Escale dans le quartier de Podgorze, ancien ghetto juif de Cracovie


Aujourd'hui, je vous emmène dans le quartier de Podgórze, situé au sud-est de la ville de Cracovie en Pologne. A première vue, le nom ne vous dit peut-être rien, je ne l'avais moi-même jamais entendu avant de commencer à préparer mon premier voyage en Pologne. Podgorze est plus connu pour son rôle historique tragique : il a accueilli le ghetto de Cracovie pendant la période nazie.

Je vous recommande vivement de réaliser un "parcours de mémoire" dans les lieux emblématiques du quartier, je vais vous raconter ce qu'on peut y voir. C'est, je trouve, une manière de "donner vie" à des événements dont on a parfois entendu parler de manière très scolaire. Avoir vu les lieux, sur le terrain, y associer des émotions, permet de donner une autre dimension à l'histoire.

On peut s'y rendre facilement depuis le centre-ville de Cracovie par les transports en commun en descendant à l'arrêt "Plac Bohaterow Getta", desservi par les lignes de tram 3, 9, 13, 24 et 69.

Podgorze, l'ancien ghetto juif

Podgorze n'était pas voué à entrer dans l'histoire... et encore moins de cette manière. C'était un quartier sans particularité, sans lien spécifique avec la communauté juive.

A l'époque, le quartier juif de Cracovie s'établissait à Kazimierz, près de la Vieille Ville (Stare Miasto). Les Juifs représentaient un tiers de la population locale, soit plus de 70000 personnes à l'aube de la Seconde Guerre Mondiale.

Quand les nazis ont envahi la Pologne, les Juifs ont, pour certains, commencé à fuir ou opté pour un départ volontaire lorsque cela était encore possible. Puis les déportations massives ont commencé et le gouverneur général de Pologne, Hans Frank, a pris la décision de chasser les Juifs de Kazimierz et de les "parquer" à Podgorze, quartier voisin situé de l'autre côté de la Vistule, le fleuve qui traverse Cracovie.

Il estimait que Kazimierz avait plus de valeur historique et devait donc être "nettoyé" de sa population juive pour être rendu aux citoyens que le régime nazi jugeait "acceptables". Le ghetto a ouvert le 3 mars 1941 et pour vous donner une idée, le gouvernement a réquisitionné les logements occupés par 3000 non-Juifs... pour y loger plus de 45000 personnes pendant toute la durée d'existence du ghetto. Aujourd'hui, si vous allez visiter l'usine d'Oskar Schindler (je vous en parle un peu plus loin), on vous racontera les conditions de vie dans le ghetto, la surpopulation et le manque d'intimité...

Dès le premier printemps du ghetto, on a forcé les Juifs à construire des murs autour du ghetto, comme s'ils s'emmuraient vivants... Pire, ces murs avaient une forme de pierre tombale et utilisaient pour certains de vraies pierres tombales arrachées notamment dans le vieux cimetière juif de Kazimierz.

Aujourd'hui, en allant au niveau du 29 rue Lwowska, on peut voir les vestiges de l'ancien mur du ghetto, pourvus d'une discrète plaque commémorative dans une rue ordinaire…

L'enceinte du ghetto de Cracovie à Podgorze
L'enceinte du ghetto de Cracovie à Podgorze

Place Bohaterow Getta et Apteka pod Orlem, de l'ombre à la lumière

Au fil des mois, les conditions de vie des Juifs (et des quelques Tsiganes également emprisonnés dans le ghetto) se sont durcies, la taille du ghetto s'est réduite, on l'a segmenté en deux (ce que l'on voit dans le film La Liste de Schindler avec, d'un côté, le ghetto A destiné aux personnes aptes à travailler, de l'autre le ghetto B dont on devine le destin...).

La place des héros du ghetto

Le ghetto de Cracovie a existé pendant 2 ans. Sa place principale, qui portait à l'époque le nom de "Zgody", a été à la fois le point de départ des déportations et l'endroit où se nouaient des rencontres et, parfois, des actes de bravoure et de gratitude.

Pour parler d'abord de sa face sombre, il faut comprendre que les nazis n'avaient pas envie que les ghettos perdurent trop longtemps, ils avaient plutôt vocation à être une "solution temporaire" en attendant de disposer d'un moyen efficace de se débarrasser des Juifs.

A Cracovie, les premières liquidations ont lieu en juin et en octobre 1942. Les Juifs sont rassemblés sur la place Zgody et déportés. Ces opérations se déroulent souvent dans la terreur la plus totale pour la population, donnant lieu à des centaines de fusillades sauvages par la police dans les rues mêmes du ghetto... Le ghetto est totalement liquidé en mars 1943, avec plus de 2000 personnes tuées sur-le-champ, 3000 déportées à Auschwitz et 2000 envoyées à Plaszow pour le travail forcé.

