Visiter le camp de Płaszów à Cracovie, un camp de concentration méconnu


Le camp de concentration de Płaszów, au sud-est de Cracovie, reste l'un des lieux les plus méconnus liés à la Shoah en Pologne. Pourtant, son histoire est intimement liée à celle de la ville, du ghetto juif de Podgórze et de la figure d'Oskar Schindler. Aujourd'hui, le site est devenu un vaste terrain vallonné, presque sans bâtiments, où l'on devine les traces du camp parmi les herbes et les sentiers.

Situé dans le quartier de Podgórze, à environ 3 km du centre historique de Cracovie, le site est aujourd'hui accessible librement et constitue un lieu de mémoire à ciel ouvert.

Dans cet article, je vous propose un guide complet pour visiter le camp de Płaszów depuis Cracovie : contexte historique, principaux lieux à voir, itinéraire de visite, visites guidées, informations pratiques actualisées et nouveau musée KL Plaszow.

  • Płaszów est un ancien camp de travail puis camp de concentration nazi, situé au sud-est de Cracovie, dont il ne subsiste aujourd'hui quasiment que des ruines et des monuments.
  • La visite est forte et déroutante : on marche dans un grand espace vert, sans presque aucun bâtiment, où la mémoire repose surtout sur quelques stèles et sur ce que l'on sait du lieu.
  • Pour bien comprendre ce que vous voyez, il est fortement recommandé de préparer votre visite (lecture, plans, repères) ou de participer à une visite guidée en petit groupe.
  • L'accès au site reste libre et gratuit, mais le projet de musée KL Plaszow a franchi une étape importante en 2024 avec l'ouverture d'une exposition de plein air : de nouveaux panneaux, chemins et dispositifs pédagogiques ont été installés.
  • Le projet muséal complet reste néanmoins encore en cours.
  • Depuis Cracovie, on rejoint facilement Płaszów en tram ou en bus en moins de 30 minutes, puis à pied par la rue Jerozolimska, ancienne "rue des SS".
  • Si vous prévoyez aussi une visite d'Auschwitz-Birkenau, Płaszów offre un regard complémentaire : un camp beaucoup moins "muséifié", qui interroge la façon dont on préserve la mémoire.

Comprendre le camp de Płaszów avant de le visiter

Płaszów est un ancien camp de travail forcé puis camp de concentration nazi, construit sur deux cimetières juifs de Cracovie, qui a fonctionné principalement entre 1942 et 1945. On estime qu'environ 35 000 personnes ont été détenues à Płaszów. Plusieurs milliers y ont été assassinées ; le musée KL Plaszow évoque environ 5 000 à 6 000 morts dans le camp.

Le camp de Płaszów fait partie des premières images qui me restent de Cracovie… car on en distinguait nettement les vestiges depuis le ciel quand mon avion a survolé la ville. Vu d'en haut, le terrain dessine encore les contours de ce qui fut un camp de concentration : barbelés, baraquements, place d'appel (Appellplatz), fosses communes. Vu du sol, en revanche, c'est un lieu qui demande à être "déchiffré".

L'Appellplatz du camp de Plaszow vue d'avion
L'Appellplatz du camp de Plaszow vue d'avion

Aujourd'hui, Płaszów reste un lieu de mémoire beaucoup moins structuré qu'Auschwitz-Birkenau : pas de rangées de baraquements conservés, pas de parcours de visite entièrement structuré comme dans un musée classique, même si des panneaux et des points de repère ont été progressivement installés. On marche dans un grand espace vert, traversé de chemins de terre, ponctué de quelques monuments. C'est à la fois ce qui fait la force de la visite - on perçoit la disparition presque complète du camp - et ce qui la rend difficile sans préparation.

Płaszów : d'un quartier de Cracovie à un camp de concentration

À l'origine, Płaszów est un quartier du sud-est de Cracovie, en Pologne, où se trouvent deux anciens cimetières juifs. Fin 1942, les nazis décident d'y implanter un camp de travaux forcés, avant de le transformer, en 1944, en camp de concentration.

Le camp est alors une vaste enceinte, entourée d'environ 4 km de barbelés et surveillée par 13 miradors. Il se structure peu à peu autour de plusieurs zones :

  • Un camp pour hommes, avec son Appellplatz (place d'appel), ses baraquements et ses latrines.
  • Un camp pour femmes.
  • Un secteur pour les prisonniers polonais dits "récalcitrants".
  • Des ateliers et des zones de travail : carrières de pierre, usines d'armement de Cracovie et de la région.

Les détenus sont soumis à un régime de travail exténuant, dans des conditions sanitaires catastrophiques. Comme dans beaucoup d'autres camps de travail nazis, les épidémies de typhus et la sous-alimentation font des ravages. Si Płaszów n'est pas officiellement un camp d'extermination, une partie des prisonniers y meurent d'épuisement, de maltraitances et de fusillades. Les autres sont souvent déportés vers les camps d'extermination comme Belzec ou Auschwitz-Birkenau.

Le camp de concentration de Plaszow sous le Troisième Reich
Le camp de concentration de Plaszow sous le Troisième Reich

Le camp de concentration de Plaszow sous le Troisième Reich

Le lien entre Oskar Schindler et le camp de Płaszów

Pour beaucoup de visiteurs, Płaszów est associé à la figure d'Oskar Schindler, dont l'histoire a été popularisée par le film "La Liste de Schindler".

Dans le contexte de l'occupation, plusieurs centaines de prisonniers du camp de Płaszów travaillent pour l'industriel Oskar Schindler, qui possède une usine d'ustensiles en émail à proximité (l'usine de Schindler est aujourd'hui un musée à Cracovie).

Au départ, Schindler cherche surtout une main-d'œuvre captive et bon marché. Il découvre peu à peu la réalité du camp et les violences que subissent ses ouvriers : exécutions sommaires, punitions arbitraires, faim permanente. Il va alors mettre sur pied une opération de sauvetage en établissant une liste de travailleurs "indispensables" à son usine, ce qui permettra à environ un millier de Juifs de survivre.

Parmi eux, Mietek Pemper, déporté à Płaszów et secrétaire d'Amon Göth, a laissé un témoignage précieux. Il souligne notamment le caractère unique du camp :

"Le camp de Cracovie-Plaszów - qui avait tout d'abord été un camp de travail forcé, avant d'être transformé en camp de concentration durant l'année 1944 - représentait un cas unique dans l'ensemble des territoires soumis au contrôle des Allemands : c'était le seul camp principal (Stammlager) créé à partir d'un ghetto juif - celui de Cracovie.

