Aujourd'hui, je vous emmène dans le quartier de Podgorze, au sud de Cracovie, un lieu marqué par l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et par la mémoire du ghetto juif. C'est un quartier que l'on traverse rarement par hasard, mais qui mérite vraiment une visite si vous vous intéressez à l'histoire de la ville, à la Shoah et aux lieux de mémoire.
Vous y trouverez les vestiges de l'ancien ghetto de Cracovie, la place des Héros du ghetto, la pharmacie de l'Aigle, mais aussi, dans le secteur voisin de Zablocie, l'usine d'Oskar Schindler. Selon le temps dont vous disposez, vous pouvez aussi prolonger ce parcours vers le site du camp de Plaszow, le tumulus Krakus ou le MOCAK.
Dans cet article, je vous propose un véritable itinéraire autour de Podgorze, avec toutes les informations pratiques pour organiser votre visite, comprendre ce que vous voyez et faire des choix en fonction de votre temps sur place.
- Prévoyez au minimum une demi-journée à Podgorze si vous combinez place Bohaterow Getta, pharmacie de l'Aigle et usine Schindler.
- Descendez au tram à l'arrêt Plac Bohaterow Getta pour démarrer facilement votre parcours dans l'ancien ghetto.
- Réservez vos billets pour l'usine d'Oskar Schindler à l'avance, surtout en haute saison, les créneaux partent vite.
- Pour une approche approfondie, complétez la visite de Podgorze par une visite guidée de Plaszow ou une visite générale sur la Seconde Guerre mondiale.
- Emportez des chaussures confortables et un vêtement adapté : la visite se fait beaucoup à pied et certains lieux (Plaszow, tumulus Krakus) sont en plein air.
- Comment aller à Podgorze et organiser votre itinéraire ?
- Podgorze, l'ancien ghetto juif de Cracovie
- Place des Héros du ghetto et pharmacie de l'Aigle, de l'ombre à la lumière
- L'usine d'Oskar Schindler, une visite immersive sur Cracovie en guerre
- Podgorze et le camp de Plaszow aujourd'hui
- Podgorze, un quartier qui se reconstruit lentement
- Le Mémo du Voyageur pour visiter Podgorze à Cracovie
Comment aller à Podgorze et organiser votre itinéraire ?
Podgorze est très facile d'accès depuis le centre de Cracovie et peut se visiter en autonomie ou en visite guidée, selon le niveau de contexte que vous recherchez.
Pour aller à Podgorze depuis le centre de Cracovie, le plus simple est de prendre le tram jusqu'à l'arrêt Plac Bohaterow Getta. Il est desservi (en 2026) par plusieurs lignes de tram, notamment les lignes 3, 9, 13, 24 et 69. Le trajet depuis la vieille ville dure en général moins de 15 minutes. À partir de cette place, vous pouvez explorer à pied la plupart des lieux clés de l'ancien ghetto, puis prolonger la visite vers Zablocie, où se trouvent notamment l'usine Schindler et le MOCAK.
Pour préparer votre visite, vous pouvez :
- Suivre un parcours libre en reliant simplement les lieux de mémoire les uns aux autres.
- Choisir une visite guidée en français du ghetto juif, idéale si vous voulez comprendre en 1 heure l'histoire du quartier à travers la place Bohaterow Getta et les vestiges du mur d'enceinte.
- Opter pour une visite guidée plus complète qui couvre à la fois le ghetto, la place Bohaterow Getta et l'usine Schindler.
- Revenir un autre jour pour approfondir la visite du camp de Plaszow, qui demande un peu plus de temps et d'énergie émotionnelle.
