp de concentration de Plaszow sous le Troisième Reich

Le camp de concentration de Plaszow sous le Troisième Reich

Le camp de Plaszow se structure peu à peu pour intégrer un camp pour hommes, un camp pour femmes, un camp spécifique destiné aux Polonais « récalcitrants »… Une main d’œuvre employée dans les usines d’armement de Cracovie et sa région ainsi que dans une carrière de pierre située à proximité.

Plusieurs centaines d’ouvriers du camp entrent ainsi au service de l’industriel Oskar Schindler, qui possède une usine d’ustensiles en émail (qui se visite aujourd’hui)… Schindler, découvrant peu à peu les conditions inhumaines dans lesquels ces prisonniers doivent survivre, met alors sur pied une formidable opération de sauvetage qui permettra à un millier de Juifs d’avoir la vie sauve… dont Mietek Pemper, auquel on doit ce témoignage :

« Le camp de Cracovie-Plaszów – qui avait tout d’abord été un camp de travail forcé, avant d’être transformé en camp de concentration durant l’année 1944 – représentait un cas unique dans l’ensemble des territoires soumis au contrôle des Allemands : c’était le seul camp principal (Stammlager) créé à partir d’un ghetto juif – celui de Cracovie.

En effet, lors de la liquidation définitive du ghetto de Podgórze, situé dans le secteur ouest de Cracovie, tous les Juifs reconnus ‘aptes au travail’ furent internés dans le camp de Plaszów, au sud-est de la ville – les autres ayant été massacrés sur-le-champ ou déportés par vagues successives vers les camps d’extermination de Belzec et d’Auschwitz-Birkenau. À ma connaissance, aucun autre camp ne s’est établi, comme celui de Plaszów, sur les ruines d’un ghetto.

Comme la plupart des camps de travail nazis, Plaszow est rongé par les épidémies (typhus notamment) qui font des ravages parmi les prisonniers. Ceux-ci souffrent également de la faim… et les fusillades arbitraires sont nombreuses.

En février 1943, le commandant nazi Amon Göth prend la tête du camp de concentration jusqu’en septembre 1944. Décrit comme un homme d’une cruauté inouïe, il fait régner un régime de terreur dans le camp de Plaszow, dont les quelques rescapés se souviennent avec une angoisse encore vivace, des années après.

Le commandant nazi Amon Göth, qui a fait régner la terreur sur le camp de Plaszow
Le commandant nazi Amon Göth, qui a fait régner la terreur sur le camp de Plaszow

Lorsque les nazis sentent le vent tourner à la fin de la guerre, ils décident, comme à Birkenau, d’effacer les traces de leurs crimes en détruisant le camp et en brûlant les corps des victimes enterrées dans des fosses communes.

Les prisonniers restant encore sur place doivent affronter une « Marche de la Mort » vers Auschwitz, après laquelle la plupart d’entre eux sont assassinés. En arrivant dans le camp de Plaszow en janvier 1945, l’Armée Rouge ne trouve qu’un champ de ruines.

Plus de 9000 personnes seraient décédées à Plaszow.

Le camp de Plaszow, un lieu à déchiffrer

Le camp de Plaszow est difficile à visiter car il n’y a presque aucune information pour vous aider à identifier les vestiges qui subsistent. J’ai une certaine connaissance de l’histoire de ce camp et de son plan d’époque, qui m’a aidée à comprendre ce que je voyais… mais j’avoue que parfois, ça tenait davantage de la devinette que de la compréhension.

Je partage ici un plan avec quelques points clés que j’ai visités… mais j’ai aussi pas mal arpenté le camp en sortant des sentiers « classiques ».

J’ai commencé ma visite en prenant le tramway depuis le centre de Cracovie jusqu’à la station « Cmentarz Podgorski » (lignes 3, 6, 11, 13, 23, 24)… puis en empruntant la rue Jerozolimska. C’était à l’époque la « rue des SS », bordée de maisons occupées par les Allemands et par l’encadrement du camp.