En effet, lors de la liquidation définitive du ghetto de Podgórze, situé dans le secteur ouest de Cracovie, tous les Juifs reconnus "aptes au travail" furent internés dans le camp de Plaszów, au sud-est de la ville - les autres ayant été massacrés sur-le-champ ou déportés par vagues successives vers les camps d'extermination de Belzec et d'Auschwitz-Birkenau. À ma connaissance, aucun autre camp ne s'est établi, comme celui de Plaszów, sur les ruines d'un ghetto".

Je vous conseille vivement la lecture du livre de Mietek Pemper (La route vers la liberté) avant votre visite. Ce témoignage très accessible permet de bien comprendre la vie quotidienne dans le camp, le fonctionnement du commandement et le rôle de Schindler.

Amon Göth, commandant du camp de Płaszów

Entre février 1943 et septembre 1944, Płaszów est dirigé par Amon Göth, officier SS, dont le nom est associé à un régime de terreur quasi permanent.

Les témoignages des survivants décrivent un commandant d'une cruauté extrême, procédant à des exécutions arbitraires, organisant des fusillades de masse, terrorisant les prisonniers et même certains membres de son propre entourage. Mietek Pemper, qui a été son secrétaire, le décrit de l'intérieur dans son ouvrage.

Le commandant nazi Amon Göth, qui a fait régner la terreur sur le camp de Plaszow
Le commandant nazi Amon Göth, qui a fait régner la terreur sur le camp de Plaszow

Vers la fin de la guerre, comme à Birkenau, les nazis tentent d'effacer les traces de leurs crimes : destruction de bâtiments, exhumation et crémation des corps enterrés dans les fosses communes. Les derniers prisonniers sont envoyés dans une "marche de la mort" vers Auschwitz, où beaucoup seront assassinés.

Quand l'Armée rouge atteint le site en janvier 1945, elle ne trouve qu'un vaste champ de ruines.

Visiter Płaszów aujourd'hui : à quoi vous attendre sur place

La visite de Płaszów se fait aujourd'hui en plein air, sur un terrain vallonné, avec peu de bâtiments conservés : l'expérience est moins "muséifiée" qu'à Auschwitz, mais tout aussi marquante si l'on sait ce que l'on regarde.

Ce qui frappe, c'est le contraste entre la violence de l'histoire et l'apparence actuelle du lieu. On marche dans un vaste espace vert, traversé de sentiers, où l'on peut croiser des habitants du quartier ou des promeneurs avec leur chien, même si le site reste avant tout un cimetière de guerre et un lieu de mémoire. Contrairement à Auschwitz, qui est un musée structuré avec expositions, panneaux et visites guidées officielles, Płaszów reste en grande partie un espace ouvert de la ville.

Lors de ma première visite, il n'y avait quasiment aucune information sur place, à part quelques panneaux en polonais et un plan très localisé. On pouvait facilement traverser le site sans prendre la mesure de ce qui s'y est passé.

Depuis, les choses évoluent progressivement avec l'inauguration du musée KL Plaszow : des panneaux explicatifs bilingues (polonais/anglais) sont apparus à certains endroits clés, des parcours sont mieux balisés, et la Maison grise doit à terme accueillir une exposition permanente. Mais pour l'instant, il ne faut pas s'attendre à un musée "classique" avec bâtiment d'accueil, billetterie et scénographie complète déjà opérationnels.

Si vous avez peu de repères historiques, je vous conseille vraiment d'opter pour une visite guidée (j'y reviens plus loin) ou au minimum de préparer votre itinéraire avec un plan et quelques points clés à repérer.

En résumé pour préparer votre visite de Płaszów en 2026 :

  • L'accès au site est libre et gratuit, sans billetterie.
  • Le terrain est vallonné, avec des chemins parfois irréguliers : prévoyez de bonnes chaussures et évitez les talons.
  • Il n'y a pas de toilettes ni de café à l'intérieur du camp ; les premières commodités se trouvent dans le quartier environnant.
  • Une partie du projet de musée est encore en cours : attendez-vous à un lieu de mémoire en transformation, pas à un lieu figé.

Comment se rendre au camp de Płaszów depuis le centre de Cracovie ?

On rejoint le camp de Płaszów facilement en tram ou en bus depuis le centre de Cracovie, puis à pied en une dizaine de minutes environ.

Accès en transports en commun

Depuis le centre historique de Cracovie (Rynek Główny, la grande place du marché), l'option la plus simple consiste à prendre le tram jusqu'à l'arrêt Cmentarz Podgórski, puis à marcher vers la rue Jerozolimska, qui longe l'ancien camp.

Les lignes de tram susceptibles de desservir cette zone varient légèrement selon les périodes et les travaux, mais on retrouve régulièrement des lignes comme la 3, 11, 13, 24 (vérifiez les lignes en temps réel dans l'application de transport).

Je vous recommande d'utiliser l'application Jakdojade (site ou appli mobile) :

  • Elle est disponible en anglais et assez intuitive.
  • Elle permet de vérifier les lignes de tram ou de bus en temps réel.
  • Elle vous indique le meilleur itinéraire depuis votre hébergement jusqu'à "Cmentarz Podgórski" ou "Jerozolimska".

Depuis l'arrêt Cmentarz Podgórski, comptez environ 10 à 15 minutes de marche pour rejoindre le début de la rue Jerozolimska et l'ancienne "rue des SS".

Accès à pied ou en taxi

Si vous logez dans le quartier de Podgórze ou près du Tumulus de Krakus, il est possible de rejoindre Płaszów directement à pied en traversant la colline puis en descendant vers le terrain du camp.

Vous pouvez aussi prendre un taxi ou un VTC (Uber, Bolt, FreeNow sont présents à Cracovie) en indiquant comme adresse d'arrivée la rue Jerozolimska ou la Maison grise (Szary Dom). Le coût reste raisonnable par rapport aux standards d'Europe occidentale, surtout si vous êtes plusieurs.

Temps à prévoir pour la visite

Pour une première visite de Płaszów, prévoyez :

  • Environ 1 heure pour suivre le parcours de l'exposition extérieure.
  • 2 à 3 heures sur place si vous souhaitez voir les principaux points (Maison grise, Hujowa Górka, vestiges du cimetière juif, monument aux victimes, ruines possibles du crématorium).
  • Un peu plus si vous aimez prendre votre temps, lire les inscriptions, ou si vous marchez depuis Podgórze ou le Tumulus de Krakus.