| Quand choisir cette option ? | Option de visite de Podgorze | Temps à prévoir | Niveau de contexte historique | Budget indicatif |
|---|---|---|---|---|
| Si vous aimez organiser votre visite à votre rythme et prendre le temps d'observer les lieux. | Parcours libre à pied depuis Plac Bohaterow Getta (place + pharmacie + mur du ghetto), avec possibilité de prolonger vers Zablocie pour visiter l'usine Schindler et le MOCAK. | Entre 3 et 5 heures selon votre rythme et les visites choisies. | Moyen à bon : vous découvrez les lieux par vous-même, avec des panneaux explicatifs et éventuellement un peu de préparation en amont. | Abordable : ~5€ pour la pharmacie, ~14€ pour l'usine Schindler ~7€ pour le MOCAK. |
| Si vous voulez un bon niveau d'explication sans consacrer une demi-journée entière à la visite. | Visite guidée à pied du ghetto juif, centrée sur les principaux lieux de mémoire comme la place Bohaterow Getta et les vestiges du mur du ghetto. | Environ 1 heure. | Bon : vous bénéficiez d'un cadre historique clair et d'explications ciblées sur le ghetto. | Budget abordable : autour de ~15€ par personne selon la date. |
| Si vous souhaitez une compréhension structurée et contextualisée de l'histoire du ghetto et de Cracovie pendant la guerre. | Visite guidée du ghetto de Podgorze avec l'usine Schindler. | Environ 3 heures de visite guidée, parfois un peu plus. | Élevé : explications détaillées, contexte historique, anecdotes et possibilité de poser vos questions. | Budget élevé : comptez environ 50 euros par personne selon la formule. |
| Si vous voulez approfondir la dimension mémoire et comprendre le système concentrationnaire autour de Cracovie. | Visite guidée du camp de Plaszow, en complément du parcours à Podgorze. | Une grosse demi-journée dont 2h à Plaszow. | Variable : éclairage approfondi sur le camp, son fonctionnement et son état actuel. | Budget ~25€ pour la visite guidée de Plaszow, gratuit sans guide + prix selon programme |
À retenir Les trams à Cracovie fonctionnent bien et sont ponctuels. Validez bien votre ticket à bord et prévoyez une application (Jakdojade, par exemple) pour suivre les arrêts. Descendre à Plac Bohaterow Getta est le moyen le plus simple de commencer un parcours de mémoire à Podgorze.
Podgorze, l'ancien ghetto juif de Cracovie
Podgorze était à l'origine un quartier ordinaire, sans lien particulier avec la communauté juive, avant de devenir le site du ghetto de Cracovie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Podgorze n'était pas voué à entrer dans l'histoire... et encore moins de cette manière. C'était un quartier sans particularité majeure, situé de l'autre côté de la Vistule, au sud de la vieille ville. Avant la guerre, le quartier juif de Cracovie se trouvait à Kazimierz, juste à côté du centre historique (Stare Miasto). Les Juifs représentaient alors environ un tiers de la population locale, soit plus de 70000 personnes à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.
Lorsque les nazis envahissent la Pologne, certains Juifs parviennent à fuir ou à partir avant que la situation ne se durcisse totalement. Puis les déportations massives commencent. Le gouverneur général de Pologne, Hans Frank, décide alors de chasser les Juifs de Kazimierz et de les "parquer" à Podgorze, un quartier voisin séparé du centre-ville par la Vistule.
Kazimierz, jugé plus "précieux" sur le plan historique, doit être selon la logique nazie "nettoyé" de sa population juive pour être "rendu" à ceux que le régime considère comme "acceptables". Le ghetto ouvre officiellement le 3 mars 1941. Pour vous donner un ordre d'idée, l'administration réquisitionne des logements occupés par environ 3000 non-Juifs... pour y loger plus de 45000 personnes pendant toute la durée d'existence du ghetto. La surpopulation et le manque d'intimité sont extrêmes.
Si vous allez visiter l'usine d'Oskar Schindler (je vous en parle un peu plus loin), on vous raconte en détail les conditions de vie dans le ghetto, de la nourriture aux restrictions de circulation.
Dès le premier printemps, les autorités nazies forcent les habitants du ghetto à construire des murs tout autour, comme s'ils s'emmuraient vivants. Le symbole va encore plus loin : les murs reprennent la forme de pierres tombales, et certaines sont effectivement bâties à partir de pierres tombales arrachées, notamment dans le vieux cimetière juif de Kazimierz.
Aujourd'hui, au niveau du 29 rue Lwowska, vous pouvez voir les vestiges de l'ancien mur du ghetto. C'est un mur étonnamment discret, avec une plaque commémorative sobre, dans une rue qui ressemble à n'importe quelle autre. Ce contraste entre l'ordinaire du décor et le poids de l'histoire m'a marquée.
- Repérez bien l'adresse ul. Lwowska 29 avant de partir, car le vestige du mur du ghetto peut facilement passer inaperçu si vous ne savez pas ce que vous cherchez.
- Combinez la visite du mur avec la place Bohaterow Getta toute proche pour mieux comprendre l'organisation du ghetto.