Aujourd’hui, elle accueille un mélange de maisons individuelles et d’immeubles, dans un quartier en plein développement avec beaucoup de constructions neuves. Un immeuble a été bâti sur un terrain autrefois rattaché au camp de Plaszow…

Dès le début de la rue, sur la droite, on tombe sur des vestiges de bâtiments… C’est ici que se trouvaient la gare amenant les déportés ainsi que le commandement et, un peu en retrait, un hôpital pour les SS.

Ici, vous avez des vestiges des bureaux du commandement du camp et des gardes.

Bâtiments autrefois situés à l'entrée du camp de Plaszow
Bâtiments autrefois situés à l’entrée du camp de Plaszow
Bâtiments autrefois situés à l'entrée du camp de Plaszow
Bâtiments autrefois situés à l’entrée du camp de Plaszow

C’est aussi à ce niveau que se trouvait l’entrée principale du camp de Plaszow et, en face, un central téléphonique et radio.

Au milieu des arbres verdoyants, on tombe partout sur des fragments de constructions bétonnées, seuls vestiges du passé. Aucun panneau explicatif… hormis quelques incitations à « respecter l’histoire bouleversante du site ».

Panneau marquant l'emplacement du camp de concentration de Plaszow
Panneau marquant l’emplacement du camp de concentration de Plaszow

On aperçoit ensuite de gros blocs de béton, seuls restes d’un bâtiment dynamité. Je pense qu’il s’agit de l’ancienne maison funéraire à l’entrée du cimetière juif, partiellement dynamitée par Amon Göth.

Maison funéraire de l'ancien cimetière juif de Plaszow
Maison funéraire de l’ancien cimetière juif de Plaszow

Le camp de concentration de Plaszow, une mémoire à préserver

Si vous allez visiter Plaszow, l’un des aspects qui vous marquera le plus est sans doute le fait que la vie a repris ses droits… et contrairement à Auschwitz qui est devenu un musée, un lieu de mémoire, où l’on vous explique ce que vous voyez, à Plaszow on fait un peu « comme s’il ne s’était rien passé ».

Les gens promènent leur chien au milieu des allées, il n’y a littéralement aucune explication pour vous aiguiller sur la compréhension du lieu, à part un plan que je n’ai vu qu’à un seul endroit et disponible uniquement en polonais… Et des gens habitent dans des lieux où d’autres gens sont morts et ont souffert.

Szary Dom, la « Maison grise »

Prenons l’exemple de Szary Dom, « The Grey House », la « Maison grise ». Cette maison était autrefois le siège de la « Fraternité funéraire juive », elle se rattachait donc au cimetière juif voisin sur lequel le camp de concentration a été construit.

Szary Dom, la maison grise
Szary Dom, la maison grise

Par la suite, la Maison grise a hébergé certains officiers SS gérant le camp. Mais surtout, cette maison est connue pour avoir été la « maison de l’horreur » où des prisonniers étaient emmenés et torturés.

« La fameuse ‘maison grise’, qui existe encore sur le site du camp, abritait au rez-de-chaussée et au premier étage un certain nombre de logements réservés aux sous-officiers. La cave, divisée en plusieurs cellules, faisait office de cachot. En 1944, juste après l’arrestation de Göth, j’y ai passé deux semaines dans l’isolement le plus complet.

Il y avait également dans ce sous-sol quelques Stehbunker. Ces cellules, dont la surface n’excédait pas 90 cm2, étaient agencées de telle manière que les détenus pouvaient s’y tenir debout, mais pas s’asseoir, et encore moins s’allonger. C’était un supplice particulièrement éprouvant que d’y passer toute une nuit, avant de reprendre une journée de travail le lendemain matin » (Mietek Pemper, déporté à Plaszow).

Szary Dom, la maison grise et son sous-sol où les prisonniers étaient torturés
Szary Dom, la maison grise et son sous-sol où les prisonniers étaient torturés

A proximité, un monument rend hommage à Sarah Schenirer, décédée à Cracovie, qui a fondé le mouvement Bais Yaakov auquel on doit les premières écoles religieuses pour jeunes filles juives.