Si vous combinez la visite avec l'usine de Schindler ou l'ancien ghetto juif de Cracovie, cela vous prendra naturellement une bonne partie de la journée.

Itinéraire de visite dans le camp de Płaszów : points clés à repérer

On peut parcourir Płaszów librement, mais il est plus facile de s'y retrouver en suivant quelques repères : ancien secteur du commandement, Maison grise, Hujowa Górka, vestiges du cimetière juif, monuments, ruines possibles du crématorium.

Je partage ici un itinéraire indicatif qui reprend les grandes étapes de ma visite. Il n'est pas "officiel" ni exhaustif, mais il vous donnera des points d'ancrage pour vous repérer sur le terrain.

L'ancienne "rue des SS" (rue Jerozolimska)

En descendant du tram à Cmentarz Podgórski, je suis entrée dans le site par la rue Jerozolimska, qui formait autrefois la "rue des SS" bordée de maisons occupées par les Allemands et par le commandement du camp.

Aujourd'hui, on y trouve un mélange de maisons individuelles, d'immeubles récents et de chantiers. C'est un quartier en plein développement, ce qui rend encore plus frappant le contraste avec son passé.

Sur le côté, on aperçoit vite des vestiges de bâtiments en béton : il s'agissait des bureaux du commandement du camp, de la zone de contrôle et d'un petit hôpital pour les SS. C'est aussi à ce niveau que se situait l'entrée principale du camp de Płaszów. En face se trouvaient les installations de communication (téléphone, radio).

Bâtiments autrefois situés à l'entrée du camp de Plaszow
Bâtiments autrefois situés à l'entrée du camp de Plaszow
Bâtiments autrefois situés à l'entrée du camp de Plaszow
Bâtiments autrefois situés à l'entrée du camp de Plaszow

Au milieu des arbres, il reste des fragments de murs, de fondations, de dalles. Quelques panneaux invitent à "respecter l'histoire du site", mais il n'y a pas toujours d'explication détaillée sur la fonction précise de chaque ruine.

Panneau marquant l'emplacement du camp de concentration de Plaszow
Panneau marquant l'emplacement du camp de concentration de Plaszow

Plus loin, on tombe sur de gros blocs de béton, en partie renversés. Il s'agirait de l'ancienne maison funéraire du cimetière juif, partiellement dynamitée par Amon Göth lorsque le camp a été construit.

Maison funéraire de l'ancien cimetière juif de Plaszow
Maison funéraire de l'ancien cimetière juif de Plaszow

Szary Dom, la "Maison grise"

Au numéro 3 de la rue Jerozolimska, vous verrez Szary Dom ("The Grey House", la Maison grise), un bâtiment sobre qui ne paye pas de mine de l'extérieur.

Avant la guerre, il s'agissait du siège de la Fraternité funéraire juive, liée au cimetière voisin. Sous l'occupation, la maison est réquisitionnée et sert de logements à certains sous-officiers SS responsables du camp. Surtout, elle devient un lieu de détention et de torture.

Szary Dom, la maison grise
Szary Dom, la maison grise

Dans son livre, Mietek Pemper raconte ainsi les caves de la Maison grise :

"La fameuse 'maison grise', qui existe encore sur le site du camp, abritait au rez-de-chaussée et au premier étage un certain nombre de logements réservés aux sous-officiers. La cave, divisée en plusieurs cellules, faisait office de cachot [...] Il y avait également dans ce sous-sol quelques Stehbunker. Ces cellules, dont la surface n'excédait pas 90 cm2, étaient agencées de telle manière que les détenus pouvaient s'y tenir debout, mais pas s'asseoir, et encore moins s'allonger."

Devant la Maison grise, un monument rend aussi hommage à Sarah Schenirer, figure importante du judaïsme orthodoxe, qui a fondé le mouvement Bais Yaakov et les premières écoles religieuses pour jeunes filles juives.

Monument hommage à Sarah Schenirer
Monument hommage à Sarah Schenirer

À proximité, une grande voie part vers l'intérieur du camp : autrefois, elle menait aux baraquements des hommes et à l'Appellplatz. On voit encore, depuis le ciel, la forme du carré central où les prisonniers étaient rassemblés pour l'appel, entouré de zones plus claires dans l'herbe. De loin, on ne devine pas forcément ce que l'on regarde ; quand on sait, on a l'impression de voir une cicatrice dans le paysage.

On trouve aussi non loin de la Maison grise un petit monument en mémoire de 13 Polonais assassinés en septembre 1939, au tout début de l'occupation.

Hommage aux Polonais assassinés en 1939
Hommage aux Polonais assassinés en 1939

L'ancienne villa d'Amon Göth

En prolongeant la rue Jerozolimska vers la rue Wiktora Heltmana, on tombe sur une maison qui a fait couler beaucoup d'encre : la villa d'Amon Göth, ancien commandant du camp.

La villa d'Amon Göth avant sa rénovation
La villa d'Amon Göth avant sa rénovation

La maison, mal entretenue après la guerre, a été rachetée en 2016 par un investisseur immobilier, qui a entrepris de la rénover complètement pour y vivre. Résultat : une demeure de standing, avec une façade soignée, qui conserve les grandes lignes de la villa originale mais ne porte plus la trace visible de son histoire.

Cette transformation a particulièrement choqué Helen Jonas-Rosenzweig, survivante de la Shoah, qui avait été forcée de travailler dans la maison au service d'Amon Göth. Elle y a subi des violences psychologiques et a vécu dans la peur permanente. Le fait de voir ce lieu redevenir une villa "comme les autres" a été pour elle une épreuve supplémentaire, comme si son histoire disparaissait une seconde fois.

Le débat est complexe : faut-il préserver des lieux associés aux bourreaux ou se concentrer sur les lieux liés aux victimes ? Faut-il laisser une maison redevenir un lieu de vie "ordinaire" ? À Płaszów, cette question se pose de manière très concrète.

La villa d'Amon Göth aujourd'hui
La villa d'Amon Göth aujourd'hui

Hujowa Górka : le premier mémorial du camp de Płaszów

Hujowa Górka est l'un des lieux les plus marquants de Płaszów : c'est une ancienne zone d'exécutions et de fosses communes, marquée aujourd'hui par une croix entourée de barbelés.