La place a longtemps été laissée dans un relatif abandon et n'a été rénovée qu'en 2005. Son nom actuel, "Bohaterow Getta", signifie "héros du ghetto". Elle accueille aujourd'hui des chaises en métal, disposées à intervalle régulier. Elles symbolisent à la fois le départ, l'attente de toutes ces personnes qui devaient abandonner leur vie d'avant en ces lieux… et le non-retour, les chaises étant totalement vides.

Place des héros du ghetto (Bohaterow Getta) à Cracovie en Pologne

J'en ai tiré la même impression que lors de ma visite de Plaszow : la prise en considération de l'histoire tragique de Cracovie est finalement très récente et il reste beaucoup à faire pour la préserver.

La pharmacie de l'Aigle, un lieu de résistance

Parlons maintenant d'une face plus lumineuse, de celles qui ressemblent à un petit rayon de soleil s'efforçant de transpercer un carreau noir de saleté... Donnant sur la place Bohaterow Getta se situait à l'époque la seule pharmacie du ghetto, l'Apteka Pod Orlem (pharmacie de l'Aigle), que l'on peut aujourd'hui visiter.

Le pharmacien, qui était Polonais et non-Juif (donc autorisé à entrer et sortir librement du ghetto) s'efforçait d'apporter un peu de réconfort à la population juive prisonnière en transmettant clandestinement des paquets et des messages.

Je vous raconte cette visite de la pharmacie du ghetto ici, elle est très ludique car on est invité à ouvrir les tiroirs et à s'approprier le lieu à sa guise pour découvrir une foule de témoignages. Bien que le lieu soit petit, il m'a vraiment marquée et j'y ai acheté le livre-témoignage du pharmacien, Tadeusz Pankiewicz, reconnu Juste parmi les nations.

L'Apteka Pod Orlem, pharmacie du ghetto de Cracovie
L'Apteka Pod Orlem, pharmacie du ghetto de Cracovie

Vous pouvez visiter cette pharmacie de 9h à 17h tous les jours sauf le lundi. L'entrée est gratuite le mardi et le prix très abordable les autres jours (l'équivalent de moins de 5 euros). Mieux vaut parler anglais ou polonais, ou utiliser une application de traduction à partir de la caméra de votre téléphone car les documents ne sont pas proposés en français.

L'usine d'Oskar Schindler, un endroit qui m'a surprise

A Podgorze, impossible de passer à côté de la visite de l'usine d'Oskar Schindler. Oui, celui-là même qui a inspiré le film de Steven Spielberg.

Si vous n'avez plus l'histoire en tête, c'était un homme d'affaires allemand, membre du parti nazi, à la tête d'une usine installée à Podgorze et fabricant des batteries de cuisine en émail (la Deutsche Emailwarenfabrik). Il comptait au départ profiter de la guerre pour s'enrichir en exploitant à bon prix la main d'œuvre juive issue du camp de travail forcé de Plaszow... En découvrant les conditions de vie atroces des Juifs et les exactions commises par les nazis, Schindler a lancé l'une des plus belles opérations de sauvetage et de résistance du conflit, sauvant la vie de plus de 1100 travailleurs.

Le film de Spielberg simplifie forcément un peu l'histoire, je vous conseille de lire La Liste de Schindler de Thomas Keneally et La route vers la liberté de Mietek Pemper (lequel a contribué à l'élaboration de la fameuse liste).

L'usine peut aujourd'hui se visiter et a été pour moi une grande surprise car je m'étais peu renseignée avant sur ce que l'on y trouvait. Assez naïvement, je m'attendais donc à visiter un bâtiment industriel ayant produit des batteries de cuisine en émail et des munitions pendant la guerre. Eh bien, pas du tout ! Les premières salles m'ont plongée dans une perplexité totale jusqu'à ce que je comprenne qu'en fait, l'édifice accueillait aujourd'hui un musée qui retrace la vie des habitants de Cracovie autour de la Seconde Guerre Mondiale.

La muséographie est sublime, immersive, il y a bien sûr une partie sur Oskar Schindler mais on découvre surtout les conditions de vie, l'arrivée au pouvoir des nazis et son impact, le ghetto, etc.

Le musée est ouvert de 9h à 20h les vendredis, samedis et dimanches, de 9h à 19h les mardis, mercredis et jeudis et de 10h à 14h seulement le lundi. Il est fermé le premier mardi du mois. Vous pouvez acheter vos billets à l'avance ou réserver une visite en français du ghetto et de l'usine pour avoir un panorama complet du quartier de Podgorze.

Le ghetto juif de Podgorze représenté dans l'usine de Schindler
Le ghetto juif de Podgorze représenté dans l'usine de Schindler

Podgorze et le camp de Plaszow aujourd'hui

Le quartier englobe d'autres lieux intéressants à voir, notamment un vaste poumon vert avec 3 endroits clés :

  • Le tumulus Krakus, un étonnant mont qui permet de profiter d'une belle vue sur Cracovie et dont l'accès est gratuit. Le nom "Podgorze" signifie d'ailleurs "au pied de la colline".
  • Une ancienne carrière de pierre qui a servi de lieu de tournage à La Liste de Schindler (et dont je vous parle plus en détail dans cet article).
  • L'ancien camp de travail forcé de Plaszow.