Monument hommage à Sarah Schenirer
Monument hommage à Sarah Schenirer

A côté de Szary Dom part une grande « route » qui traversait autrefois le camp en direction des baraquements des hommes. On ne s’en rend pas forcément compte « au sol » mais depuis le ciel, on voit encore très bien les contours de « l’Apellplatz » (carré où l’herbe est jaunie), où les nazis faisaient l’appel des prisonniers. Cette place était bordée par les baraquements des hommes, il y avait aussi des latrines et une zone de quarantaine.

L'Apellplatz du camp de Plaszow vue d'avion
L’Apellplatz du camp de Plaszow vue d’avion

On découvre également non loin de la Maison grise un monument en hommage à 13 Polonais assassinés ici le 10 septembre 1939, victimes des nazis.

Hommage aux Polonais assassinés en 1939
Hommage aux Polonais assassinés en 1939

L’ancienne villa d’Amon Göth, commandant du camp de Plaszow

Le destin d’un autre lieu peut choquer, quand on sait ce qui s’y est passé : la maison de l’ancien commandant Amon Göth, que vous pouvez facilement voir depuis la route (autour du 3, Wiktora Heltmana, une rue située dans le prolongement de la rue Jerozolimska).

La maison tombait en ruines faute d’entretien et a été rachetée par un investisseur immobilier, Artur Niemyski… qui a décidé de la restaurer du sol au plafond pour y vivre.

Résultat : une demeure de grand standing, qui conserve les lignes de la propriété d’origine… mais efface totalement l’histoire de cette maison… alors même qu’une femme Juive qui y a vécu un supplice est encore en vie.

Helen Jonas-Rosenzweig, c’est son nom, a d’ailleurs été profondément choquée par la vente et la transformation de cette maison où elle a été maltraitée par Amon Göth, qu’elle devait servir au péril de sa vie.

La villa d'Amon Göth avant sa rénovation
La villa d’Amon Göth avant sa rénovation

Par respect pour son calvaire, je trouve que ce genre d’endroit aurait dû garder son statut de « lieu de mémoire »

Le nouveau propriétaire des lieux a déclaré à la presse qu’à ses yeux, il fallait passer à autre chose. Oui, la propriété a brièvement appartenu à un nazi mais pour lui, ça ne doit pas influencer à tout jamais le devenir de la maison.

Le débat de fond est intéressant et rejoint un peu celui auquel la ville de Nuremberg doit faire face : préserver ou non des lieux davantage rattachés aux bourreaux qu’aux victimes ?

Dans le cas d’une maison individuelle, je trouve qu’il faut tenir compte de sa place dans l’histoire, plus globale, des victimes et des lieux. Szary Dom, par exemple, a été un lieu de torture où des gens sont morts. La villa d’Amon Göth est un endroit où une femme a vécu dans l’angoisse quotidienne de la mort, en proie à une pression et à des violences psychologiques intolérables, au point qu’elle a été bouleversée par le fait de retourner dans la maison pour un documentaire de James Moll.

Cette femme, de son vivant, a vu le théâtre de sa souffrance devenir une villa soignée… et je trouve que c’est comme une « négation » de son vécu. Comme si elle ne méritait pas qu’on se souvienne.

La villa d'Amon Göth aujourd'hui
La villa d’Amon Göth aujourd’hui

Hujowa Górka, le premier mémorial du camp de Plaszow

En continuant sur la rue Jerozolimska, vous tombez sur une discrète pancarte indiquant la direction d’un mémorial sur la droite… et vous vous enfoncez sur le territoire du camp de Plaszow lui-même.

C’est une allée apaisante, au milieu de la végétation, où je n’ai pas croisé âme-qui-vive… Au bord de cette allée, il y avait autrefois sur la droite le « magasin central » du camp de concentration et sur la gauche, des ateliers où étaient employés les prisonniers.

L'une des allées du camp de concentration de Plaszow à Cracovie en Pologne
L’une des allées du camp de concentration de Plaszow à Cracovie en Pologne

L’allée débouche sur une croix, qui porte une inscription tout en polonais (là aussi, on peut se brosser pour avoir ne serait-ce qu’une traduction en anglais). En utilisant un traducteur automatique, j’ai pu saisir le sens de l’inscription, qui indique que « cette croix a été érigée à la mémoire de centaines de Polonais »… et mentionne le « repos éternel des âmes ».