En continuant sur la rue Jerozolimska, une petite pancarte indique la direction d'un mémorial. On s'enfonce alors dans une allée de terre bordée d'arbres, calme, presque bucolique. Difficile d'imaginer que cette allée menait autrefois à des fosses communes où des milliers de corps ont été enterrés, puis exhumés et brûlés pour effacer les preuves des crimes.

L'une des allées du camp de concentration de Plaszow à Cracovie en Pologne
L'une des allées du camp de concentration de Plaszow à Cracovie en Pologne

Au bout de l'allée, une croix simple se dresse, entourée de fils barbelés. L'inscription en polonais évoque la mémoire de "centaines de Polonais" et le "repos éternel des âmes". En réalité, c'est ici que se trouvait l'une des principales fosses communes de Płaszów, où furent jetés et ensuite déterrés de nombreux corps.

Le lieu est appelé "Hujowa Górka". En polonais, "Górka" signifie "colline". "Hujowa" serait un jeu de mots entre un terme d'argot vulgaire et le nom d'Albert Hujar, l'un des officiers nazis impliqués dans les exécutions. C'est dans ce secteur qu'avaient lieu de nombreuses fusillades arbitraires.

L'atmosphère est particulière : une colline modeste, une croix surmontée de barbelés, un silence que seules troublent parfois des voix au loin ou des aboiements. C'est un endroit qui impressionne plus par ce qu'il représente que par ce que l'on voit.

Hujowa Górka, mémorial aux victimes de la barbarie nazie à Plaszow
Hujowa Górka, mémorial aux victimes de la barbarie nazie à Plaszow

Les vestiges de l'ancien cimetière juif de Płaszów

L'un des moments les plus forts de ma visite a été la découverte, presque par hasard, des restes de l'ancien cimetière juif sur lequel a été construit le camp.

En marchant à travers le terrain vallonné, j'ai aperçu au loin ce qui ressemblait à des pierres dressées. En m'approchant, j'ai découvert des fragments de tombes juives brisées, disséminés dans l'herbe. Au milieu d'elles, une seule pierre tombale encore debout : celle de Chaim Jakob Abrahamer, décédé le 25 mai 1932 à l'âge de 74 ans.

En lisant la date, je me suis fait cette réflexion un peu brutale : Chaim Jakob Abrahamer est "mort au bon moment", avant que son cimetière ne devienne le socle d'un camp de concentration et que des dizaines de milliers de personnes ne soient massacrées sur ce même terrain.

Tombe de Chaim Jakob Abrahamer - Plaszow, Cracovie
Tombe de Chaim Jakob Abrahamer - Plaszow, Cracovie

Vous vous tenez là au milieu de ce qui fut l'un des deux cimetières juifs sur lesquels les nazis ont bâti Płaszów. On y accède notamment par le sentier Abrahama, à gauche de la Maison grise.

Quand le camp est créé, les nazis commencent par revendre les plus belles pierres tombales à des maçons de la région. Les autres blocs sont brisés et utilisés pour paver la route d'accès au camp, surnommée ensuite la "Voie royale". C'est cette image terrible de pierres tombales transformées en pavés que Steven Spielberg a reproduite dans "La Liste de Schindler".

Après la guerre, un survivant de Płaszów a tenté de récupérer ce qu'il pouvait des pierres tombales. Certaines ont été réinstallées dans le nouveau cimetière juif voisin, que vous pouvez également visiter.

Autour de cette zone, en poursuivant votre marche, vous tomberez ici ou là sur des fragments de blockhaus, de murs, de bâtiments, parfois trop abîmés pour que l'on sache exactement ce qu'ils étaient. Dans certains cas, il pourrait s'agir d'anciens ateliers ou de bâtiments de stockage (comme celui où étaient entreposées les pommes de terre).

Vestiges d'anciens ateliers dans le camp de concentration de Plaszow à Cracovie
Vestiges d'anciens ateliers dans le camp de concentration de Plaszow à Cracovie

Le grand monument aux victimes du nazisme

En continuant votre chemin vers le sud, vous arriverez à la zone où se dresse le monument principal aux victimes du fascisme (Pomnik Ofiar Faszyzmu), imaginé en 1964 par l'architecte Witold Ceckiewicz.

Ce monument de granit représente des silhouettes humaines massives, courbées, comme écrasées sous un bloc. Une entaille visible, comme une plaie, traverse la pierre au niveau du cœur. Je le trouve très expressif, à la fois sobre et puissant.

Monument aux victimes du nazisme - Camp de Plaszow, Cracovie
Monument aux victimes du nazisme - Camp de Plaszow, Cracovie

Son emplacement surprend : il est tourné vers l'autoroute, en surplomb d'un axe très fréquenté. En arrière-plan, on aperçoit l'enseigne d'un magasin de bricolage, les phares des voitures, le bruit constant des moteurs. On peut y voir une volonté de rendre le monument visible depuis la route, pour rappeler l'histoire à ceux qui passent sans s'arrêter. Mais pour le recueillement, ce n'est pas l'endroit le plus intimiste de Płaszów.

Autour de ce monument principal, plusieurs stèles et plaques commémoratives ont été installées :

  • Une plaque en mémoire de Juives hongroises déportées, passées par Płaszów avant Auschwitz.
  • Un mémorial dédié à tous les Juifs de Pologne et de Hongrie déportés et assassinés ici, dont les noms restent inconnus.
  • Un monument rendant hommage à une quarantaine de policiers polonais morts pour la nation.

La plupart des inscriptions sont en polonais et parfois en hébreu.

Plaque à la mémoire de Juives hongroises déportées
Plaque à la mémoire de Juives hongroises déportées

Les ruines possibles du crématorium

En vous éloignant légèrement du monument principal, vers la rue Swoszowicka, vous pouvez apercevoir des ruines recouvertes de tags. Sur certains plans d'époque, ce bâtiment extérieur au périmètre principal du camp est signalé par la lettre "K", interprétée comme "Krematorium".

D'autres sources suggèrent qu'il pourrait s'agir plutôt de bâtiments de stockage de nourriture. La réalité est difficile à établir avec certitude car les nazis ont tenté de détruire les installations et de brouiller les pistes.

On sait qu'un projet de crématorium a bien été lancé à Płaszów au début de l'année 1944, mais que l'installation n'a jamais été pleinement opérationnelle. La proximité relative d'Auschwitz-Birkenau, déjà équipé, a conduit les nazis à y transférer une partie des déportés pour y être assassinés.