Place des Héros du ghetto et pharmacie de l'Aigle, de l'ombre à la lumière
La place des Héros du ghetto (Bohaterow Getta) et la pharmacie de l'Aigle (Apteka pod Orlem) sont le cœur symbolique de l'ancien ghetto de Cracovie, entre déportations, actes de résistance et mémoire.
Au fil des mois, les conditions de vie dans le ghetto se durcissent. Le périmètre se réduit, on le segmente en deux parties (ce que l'on voit dans le film La Liste de Schindler) : d'un côté, le ghetto A, destiné aux personnes jugées aptes au travail ; de l'autre, le ghetto B, où l'on devine rapidement que les habitants sont voués à une issue tragique. Quelques familles roms (Tsiganes) sont également enfermées dans le ghetto.
La place des Héros du ghetto, un espace de départ et d'attente
La place Bohaterow Getta (anciennement place Zgody) est aujourd'hui le principal lieu de mémoire du ghetto de Cracovie, associée à la fois aux déportations et aux gestes d'entraide.
Le ghetto a existé pendant environ 2 ans. Sa place principale, qui portait alors le nom de "Zgody", est le théâtre des grandes rafles et des départs vers les camps. C'est ici que les habitants du ghetto sont rassemblés avant les déportations, dans une atmosphère de terreur et de chaos.
Les nazis n'ont jamais eu l'intention de faire des ghettos des solutions durables. Ils les envisagent comme une étape temporaire avant de trouver un moyen de se débarrasser des Juifs de manière industrielle. À Cracovie, les premières liquidations ont lieu en juin et en octobre 1942. Les Juifs sont rassemblés sur la place Zgody, triés et déportés. Ces opérations donnent lieu à des fusillades sauvages dans les rues mêmes du ghetto, faisant des centaines de victimes.
Le ghetto est totalement liquidé en mars 1943 : plus de 2000 personnes sont tuées sur place, 3000 sont déportées à Auschwitz et environ 2000 sont envoyées dans le camp de travail de Plaszow.
La place elle-même restera longtemps dans un état assez quelconque. Ce n'est qu'en 2005 qu'elle est rénovée et qu'on lui donne son nom actuel, "Bohaterow Getta", la place des Héros du ghetto. Aujourd'hui, ce vaste espace pavé accueille une installation artistique très forte : des chaises en métal, disposées à intervalles réguliers.
Ces chaises symbolisent à la fois les départs, les attentes interminables, l'obligation d'abandonner sa vie d'avant en ce lieu... et le non-retour. Les chaises sont vides, comme les appartements laissés derrière, comme les vies fauchées.

Lors de ma première visite, j'en ai tiré la même impression que celle ressentie à Plaszow : la prise en compte de cette histoire tragique est relativement récente et il reste encore du chemin à parcourir pour préserver les lieux et les expliquer pleinement.
La pharmacie de l'Aigle, un lieu de résistance discret
L'Apteka Pod Orlem, la pharmacie de l'Aigle, est un petit musée mais un lieu de mémoire très fort, où l'on découvre des actes de résistance et d'entraide au cœur du ghetto.
Sur la place Bohaterow Getta se trouvait la seule pharmacie du ghetto, l'Apteka Pod Orlem, que vous pouvez aujourd'hui visiter.
À l'époque, le pharmacien, Tadeusz Pankiewicz, est polonais et non juif. Il est donc autorisé à entrer et sortir librement du ghetto, ce qui lui offre une marge de manœuvre qu'il utilise pour aider la population enfermée.
Il transmet clandestinement des médicaments, des paquets, des messages, et devient un soutien discret mais essentiel pour de nombreux habitants. Après la guerre, il racontera son expérience dans un livre-témoignage.
Je vous raconte cette visite en détail dans un autre article : visiter la pharmacie du ghetto à Cracovie. La scénographie est assez ludique : on vous invite à ouvrir des tiroirs, à fouiller dans des boîtes, à découvrir des témoignages, des photos, des lettres. Malgré la petite taille du lieu, j'ai trouvé la visite très marquante. J'y ai d'ailleurs acheté le livre de Tadeusz Pankiewicz, reconnu comme Juste parmi les nations.

Infos pratiques Apteka Pod Orlem 2026 :
- Horaires indicatifs : la pharmacie est généralement ouverte en journée du mercredi au dimanche. L'amplitude varie selon les saisons, mais comptez en moyenne 9h-17h.