En fait, la croix se situe à l’emplacement de ce qui était l’une des fosses communes de Plaszow, où des milliers de corps ont été enterrés… puis déterrés par les nazis afin de les faire disparaître.

Le lieu est appelé « Hujowa Górka » et à ce qu’il paraît, Górka veut dire « colline » et « Hujowa » est un jeu de mots entre de l’argot polonais qui signifie « bite » et le nom de « Albert Hujar », l’un des nazis qui commandaient le camp. Hujowa Górka a été le lieu de nombreuses fusillades arbitraires dans le camp.

La croix présente la particularité d’être entourée de fils barbelés…

Hujowa Górka, mémorial aux victimes de la barbarie nazie à Plaszow
Hujowa Górka, mémorial aux victimes de la barbarie nazie à Plaszow

Les vestiges de l’ancien cimetière juif de Cracovie

J’ai poursuivi ma marche dans le camp de Plaszow… et ai soudain aperçu au loin ce qui ressemblait étrangement à des tombes. Par quelques sentiers sur le terrain très vallonné du camp, j’ai rejoint cette zone. De plus près, pas de doute : des pierres vaguement rectangulaires se détachent au milieu de l’herbe verte.

Pierres tombales de l'ancien cimetière juif à Plaszow, Cracovie - Pologne
Pierres tombales de l’ancien cimetière juif à Plaszow, Cracovie – Pologne

Des pierres brisées, déchiquetées… à l’exception d’une seule qui tient encore debout : la tombe de Chaim Jakob Abrahamer, décédé le 25 mai 1932 à l’âge de 74 ans. En lisant l’année sur la pierre tombale, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que ce pauvre homme était « mort au bon moment », avant de connaître l’horreur…

Tombe de Chaim Jakob Abrahamer - Plaszow, Cracovie
Tombe de Chaim Jakob Abrahamer – Plaszow, Cracovie

Je me tiens au milieu des restes de l’un des deux cimetières juifs sur lesquels les nazis ont bâti Plaszow.

Lorsqu’ils ont décidé de créer le camp de concentration, ils ont commencé par vendre les pierres tombales les plus belles à des maçons de la région, avant d’utiliser les autres pierres pour créer la route destinée à approvisionner le camp (surnommée la « Voie Royale »). C’est de cette tragique anecdote que s’est inspiré Steven Spielberg dans la Liste de Schindler, où l’on voit une reconstitution de cette route faite de pierres tombales.

Après la guerre, un survivant du camp de Plaszow a fait en sorte de récupérer les quelques pierres tombales qu’il pouvait sauver, elles ont été réinstallées dans le nouveau cimetière juif qui jouxte les lieux aujourd’hui.

Suite à cette découverte du cimetière juif, j’ai arpenté la zone de l’ancien camp de Plaszow un peu au hasard… On tombe un peu partout sur des bouts de blockhaus et de bâtiments, parfois si petits qu’il est impossible de les associer à un quelconque bâtiment précis.

Ici par exemple, je pense qu’il s’agit d’anciens ateliers situés non loin du bâtiment où étaient stockées des pommes de terre.

Vestiges d'anciens ateliers dans le camp de concentration de Plaszow à Cracovie
Vestiges d’anciens ateliers dans le camp de concentration de Plaszow à Cracovie

Le monument aux victimes du nazisme

J’ai finalement débouché sur la zone où a été construit le monument aux victimes du fascisme (Pomnik Ofiar Faszyzmu). Il a été imaginé en 1964 par l’architecte Witold Ceckiewicz.

Là aussi, j’ai été surprise par le choix de l’hommage. Le monument lui-même, tout en granit, est très imposant, avec ces corps à la tête baissée et ployant sous le poids d’un bloc de pierre, touchés en plein cœur par une brèche. Je le trouve beau et expressif. En revanche, son emplacement est très étrange : il est tourné vers l’autoroute, qui passe en contrebas.