Vestiges d'un bâtiment de Plaszow, Cracovie
Vestiges d'un bâtiment de Plaszow, Cracovie - Photo © Allie Caulfield

Vous verrez peut-être aussi en vous promenant :

  • Des abris anti-aériens creusés dans la roche.
  • Des maisons habitée en très mauvais état, qui se trouvaient à l'époque entre le camp et la grande carrière voisine (celle qui a servi de décor à "La Liste de Schindler").
  • Les contours d'un ancien bassin qu'Amon Göth aurait voulu transformer en piscine privée, projet abandonné car l'eau était toxique.

Soyez prudent dans les secteurs moins entretenus : des trous profonds ou des accès à des réservoirs souterrains subsistent encore, dissimulés par les herbes.

Visiter Płaszów avec ou sans guide : comment choisir ?

Vous pouvez visiter Płaszów en autonomie, en suivant un plan et quelques repères, ou participer à une visite guidée, ce qui facilite vraiment la compréhension du lieu.

Visite libre de Płaszów

Si vous décidez de vous rendre à Płaszów par vous-même, organisez votre visite comme une grande promenade avec des arrêts ciblés :

  • Départ par la rue Jerozolimska (ancienne "rue des SS").
  • Passage devant la Maison grise (Szary Dom) et le monument à Sarah Schenirer.
  • Arrêt à Hujowa Górka et à la croix entourée de barbelés.
  • Détour par la zone de l'ancien cimetière juif et la tombe de Chaim Jakob Abrahamer.
  • Marche vers le grand monument aux victimes et les plaques commémoratives.
  • Exploration, si vous vous sentez à l'aise, vers les ruines possibles du crématorium et les vestiges autour de la carrière.

Je vous recommande de télécharger au préalable un plan du camp (disponible sur le site du KL Plaszow Museum) et d'avoir une carte hors ligne sur votre téléphone. Sans cela, on peut rapidement se sentir un peu perdu dans le relief du terrain.

Visite guidée de Płaszów

Depuis 2020, plusieurs guides et agences locales proposent des visites guidées du camp de Płaszów. Pour moi, c'est une évolution très positive : lors de ma première venue, j'avais été frappée par l'absence d'explications sur place. Le fait de pouvoir désormais se faire accompagner par un guide contribue vraiment à redonner des mots et des repères à ce lieu.

Vous trouverez notamment des visites entièrement consacrées à Płaszów, d'environ 2 heures, avec guide en français, comme cette visite de l'agence Intercrac Ltd ou cette visite guidée par Excursions City.

Le KL Plaszow Museum propose ses propres visites officielles, en fournissant une liste de guides francophones et anglophones.

Ces visites encadrées permettent :

  • D'avoir une lecture historique claire du site, avec des repères sur les lieux que vous voyez.
  • De replacer Płaszów dans l'histoire globale de Cracovie pendant la Seconde Guerre mondiale (ghetto, Schindler, déportations).
  • De poser vos questions librement à quelqu'un qui connaît le terrain et l'historiographie récente.
Szary Dom, la maison grise et son sous-sol où les prisonniers étaient torturés
Szary Dom, la maison grise et son sous-sol où les prisonniers étaient torturés

Visite libre ou guidée : tableau comparatif

Quand choisir cette option ? Visite libre de Płaszów Visite guidée de Płaszów
Si vous avez déjà de bonnes bases sur l'histoire de la Shoah et de Cracovie, et que vous aimez explorer à votre rythme. Coût : gratuit (hors transport).
Flexibilité : totale, vous venez et repartez quand vous voulez.
Préparation : nécessite de lire un minimum en amont (plans, contexte) pour comprendre ce que vous voyez.
Coût : visite payante, prix variables selon l'agence et la durée.
Accompagnement : un guide explique le site, replace les lieux dans leur contexte.
Confort : idéal si vous découvrez Płaszów pour la première fois et que vous ne parlez pas polonais.
Si vous avez peu de temps à Cracovie et souhaitez une approche globale des lieux liés à la Shoah. Moins adapté si vous n'avez qu'une demi-journée : le temps de trajet et la déambulation prennent vite plusieurs heures. Les visites guidées que vous pouvez combiner avec ghetto + usine de Schindler optimisent le temps et offrent un fil conducteur clair sur une demi-journée.
Si vous êtes particulièrement sensible à la pédagogie et à la mise en contexte. Vous devrez faire l'effort de reconstituer vous-même le plan du camp et de recouper les lieux avec ce que vous avez lu. Le guide adapte souvent son discours à vos questions et à votre niveau de connaissance, ce qui peut rendre la visite plus accessible.
Si votre budget est très serré. Option la moins chère : seuls les transports sont à prévoir. Demande un budget supplémentaire, mais peut vous faire gagner en compréhension ce que vous perdriez en heures de recherche personnelle.

Le projet de musée KL Plaszow : ce qui change pour les visiteurs

Un projet de musée dédié au camp de Płaszów est en cours de mise en place : il vise à mieux préserver le site et à proposer des outils pédagogiques sans transformer le lieu en musée "fermé".

Le KL Plaszow Museum a été officiellement lancé début 2021 par la Ville de Cracovie et plusieurs institutions partenaires. L'objectif est de préserver et gérer la zone de l'ancien camp, de mener des recherches historiques, de documenter les vestiges et d'offrir au public une meilleure compréhension du lieu.

Le projet se déploie sur plusieurs années et comporte plusieurs volets :

  • Maintenir l'accès libre et gratuit au site, sans billetterie, afin que les habitants puissent continuer à utiliser les chemins et les espaces verts, tout en renforçant le caractère de lieu de mémoire.
  • Installer des panneaux commémoratifs et explicatifs à des points clés du camp (Appellplatz, Hujowa Górka, Maison grise, zones de travail, anciens cimetières...).
  • Créer un bâtiment muséal sur la rue Kamienskiego, avec des espaces d'exposition, un accueil pour les visiteurs, des toilettes et un parking.
  • Aménager la Maison grise en lui donnant un rôle central : exposition permanente au rez-de-chaussée et au sous-sol, salle de recueillement et de consultation d'archives numérisées au premier étage.
  • Stabiliser l'état du site pour éviter de nouvelles modifications du relief ou de nouvelles destructions de vestiges.

En 2026, le site mémoriel extérieur est déjà accessible et nettement mieux aménagé qu'autrefois, avec des parcours, des panneaux et des points de repère historiques. En revanche, le projet muséal complet reste en cours de réalisation : la Maison grise et les futurs espaces d'exposition doivent encore être pleinement développés dans les années à venir.