J'ai consacré un article approfondi au camp de Plaszow et, de manière très subjective, la visite du camp m'avait profondément choquée. Non pas par ce que l'on y voyait... mais plutôt par le degré d'abandon du lieu, où les habitants venaient promener leur chien au milieu des vestiges d'un camp où plusieurs dizaines de milliers de prisonniers avaient vécu l'horreur et où plusieurs milliers au moins avaient été fusillés… Un endroit qui, quand je l'ai visité pour la première fois, n'était presque pas expliqué. Il fallait se débrouiller pour comprendre.

Depuis, un projet de musée (KL Plaszow Museum) a été mis sur pied et quelques agences locales se sont décidées à proposer des visites guidées des vestiges du camp à un prix abordable, ce qui me ravit au plus haut point. Enfin, on se bouge pour que le lieu ne continue pas à se dégrader sans témoins !

Force est de reconnaître que ça arrive très tard, trop tard à mon avis car beaucoup d'endroits ont été endommagés. Mais c'est "mieux que rien", malgré tout, et je ne peux que vous conseiller d'aller découvrir le camp.

Vestiges de tombes à Plaszow
Vestiges de tombes à Plaszow

Podgorze, un quartier qui peine à se relever

La première image que j'ai eue de Podgorze, depuis l'autre rive de la Vistule, est celle ci-dessous. Un quartier gris... contrastant tristement avec le charme coloré de Kazimierz, le quartier juif historique...

Le quartier de Podgorze à Cracovie

Podgorze n'a pas encore bénéficié du renouveau artistique et touristique dont a pu profiter Kazimierz. La rue Jozefinska, qui était autrefois au cœur du quartier (et a, pendant la guerre, accueilli la "police juive" qui faisait régner l'ordre à l'intérieur du ghetto), paraît profondément délabrée aujourd'hui. On sent pourtant un potentiel incroyable derrière la belle architecture de certaines rues du quartier.

Architecture de Podgorze - Rue Celna
Architecture de Podgorze - Rue Celna

Néanmoins, le gouvernement a commencé à investir à Podgorze. Je l'ai mentionné avec la rénovation de la place Bohaterow Getta... mais il y a aussi eu l'ouverture en 2011 d'un musée d'art contemporain très sympa, le MOCAK (ouvert de 11h à 19h tous les jours sauf le lundi).

Bon plan - Si vous visitez plusieurs musées et lieux clés de Cracovie dont l'usine de Schindler, la pharmacie de l'Aigle (Apteka pod Orlem) et le MOCAK, vous pouvez vous pencher sur la Krakow Card, une carte touristique qui inclut une entrée gratuite dans une quarantaine de monuments et attractions.

Par ailleurs, en 2010, un pont piéton (Kładka Ojca Bernatka) a été inauguré pour passer facilement de Kazimierz à Podgorze à pied. L'objectif est de "désenclaver" le quartier de Podgorze et lui permettre de bénéficier un peu des retombées du tourisme à Cracovie (le film de Spielberg ayant surtout été tourné à Kazimierz qui lui convenait davantage visuellement, c'est Kazimierz qui a profité en premier lieu des retombées liées à son succès).

Le pont est rapidement devenu un "pont des amoureux", les couples y accrochant des cadenas puis jetant la clé dans la Vistule.

Le pont piéton entre Kazimierz et Podgorze à Cracovie
Le pont piéton entre Kazimierz et Podgorze à Cracovie

On y trouve aussi des sculptures sportives.

Le pont piéton entre Kazimierz et Podgorze à Cracovie
Le pont piéton entre Kazimierz et Podgorze à Cracovie

Le pont est critiqué par certains habitants de Cracovie, qui estiment qu'il fait double emploi avec un pont voisin disposant déjà d'une voie piétonne... et que l'argent aurait dû servir à rénover les rues. Un sentiment que je peux comprendre en voyant l'état général de Podgorze.

Il y a néanmoins quelques restos sympa comme Mr Lobster, Mazi ou le Bacchus Café pour en citer quelques-uns, des cafés comme le Tworzywo qui sont agréables pour faire une pause... et des bars appréciés comme le Salute! et le Spoko.

Pour finir, vous pouvez profiter d'être à Podgorze pour jeter un œil à l'église St Joseph, qui est récente (début du 20e siècle) mais bien reconnaissable dans la skyline de Cracovie !

L'église St Joseph de Cracovie

Si l'on vient souvent à Kazimierz pour son ambiance, son street art et ses cafés autant que pour son histoire… j'ai l'impression que l'on va surtout à Podgorze pour son histoire. Les prix sont en tout cas très abordables ce qui permet d'effectuer beaucoup de visites sans se priver. J'espère que le quartier pourra lui aussi bénéficier d'un renouveau pour que, sans oublier le passé, l'ambiance s'y tourne davantage vers l'avenir !

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Marlène Viancin

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