On voit d’ailleurs la grosse enseigne du Castorama qui borde l’autoroute juste derrière…

Monument aux victimes du nazisme - Camp de Plaszow, Cracovie
Monument aux victimes du nazisme – Camp de Plaszow, Cracovie

Je ne sais pas si ça a été fait sciemment pour inciter les automobilistes de passage à se souvenir (le soir, le monument est bien éclairé et on le voit nettement depuis l’autoroute)… mais côté recueillement, on a vu mieux : cette zone en hauteur est ouverte à tous les vents, avec le rugissement des moteurs en contrebas… et aucun sentiment « d’intimité », de pouvoir prendre son temps devant le monument.

Monument aux victimes du nazisme - Camp de Plaszow, Cracovie
Monument aux victimes du nazisme – Camp de Plaszow, Cracovie

A proximité de ce gros monument, on trouve plusieurs autres monuments plus petits. Cette première plaque commémorative concerne des Juives hongroises déportées à Auschwitz en passant par Plaszow.

Plaque à la mémoire de Juives hongroises déportées
Plaque à la mémoire de Juives hongroises déportées

Une autre mémorial concerne tous les Juifs déportés de Hongrie et de Pologne. Voici une traduction approximative du message inscrit sur le monument :

« Ici, en ce lieu, entre 1943 et 1945, des milliers de Juifs déportés ici depuis la Pologne et la Hongrie ont été torturés, assassinés et incinérés. Nous ne connaissons pas leurs noms, mais nous le remplaçons par cet intitulé : les Juifs.

Ici, en ce lieu, l’un des crimes les plus graves a été commis. Il n’existe pas de mot capable de décrire son atrocité, sa bestialité innommable, sa cruauté et son insensibilité. Remplaçons-le par un mot : le nazisme.

Les Juifs ayant survécu au pogrom nazi rendent hommage à la mémoire de ceux qui ont été assassinés, dont l’ultime cri de désespoir résonne dans le silence de Plaszow ».

Hommage aux victimes à Plaszow
Hommage aux victimes à Plaszow

Enfin, ce monument rend hommage à une quarantaine de policiers polonais morts pour la nation.

Monument en hommage aux déportés - Camp de concentration de Plaszow
Monument en hommage aux déportés – Camp de concentration de Plaszow

Un projet de musée du camp de Plaszow ?

En s’écartant un peu du mémorial principal du camp de Plaszow, on tombe aussi sur des ruines complètement taguées (une preuve de plus du manque de préservation des lieux). Sur les vieux plans nazis du camp, ce bâtiment en partie extérieur aux barbelés principaux (que l’on voit encore aujourd’hui) est marqué d’un « K », désignant un crématorium… mais d’autres sources identifient les ruines comme des réserves de nourriture.

Très difficile de savoir ce qu’il en est réellement. La construction du crématorium de Plaszow a été lancée début 1944… mais n’a jamais été réellement achevée car la (relative) proximité géographique du camp d’Auschwitz-Birkenau, déjà pourvu de ce type d’installation, a conduit les nazis à « privilégier » Auschwitz…

Je vous mets une photo prise par Allie Caulfield, qui montre relativement bien le bâtiment en question.

Vestiges d'un bâtiment de Plaszow, Cracovie
Vestiges d’un bâtiment de Plaszow, Cracovie – Photo © Allie Caulfield

J’ai poursuivi ma visite du camp de Plaszow en parcourant aléatoirement l’immense terrain. On fait ainsi quelques découvertes : un abri anti-aérien creusé dans la roche, des bâtiments (habités) en piteux état qui ne se situaient pas dans l’enceinte du camp mais entre celui-ci et la grande carrière qui jouxtait Plaszow (et où a été tourné le film La Liste de Schindler)… On peut aussi voir les contours d’un bassin qu’Amon Göth comptait transformer en piscine privée, projet qu’il n’a jamais pu mener à bien car l’eau était toxique.