Concrètement, pour vous en tant que visiteur, cela signifie :

  • Un site qui reste largement ouvert, sans contrôle à l'entrée.
  • Des informations sur place plus nombreuses qu'il y a quelques années, mais encore inégalement réparties.
  • Un paysage marqué par des tensions entre mémoire et urbanisation : certains vestiges ont été tagués ou dégradés, certaines maisons d'époque sont devenues des habitations ordinaires.

C'est un projet nécessaire et bienvenu, même s'il arrive tard : une partie du patrimoine a déjà été perdue ou transformée. La visite de Płaszów permet aussi de mesurer combien la préservation de la mémoire est un combat de long terme, qui ne va pas de soi.

Hommage aux victimes à Plaszow
Hommage aux victimes à Plaszow

Płaszów et Auschwitz : deux expériences complémentaires

Visiter Płaszów est très différent de visiter Auschwitz-Birkenau, mais ces deux lieux sont complémentaires pour comprendre l'histoire de la Shoah en Pologne.

Auschwitz-Birkenau est devenu un musée d'État structuré, avec un parcours balisé, des expositions, un système de réservations et des infrastructures d'accueil. On y voit des bâtiments entiers, des barbelés, des chambres à gaz, des baraquements préservés ou reconstruits.

Płaszów, à l'inverse, est un camp "disparu" : il n'en reste presque plus de bâtiments en élévation. L'impression dominante est celle d'un paysage qui a absorbé une partie de son passé et où la vie a repris ses droits.

Si vous prévoyez un séjour à Cracovie, je trouve vraiment utile de considérer ces deux visites comme deux temps différents du même devoir de mémoire :

  • Auschwitz-Birkenau vous confronte à une vision de la mémoire plus encadrée, parfois "muséale".
  • Płaszów vous confronte à la fragilité de la mémoire dans un lieu qui aurait pu devenir un simple parc urbain sans panneaux ni monuments.

C'est aussi ce qui, pour ma part, a ravivé mon propre sens du devoir de mémoire. En sortant de Płaszów, j'ai mieux compris pourquoi, en France par exemple, on se mobilise pour poser des plaques à l'entrée de certains immeubles ou pour baptiser un jardin "des enfants du Vél' d'hiv'" rue Nélaton, pour rappeler des rafles survenues 75 ans plus tôt.

Pierres tombales de l'ancien cimetière juif à Plaszow, Cracovie - Pologne
Pierres tombales de l'ancien cimetière juif à Plaszow, Cracovie - Pologne

Conseils pratiques et attitude à adopter sur le site

Płaszów est à la fois un lieu de mémoire, un espace vert et un quartier de vie pour les habitants. Il est important d'y adopter une attitude respectueuse, tout en tenant compte de quelques aspects pratiques.

Respecter le lieu et ses habitants

Sur place, vous croiserez peut-être des familles, des chiens en promenade. Le site n'est pas figé ni sanctuarisé comme certains autres mémoriaux, ce qui peut dérouter au début.

Quelques repères simples :

  • Évitez les comportements bruyants ou inappropriés (musique forte, cris, photos "posées" de type séance mode sur les monuments, etc.).
  • Ne grimpez pas sur les stèles, les monuments ou les ruines.
  • Ne laissez aucun déchet et respectez la végétation.
  • Si vous prenez des photos, gardez en tête qu'il s'agit d'un cimetière à ciel ouvert pour des milliers de victimes sans sépulture individuelle.

Équipements à prévoir pour la visite

Pour une visite confortable en 2026, pensez à :

  • Porter de bonnes chaussures (terrain vallonné, chemins irréguliers, parfois boueux après la pluie).
  • Prendre un vêtement coupe-vent ou une veste chaude selon la saison : le site est en partie en hauteur, assez exposé.
  • Télécharger à l'avance un plan du camp et quelques ressources.

Combien de temps consacrer à Płaszów pendant un séjour à Cracovie ?

Tout dépend de vos centres d'intérêt et de ce que vous visitez par ailleurs, mais, à titre indicatif :

  • Visite courte (1 heure sur place) : idéale si vous voulez simplement voir les principaux monuments (Maison grise, Hujowa Górka, ancien cimetière juif, grand monument).
  • Visite plus approfondie (2 à 3 heures) : permet d'arpenter davantage le site, de s'arrêter pour lire les inscriptions, de réfléchir, de faire un détour par la carrière voisine.
  • Visite combinée avec d'autres lieux (ghetto, usine de Schindler, Tumulus de Krakus) : comptez alors une demi-journée ou un peu plus selon votre rythme.
Monument aux victimes du nazisme - Camp de Plaszow, Cracovie
Monument aux victimes du nazisme - Camp de Plaszow, Cracovie

Le Mémo du Voyageur pour visiter le camp de Płaszów à Cracovie

Voici les réponses aux questions les plus fréquentes pour organiser votre visite du camp de Płaszów et mieux comprendre ce lieu de mémoire.

Le plus simple est de prendre le tram jusqu'à l'arrêt Cmentarz Podgorski puis de marcher jusqu'à la rue Jerozolimska. Utilisez l'application Jakdojade pour vérifier les lignes en temps réel, descendez à Cmentarz Podgorski et comptez ensuite 10 à 15 minutes de marche pour atteindre l'ancienne rue des SS et le début du site du camp.

Non, l'accès au terrain du camp de Płaszów est libre et gratuit, sans réservation ni billetterie. Vous pouvez vous y rendre en journée, en privilégiant les heures de lumière pour mieux repérer les lieux et lire les inscriptions, et en tenant compte du fait qu'il n'y a pas d'éclairage de type musée.

Prévoyez au minimum 1 heure sur place pour voir les principaux monuments, et plutôt 2 à 3 heures si vous aimez marcher et prendre le temps de lire les stèles. Ajoutez le temps de trajet depuis votre hébergement à Cracovie et envisagez de combiner la visite avec l'usine de Schindler ou le ghetto de Podgorze.

La visite peut convenir à des adolescents sensibilisés à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, mais elle est lourde et peu scénographiée. Avec des enfants plus jeunes, il vaut mieux limiter la durée, préparer en amont ce que vous allez voir et privilégier éventuellement une visite guidée pour adapter le discours à leur âge.

L'ordre n'est pas strict, mais beaucoup de voyageurs commencent par Auschwitz puis complètent par Płaszów. Commencer par Auschwitz donne des repères concrets sur le système concentrationnaire, puis Płaszów permet de réfléchir à la façon dont la mémoire est préservée ou non sur un site moins structuré et plus discret.