- Tarifs : l'entrée reste très abordable, autour de l'équivalent de quelques euros par adulte, et certains jours (souvent un jour de semaine) l'entrée est gratuite pour tous.
- Langues : la majorité des documents sont en polonais ou en anglais. Prévoyez une application de traduction via la caméra si vous préférez lire en français.
L'usine d'Oskar Schindler, une visite immersive sur Cracovie en guerre
Parmi les visites que l'on associe souvent à Podgorze, l'usine d'Oskar Schindler occupe une place à part. Située à deux pas de l'ancien ghetto, dans le secteur de Zablocie, elle s'intègre très naturellement à un parcours de mémoire dans cette partie de Cracovie. Ce n'est pas seulement un décor de film ou un lieu historique : c'est aujourd'hui un musée immersif consacré à la vie des habitants de Cracovie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il s'agit bien du même Oskar Schindler qui a inspiré le film de Steven Spielberg. Si vous n'avez plus tous les détails en tête, Oskar Schindler est un homme d'affaires allemand, membre du parti nazi, à la tête de la Deutsche Emailwarenfabrik, une usine d'ustensiles en émail installée dans ce secteur au sud de la Vistule.
Au départ, il compte surtout profiter de la guerre pour s'enrichir, en exploitant à moindre coût la main-d'œuvre juive issue du camp de travail de Plaszow. En découvrant progressivement les conditions de vie atroces des Juifs et la violence des exactions nazies, Schindler change d'attitude et met en place une vaste opération de sauvetage. Il parvient à sauver la vie de plus de 1000 travailleurs juifs en les faisant "protéger" par le statut de ses employés essentiels à la production de guerre.
Le film de Spielberg simplifie forcément certains aspects. Si le sujet vous intéresse, je vous conseille la lecture de La Liste de Schindler de Thomas Keneally et de La route vers la liberté de Mietek Pemper, qui a lui-même contribué à l'élaboration de la fameuse "liste".

L'usine se visite aujourd'hui en tant que musée sur la ville de Cracovie pendant l'occupation. Lors de ma première visite, j'avoue avoir été surprise : je m'attendais à un bâtiment industriel assez classique, avec quelques machines, des bureaux, éventuellement quelques documents d'époque. En réalité, les premières salles m'ont plongée dans une sorte de perplexité, avant que je comprenne que l'on se trouvait dans un musée d'histoire urbaine immersive.
Le musée retrace la vie des habitants de Cracovie entre l'avant-guerre et l'après-guerre, en passant par :
- L'arrivée au pouvoir des nazis et les premières mesures d'exclusion.
- La création et la vie quotidienne dans le ghetto.
- L'occupation de la ville, la propagande, la résistance.
- Le rôle d'Oskar Schindler et les trajectoires de certains de ses employés.
La muséographie est soignée, parfois très immersive : décors reconstitués, sons d'époque, photographies, documents. Il y a bien sûr une partie dédiée directement à Schindler, mais ce n'est pas le seul focus du musée. C'est à mon sens une visite essentielle pour comprendre tout ce que vous voyez ensuite à Podgorze, à Plaszow ou à Auschwitz.

Infos pratiques usine Schindler 2026 :
- Horaires courants : le musée a généralement des horaires étendus, souvent de 9h à 20h, et un créneau plus court le lundi (10h-15h). Il est souvent fermé un jour fixe par mois (traditionnellement le premier mardi, mais vérifiez avant votre visite).
- Billets : les créneaux d'entrée sont fréquemment complet en haute saison. Je vous recommande de réserver vos billets à l'avance : soit un billet sec sur le site officiel , soit une visite guidée en français du ghetto et de l'usine : visite guidée de l'usine et du ghetto ;
- Tarifs : les tarifs restent abordables par rapport à d'autres grandes villes européennes, autour de ~14€ par adulte pour le billet seul, avec des réductions pour les titulaires de la Krakow Card qui inclut transports illimités et une entrée gratuite le lundi.
- Prévoyez au moins 2 heures sur place : le parcours est dense, il serait dommage de le faire au pas de course.
- Si vous voyagez avec des enfants ou des ados, préparez-les à l'ambiance sombre de certaines salles, même si le musée reste accessible.