Il faut rester prudent, car certaines zones envahies par les herbes folles abritent encore des trous profonds vers des réservoirs d’eau souterrains par exemple…

J’ai appris par des habitants du coin qu’autrefois, le terrain du camp de Plaszow était en plus mauvais état encore, envahi par les mauvaises herbes. Il a été désherbé assez récemment, ce qui a fait émerger des lieux comme l’ancien cimetière juif ou l’Apellplatz…

Il y aurait en fait un projet de « vrai musée » en hommage aux victimes de Plaszow, initié par la ville en collaboration avec des associations juives locales. Ce serait bien qu’il voie le jour, ne serait-ce que pour poser quelques panneaux explicatifs à destination des visiteurs et pour ne pas oublier l’histoire de ce lieu. Mais je ne peux pas m’empêcher de constater que ça arrive un peu tard : beaucoup de vestiges ont été tagués, endommagés, sans parler des maisons de l’époque récupérées comme habitations…

Bilan de cette visite du camp de concentration de Plaszow

Plaszow est un site très différent du camp d’Auschwitz, mais intimement lié à l’histoire de Cracovie et de sa communauté juive décimée par le nazisme. Après avoir visité les lieux, je me suis glissée sur de petits chemins pour accéder à la carrière où les prisonniers travaillaient et où le film La Liste de Schindler a été tourné.

Je vous en parlerai dans un article distinct car je ne souhaitais pas mélanger le site du camp de concentration et des lieux de tournage abritant des décors créés pour les besoins d’une fiction.

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire du camp de Plaszow, je vous conseille un livre passionnant, témoignage réel d’un homme qui a connu de près l’horreur : La route vers la liberté, de Mietek Pemper. Mietek Pemper était juif, détenu à Plaszow… mais il a aussi été choisi pour devenir le secrétaire particulier du commandant du camp, Amon Göth. Il a participé à l’élaboration de la « Liste de Schindler » et son livre est particulièrement bien écrit et intéressant.

Pour ma part, c’est une visite qui a réveillé mon sens du « devoir de mémoire »… car on réalise l’énorme différence qui peut exister entre des lieux qui font l’objet de travaux de préservation – comme Auschwitz – et des lieux totalement délaissés par les autorités.

Je comprends mieux la nécessité du combat mené, en France par exemple, pour faire poser des plaques et faire connaître des lieux qui risqueraient de s’effacer peu à peu, avec le temps, de la mémoire collective. Après tout, ce n’est qu’en 2017 que la France a inauguré un « Jardin mémorial des enfants du Vél’ d’hiv' » rue Nélaton, à la mémoire des enfants juifs déportés après la rafle du Vél’ d’hiv.

Alors, si vous allez à Cracovie en Pologne, prenez le temps de visiter le camp de Plaszow… Même s’il est moins facile d’accès que d’autres lieux plus aménagés, il vous permettra de mettre des images réelles sur un camp de concentration que les gens connaissent surtout à travers le cinéma.


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4 commentaires sur “Le camp de Plaszow, camp de concentration méconnu au coeur de Cracovie

  • Pierre Grignard

    j’ai été très touché par le film de Spielberg et le simple fait d’imaginer un être humain sous la coupe d’un tortionaire tout puissant me révulse tellement. Je ne peux qu’imaginer la détresse et la souffrance de tous ces gens, quelle barbarie monstrueuse et insoutenable. Je penserai toujours à tous ces êtres humains misérablement humiliés et massacrés par des brutes épaisses …………toujours

    Répondre à Pierre
    • Marlène

      Merci pour le message Pierre. Ce film est poignant et a l’avantage de sensibiliser le grand public à cette histoire, sans le côté trop « historique/scolaire » qui peut rebuter certaines personnes. Quant à la réalité, elle atteint un tel degré de déshumanisation qu’il n’y a même plus de mots dans le dictionnaire pour la décrire avec justesse.

      Répondre à Marlène
  • betrancourt

    bonjour et merci pour ce reportage sur ce camps assez meconnu
    bravo pour cet excellent travail
    recevez mon plus profond respect
    cordialement
    Mr Betrancourt

    Répondre à betrancourt
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