Elle n'est pas indispensable mais elle est fortement recommandée si vous découvrez le site pour la première fois. Un guide vous aide à repérer les zones clés, à comprendre le fonctionnement du camp et à relier Płaszów au ghetto de Cracovie et à l'histoire de Schindler, ce qui rend la visite beaucoup plus lisible.

Non, le site de Płaszów n'est pas équipé comme un musée classique et ne propose pas de toilettes ni de café sur le terrain du camp. Prévoyez d'utiliser les commodités dans le quartier avant ou après la visite et emportez de l'eau et éventuellement un encas si vous restez plusieurs heures.

Płaszów se prononce approximativement "Pwachouf". Le "ł" polonais se prononce comme un "w" anglais, le "sz" comme "ch", et le "ó" comme "ou".
Monument en hommage aux déportés - Camp de concentration de Plaszow
Monument en hommage aux déportés - Camp de concentration de Plaszow

Bilan : pourquoi prendre le temps de visiter le camp de Płaszów

Płaszów n'est pas le camp le plus spectaculaire ni le plus aménagé à visiter depuis Cracovie, mais il est essentiel pour comprendre l'histoire de la ville et de sa communauté juive.

Après ma visite du camp, j'ai prolongé la marche vers la carrière attenante, utilisée comme lieu de travail forcé pour les prisonniers et comme décor pour certaines scènes de "La Liste de Schindler". J'ai choisi de consacrer un autre article aux lieux de tournage du film à Cracovie, pour ne pas mélanger décor de cinéma et réalité historique du camp.

Pour moi, Płaszów reste l'un de ces lieux qui remettent en perspective la façon dont on se souvient. Entre un site comme Auschwitz, extrêmement structuré, et un terrain comme Płaszów, longtemps laissé presque à l'abandon, il y a tout un spectre de situations possibles. La visite montre concrètement ce qui se passe quand un lieu de crime de masse n'est pas immédiatement protégé et documenté.

Si vous allez à Cracovie, je vous encourage vraiment à prendre le temps de visiter le camp de Płaszów. Même s'il est moins "facile" d'accès sur le plan émotionnel et moins didactique qu'un musée, il offre une expérience importante : marcher sur un sol où l'on ne voit presque plus rien et où, pourtant, presque tout s'est joué pour des milliers de vies.

Avez-vous prévu de visiter Płaszów lors de votre séjour à Cracovie, ou hésitez-vous encore avec d'autres lieux de mémoire ?

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Marlène Viancin

Marlène Viancin

Hello ! Créatrice de ce site que j'anime depuis 2014, je partage ici mes découvertes aux quatre coins du monde, entre bons plans, itinéraires testés et coups de cœur personnels. Amoureuse des voyages en solo, j'ai sillonné l'Europe, exploré la Pologne ou encore le Royaume-Uni en profondeur. Depuis mars 2023, une nouvelle aventure a commencé : celle de maman solo. Avec mon fils James, on continue d’explorer le monde avec un œil neuf et toujours le même plaisir de raconter, conseiller, guider.


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35 commentaires sur “Visiter le camp de Płaszów à Cracovie, un camp de concentration méconnu
  1. Sylvie GHESQUIERE HOUVENAGHEL 06 juin 2021

    Bonjour,
    Vous avez fait un beau travail de mémoire.
    Je suis allée a Cracovie à l’été 2019.Mon voyage avait pour but la recherche de l’histoire.
    J’ai globalement fait le même parcours que vous, suite à une participation a une visite guidée en vélo électrique ( j’étais la seule participante ).Un jeune d’une trentaine d’année m’a emmené sur tous les endroits que vous décrivez.
    Quelle désolation et grande colère intérieure pour moi de découvrir ces souvenirs cachés et laissés à l’abandon.Surtout, grand choc en ce qui concerne la reconversion de la maison du chef de ce camp de concentration méconnu.
    Merci à mon guide de m’avoir dévoilé ce pan de l’histoire.
    Merci à vous pour votre article

    1. Marlène
      Marlène 07 juin 2021

      Merci Sylvie, c’est plutôt encourageant de voir que certains s’impliquent pour faire perdurer la mémoire. Ça reste quand même très lié à une « politique » car quand un lieu n’est pas promu, n’est pas connu, n’est pas évoqué par les offices de tourisme par exemple, il n’attire pas (et le fait que vous ayez été seule à cette visite montre aussi que ce n’est pas un lieu vers lequel les gens se tournent).

      Je trouve qu’il y a donc un vrai travail à faire, quitte à se servir de La liste de Schindler comme « accroche » pour le grand public. Beaucoup de gens ont vu le film donc ça peut aider, au niveau local, à expliquer que ça s’inspire d’un véritable camp…

  2. Gwen 23 août 2020

    Je suis allée plusieurs fois à Cracovie et ne connaissait malheureusement pas ce camp. J’ai visité le musée Schindler lors de ma dernière visite et malheureusement n’ai pas eu le temps de m’informer de la situation de ce camp. Je pense que cette visite sera au programme de mon prochain voyage à Cracovie !
    En tout cas, merci pour toutes ces informations !

    1. Marlène
      Marlène 25 août 2020

      Hello Gwen, Cracovie est une jolie ville donc ce n’est pas trop difficile d’envisager d’y retourner, je trouve ;) Je n’ai pas « tout fait » non plus bien que j’y sois restée un long moment, car on doit toujours prioriser certaines découvertes en voyage à moins de rester un mois sur place :) Ce sera pour une prochaine fois !

  3. Florian 15 février 2020

    Bonjour
    Merci pour ces précisions. Nous partons pour cracovie au mois de mars 2020.
    Ce détour fera maintenant parti de notre voyage.

    1. Marlène
      Marlène 15 février 2020

      J’espère que vous apprécierez la ville !

  4. Christophe 27 octobre 2019

    Étant passionné d histoire et notamment sur la seconde guerre mondiale, ayant bien entendu vu la liste de Schindler je viens d effectuer un voyage en Pologne. Ma femme, ma fille et moi même sommes allés au camp de plaszow et même si quelques efforts ont êtes fait je vous rejoint sur le fait qu il devrait y avoir un circuit bien plus explicatif et entretenu, nous avons eu du mal à comprendre pas mal de choses et d endroit en tout cas merci pour vos informations, elles nous ont êtes très utiles. Amicalement

    1. Marlène
      Marlène 29 octobre 2019

      Bonjour Christophe, c’est une bonne nouvelle si des efforts ont été faits depuis ma propre visite, si minimes soient-ils. Il faut espérer que ça marque le début d’une évolution dans la préservation de ce lieu. Pour dire à quel point il y a peu de communication dessus, une journaliste m’avait contactée il y a 2 ans peut-être car elle devait accompagner une survivante du camp sur place dans le cadre d’un reportage et n’avait pas trouvé assez d’infos en amont pour préparer le tournage et faire le lien entre les lieux qu’avait connu cette femme et l’état actuel du camp.