- Réservez les visites guidées en français suffisamment en amont, surtout en période de vacances scolaires.
Podgorze et le camp de Plaszow aujourd'hui
Autour du quartier de Podgorze, plusieurs lieux de mémoire et de promenade se répondent : le tumulus Krakus, une ancienne carrière de pierre et le site du camp de Plaszow.
Trois lieux qui permettent de prolonger le parcours :
- Le tumulus Krakus, un étonnant mont artificiel qui offre une belle vue sur Cracovie. L'accès est gratuit et permet de prendre un peu de distance après des visites chargées émotionnellement.
- Une ancienne carrière de pierre, dont le paysage très particulier a servi de lieu de tournage à certaines scènes de La Liste de Schindler. Je vous en parle plus en détail dans l'article dédié aux lieux de tournage de La Liste de Schindler.
- L'ancien camp de travail forcé de Plaszow, qui a servi aussi de camp de concentration et de lieu d'exécutions.
J'ai consacré un article approfondi au camp de Plaszow. D'un point de vue très personnel, la visite du camp m'a profondément choquée, non pas tant par ce que l'on y voyait que par ce que l'on n'y voyait pas. Lors de ma première visite, le lieu m'a semblé dans un état d'abandon frappant : des habitants venaient promener leur chien au milieu des vestiges, là où plusieurs dizaines de milliers de prisonniers avaient vécu l'horreur et où plusieurs milliers de personnes avaient été exécutées.
À l'époque, il y avait très peu de panneaux explicatifs. Il fallait presque se débrouiller seul pour comprendre ce que l'on avait sous les yeux. Cette absence de médiation m'avait beaucoup interrogée.
Depuis, les choses évoluent heureusement dans un meilleur sens. Un musée KL Plaszow a été lancé pour structurer le site, améliorer la signalétique, conserver ce qui peut l'être encore et mieux expliquer l'histoire du camp. Quelques agences locales proposent désormais des visites guidées des vestiges du camp à un prix abordable, ce dont je me réjouis vraiment.

Il faut reconnaître que ce projet arrive tard, trop tard à certains égards, car beaucoup d'éléments ont déjà été endommagés ou ont disparu. Mais c'est malgré tout mieux que rien, et je vous encourage à découvrir le site si vous vous intéressez à l'histoire de la Shoah et aux lieux de mémoire.
- Visitez Plaszow de préférence avec un guide si vous le pouvez : le site reste assez nu et les explications humaines font vraiment la différence.
- Prévoyez des chaussures adaptées : il s'agit d'un vaste espace vert, avec des chemins parfois irréguliers.
- Si vous êtes déjà allé à Auschwitz-Birkenau, Plaszow offre un autre regard, plus diffus, sur le système concentrationnaire autour de Cracovie.
Podgorze, un quartier qui se reconstruit lentement
Podgorze reste aujourd'hui un quartier contrasté : marqué par son passé, encore un peu à l'écart du tourisme de masse, mais où l'on devine un potentiel important et quelques signes de renouveau.
La première image que j'ai eue de Podgorze, depuis l'autre rive de la Vistule, est celle-ci : un quartier gris, aux façades parfois abîmées, contrastant avec les façades colorées de Kazimierz, le quartier juif historique.

Podgorze n'a pas encore profité d'un renouveau artistique et touristique aussi marqué que Kazimierz. La rue Jozefinska, qui était autrefois l'une des artères principales du quartier (et qui a hébergé pendant la guerre le siège de la "police juive" chargée de maintenir l'ordre dans le ghetto), paraît aujourd'hui assez délabrée. Pourtant, quand on lève les yeux, on voit bien le potentiel caché derrière certaines façades, témoins d'une belle architecture d'avant-guerre.

Les pouvoirs publics commencent toutefois à investir davantage à Podgorze et ses abords. Je l'ai mentionné avec la rénovation récente de la place Bohaterow Getta. On peut aussi citer l'ouverture en 2011 du MOCAK, le musée d'art contemporain de Cracovie, juste à côté de l'usine Schindler. Le MOCAK propose des expositions souvent accessibles, avec un mélange d'art polonais et international, et vaut la visite si vous aimez l'art contemporain ou si vous avez besoin d'un moment plus léger dans votre journée.
Le MOCAK est en général ouvert de 11h à 19h, tous les jours sauf le lundi, mais je vous recommande de vérifier les horaires à jour avant de vous y rendre, car ils peuvent varier selon les saisons ou les expositions.