      Elle ne m’a jamais remerciée pour l’heure que je lui ai consacrée ou donné de nouvelles a posteriori – j’aurais aimé voir le reportage ! – mais ça m’a confirmé qu’il y avait un vrai déficit d’informations sur Plaszow…

    2. Christophe 30 octobre 2019

      Bonjour Marlene, nous avons aussi vu un chantier en cours au sein du camp, qu était ce ? Je ne sais pas mais peut être qu’il faudrait pouvoir à nouveau se rendre sur place dans quelque temps. En tout cas heureusement qu’il y a des personnes comme vous pour continuer à faire vivre et ne pas tomber dans l oubli général. Si par bonheur vous aviez de nouvelles infos je suis preneur. Bonne continuation dans vos périples, amicalement

    3. Marlène
      Marlène 30 octobre 2019

      Bonjour Christophe, après avoir fait quelques recherches, il semblerait que la ville soit en pleine phase de consultation publique, avec les riverains notamment, dans le cadre d’un projet de musée. Ils cherchent notamment à voir comment concilier le caractère de « lieu de mémoire » de Plaszow avec les flux de visiteurs que cela va nécessairement générer.

    4. Christophe 31 octobre 2019

      Bonjour Marlene, merci du renseignement en espérant que le projet aille à son terme et que cela puisse être utile aux prochains visiteurs. De plus et surtout pour rendre hommage à tous ceux qui ont souffert dans ces lieux maudits,pour ne pas oublier. Bonne continuation amicalement

  5. Josiane 23 octobre 2019

    Merci pour votre article qui met à la lumière ce camp que j ai découvert en me rendant à l’usine d Oskar Schindler. Je me lui du coup plonger dans votre article. Bien écrit limpide et bien documenté.

    1. Marlène
      Marlène 25 octobre 2019

      Merci beaucoup Josiane, j’espère que vous avez apprécié cette visite de l’usine.

  6. Sil 15 août 2019

    Merci ! Vos indications nous ont été bien utiles lors de notre visite du camp…
    Il y a désormais quelques grands panneaux explicatifs (en polonais et en anglais) à des endroits « stratégiques ».

    1. Marlène
      Marlène 18 août 2019

      C’est bon à savoir, enfin un petit pas sur le chemin de la mémoire… Merci pour l’information !

  7. Ilou 02 avril 2019

    Bonjour,
    Votre article est un petit bijou de simplicite, de respect et d’humanité.
    Merci.

    1. Marlène
      Marlène 03 avril 2019

      Merci beaucoup pour le petit message !

  8. Peters jean-yves 24 janvier 2019

    Un grand merci pour votre article de grande qualité. Si je passe de nouveau par Auschwitz, je prendrais le temps d’aller jusque là et de me guider grâce à vos photos. Encore en grand merci

    1. Marlène
      Marlène 27 janvier 2019

      Merci Jean-Yves ! Pour information, le camp de Plaszow est plus proche de Cracovie que d’Auschwitz, il se situe littéralement en proche banlieue de Cracovie et l’on peut y accéder par le tramway en quelques stations.

  9. Pierre Grignard 06 septembre 2018

    j’ai été très touché par le film de Spielberg et le simple fait d’imaginer un être humain sous la coupe d’un tortionaire tout puissant me révulse tellement. Je ne peux qu’imaginer la détresse et la souffrance de tous ces gens, quelle barbarie monstrueuse et insoutenable. Je penserai toujours à tous ces êtres humains misérablement humiliés et massacrés par des brutes épaisses …………toujours

    1. Marlène
      Marlène 06 septembre 2018

      Merci pour le message Pierre. Ce film est poignant et a l’avantage de sensibiliser le grand public à cette histoire, sans le côté trop « historique/scolaire » qui peut rebuter certaines personnes. Quant à la réalité, elle atteint un tel degré de déshumanisation qu’il n’y a même plus de mots dans le dictionnaire pour la décrire avec justesse.

  10. betrancourt 01 juillet 2018

    bonjour et merci pour ce reportage sur ce camps assez meconnu
    bravo pour cet excellent travail
    recevez mon plus profond respect
    cordialement
    Mr Betrancourt

    1. Marlène
      Marlène 06 juillet 2018

      Merci beaucoup de votre message !

    2. Étienne 02 septembre 2019

      Merci de ce reportage interessant, éducatif et aussi émouvant.
      Je dois quand même relever un point critique: nommer la personne principale et responsable des atrocités de ce camp. Dans le contexte d’un article d’information, nommer cette personne une fois avec le nom étant mêlé au texte serait peut-être acceptable, bien que pas nécessaire.
      Nommer cette personne plus d’une fois, dont une fois en titre de paragraphe et en caractère gras est à mon avis inapproprié, et donne une importance héroïque (même si négative) à un individu qui ne mérite aucune gloire, du tout.
      Mettre une photo est carrément choquant, pour les mêmes raisons.
      Je n’ai pas été affecté, directement ou indirectement, par les atrocités infligées et je m’incline et fais mes excuses si mon commentaire offense ceux ou celles qui ont souffert.

    3. Marlène
      Marlène 02 septembre 2019

      Bonjour Etienne, je fournis TOUJOURS un contexte historique quand je présente un lieu, en particulier quand il permet de saisir la portée d’un endroit où rien n’est expliqué sur place. Si vous prenez ça pour une apologie de ses actes ou une « starification » du personnage, vous vous méprenez gravement.

      Contrairement à d’autres camps où le pouvoir était souvent plus « dilué » entre différentes figures horribles (ex : Himmler, Höss, Mengele, Kramer, Wirths & autres pour Auschwitz), Plaszow a été incarné par cette personne, qu’on le veuille ou non. Si vous lisez des ouvrages de survivants de Plaszow, tous parlent de Göth, de sa place, de son rôle… et, si affreux soit le personnage, il est au centre de la compréhension des particularités de ce camp et de la terreur qui y régnait.

    4. Étienne 02 septembre 2019

      Merci de la réponse prompte Marlène.

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