Le pont piéton entre Kazimierz et Podgorze
Le pont piéton Kładka Ojca Bernatka relie directement Kazimierz et Podgorze et symbolise à sa manière la volonté de mieux connecter les deux quartiers.
En 2010, ce pont piéton a été inauguré sur la Vistule pour faciliter le passage entre Kazimierz et Podgorze à pied ou à vélo. L'objectif est clair : désenclaver Podgorze et lui permettre de bénéficier un peu plus des retombées du tourisme, très concentrées autour de Kazimierz et de la vieille ville. Le film de Spielberg ayant été principalement tourné à Kazimierz pour des raisons esthétiques, c'est ce quartier qui a d'abord profité du regain d'intérêt mondial pour l'histoire juive de Cracovie.
Le pont est rapidement devenu un pont des amoureux, comme on en voit dans d'autres grandes villes : les couples y accrochent des cadenas, puis jettent symboliquement la clé dans la Vistule. On y trouve aussi des sculptures sportives, suspendues dans les airs, qui donnent un côté presque aérien à certains points de vue.



Le pont ne fait pas l'unanimité à Cracovie : certains habitants estiment qu'il fait double emploi avec un autre pont voisin qui dispose déjà d'une voie piétonne, et que l'argent aurait pu être investi dans la rénovation de certaines rues de Podgorze. C'est un ressenti que je peux comprendre en voyant l'état général du quartier, même si, pour le visiteur, ce pont rend les déplacements entre Kazimierz et Podgorze particulièrement agréables.
Où manger et faire une pause à Podgorze
Même si l'on vient d'abord à Podgorze pour son histoire, il est agréable d'y faire une pause dans un café ou un restaurant, entre deux visites.
Le quartier compte quelques restaurants sympathiques comme Mr Lobster, Mazi ou le Bacchus Grill, où vous pouvez faire une pause déjeuner ou dîner sans exploser votre budget. Les prix restent en général plus doux que dans beaucoup de capitales européennes, ce qui permet de vous faire plaisir avec un plat ou un dessert sans trop compter.
Pour une pause café, le Tworzywo est un endroit agréable, bien adapté si vous avez besoin de souffler un peu. Le soir, le coin compte également des bars appréciés comme le Salute! (côté Zablocie) ou le Spoko (côté Podgorze), fréquentés autant par des locaux que par des visiteurs curieux.
L'église Saint-Joseph, repère dans la skyline de Podgorze
Pour terminer votre visite sur une note plus architecturale, vous pouvez faire un détour par l'église Saint-Joseph, qui domine la place Podgorski et se repère facilement depuis les bords de la Vistule.
Il s'agit d'une église relativement récente (début du 20e siècle), mais son style néo-gothique, avec sa haute flèche et sa façade richement décorée, en fait un repère visuel fort dans le paysage de Podgorze.

Si l'on vient souvent à Kazimierz autant pour son ambiance, son street art et ses cafés que pour son histoire, j'ai le sentiment que l'on va surtout à Podgorze pour son histoire et ses lieux de mémoire. Les prix des visites restent globalement accessibles, ce qui permet de multiplier les découvertes sans se ruiner.
J'espère, pour ma part, que le quartier pourra progressivement bénéficier d'un renouveau plus large : une restauration plus poussée de ses façades, davantage de lieux culturels et de médiation historique. L'enjeu est de taille : garder vivante la mémoire du ghetto et du camp de Plaszow, tout en permettant aux habitants d'aujourd'hui de vivre dans un quartier plus harmonieux, tourné vers l'avenir.
Le Mémo du Voyageur pour visiter Podgorze à Cracovie
Avant de vous lancer, voici quelques repères concrets pour organiser votre visite de Podgorze.
Pour conclure, Podgorze est un quartier sobre mais intéressant, qui permet de comprendre une part essentielle de l'histoire de Cracovie. Entre la place Bohaterow Getta, l'Apteka Pod Orlem, l'usine Schindler et le camp de Plaszow, vous avez là un parcours de mémoire dense, à adapter au temps dont vous disposez. En prenant le temps de vous y rendre, vous donnez aussi un sens particulier à votre voyage en Pologne : celui d'une rencontre avec des lieux qui, longtemps, sont restés dans l'ombre.